Brevia 2009
(Numéro 56, Décembre)
Jamais sans doute, les Brevia n’auront mieux mérité leur appellation, car, pour être brefs, ils vont être brefs ! Un mois de décembre particulièrement chargé n’a laissé que peu d’espace à l’écriture.
Vers le 10 décembre, on annonce que la grippe A progresse en France, et nulle part ailleurs. Faut-il y voir une conséquence de la façon calamiteuse dont la vaccination de la population a été « organisée » ? Des « bons de vaccination » qui arrivent – ou qui n’arrivent pas, ou trop tard – un déplacement obligatoire dans un « centre de vaccination », parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du domicile, des attentes interminables … Bref, notre chère pagaille gauloise. Je le dis, au risque d’en exciter quelques uns (suivez mon regard !), à Berlin, en novembre, sans rendez-vous, chez un médecin de quartier, en dix minutes, l’affaire était pliée.
Monsieur Obama prix Nobel de la Paix ! On a bien du mal à imaginer les raisons qui ont pu inciter le jury à un tel choix.
Le clip des Jeunes de l’UMP : on atteint le tréfonds du ridicule. Des ministres et autres caciques qui se trémoussent ou font des grâces pitoyables en susurrant une chanson absurde : on est vraiment dans le dernier cercle de l’enfer de la communication « politique ».
Les Anges ne sont le plus souvent que des Démons travestis.
Elle : Le paillasson commence à vieillir.
Lui : Pas tant que nous : il lui reste encore quelques poils.
C’est la Guerre qui est la Mère des Héros.
Les Palestiniens demandent la Libération de mille prisonniers détenus par Israël pour restituer le soldat franco-israélien Gilat Shalit. Mille Palestiniens pour un demi-israélien, ça met le 100% Israélien à deux mille Palestiniens. Quand on songe que c’est le Hamas lui-même qui établit cette échelle de valeurs, on a la réponse à beaucoup de questions concernant le conflit israélo-arabe.
A tous mes lecteurs (et surtout aux plus dévouées de mes lectrices), j’adresse, respectueusement, mes meilleurs vœux pour l’an neuf
Pour ceux qui en redemanderaient ou qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
31 décembre 2009
24 novembre 2009
Brevia 55, Novembre 2009
Brevia 2009
(Numéro 55, Novembre)
Die Mauer
Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, en ce mois de novembre 2009, de passer à coté du Mur. Où que l’on soit, mais bien plus encore si l’on est à Berlin. Car la Capitale allemande n’est emplie que des évocations de l’évènement qui se produisit dans la nuit du 8 au 9 novembre 1989, et dont on célèbre de façon omniprésente le vingtième anniversaire.
Le Mur de Berlin ! Certes, mais ce que l’on sait moins à l’étranger, c’est que non seulement le Mur (en fait, deux murs, séparés par un no man’s land d’une centaine de mètres) coupait Berlin en deux, mais que cet ouvrage s’étendait sur plusieurs centaines de kilomètres, séparant rigoureusement l’Allemagne de l’ouest (BRD ou RFA) de celle de l’est (DDR ou RDA). Sur les autoroutes, des panneaux signalent encore le passage de l’une à l’autre, en évoquant l’ancienne « frontière interallemande ».
Dans toute l’histoire de l’Humanité, des murs ont été élevés pour empêcher les gens d’entrer. Le mur allemand n’avait pour vocation unique que d’empêcher les gens de sortir ! Belle et claire illustration des joies et du confort – matériel et moral – de la vie sous un régime communiste. Avant le mur allemand, les seuls obstacles construits pour empêcher de sortir n’avaient à retenir que du bétail ou des prisonniers : c’est sans doute ainsi que les dirigeants de la DDR considéraient leurs concitoyens.
A Berlin, en ce mois de novembre, tout est à la sauce « mur ». Les concerts, les expositions, les conférences, les forums (ne devrait-on pas dire : les fora ?) sur internet et les programmes de télévision et de radio : la construction du mur – de nuit, comme un rapt honteux – les familles séparées, les évasions (réussies ou manquées, ces dernières se terminant sous les balles ou dans les sombres cachots de la Stasi), les meurtres dans le no man’s land – où les Vopos tiraient les fugitifs comme des lapins – puis les manifestations populaires en DDR, et la chute.
Parfois s’entend un discret murmure de nostalgie : les apparatchiks de l’ancien régime n’hésitent pas à faire entendre, discrètement, leurs inutiles complaintes ; l’homme de la rue qui n’a pas pu – ou pas su – bénéficier des bienfaits de la réunification. Sans parler de l’engouement des collectionneurs pour les produits maladroits de la DDR.
Le mur est tombé, mais, dit-on, il reste dans les têtes ; et il risque d’y demeurer longtemps encore, car les jeunes qui votent aujourd’hui pour le Pari Communiste – pudiquement rebaptisé Die Linke, La Gauche, - n’ont pas connu la vraie vie de la DDR (cf. le film : la Vie des Autres), et peuvent se laisser bercer et abuser par de mensongeuses et trompeuses remembrances d’un sinistre passé.
Les festivités proprement dites qui se sont tenues, après une réception au domicile du Président de la République, le Schloss Bellevue, essentiellement sur le Pariser Platz (discours de chefs d’Etats, concert dirigé par Daniel Barenboïm) ont été copieusement arrosées par une pluie drue et ininterrompue qui ne s’était déclenchée que pour cette occasion : on devrait prendre garde à n’accomplir de grands actes historiques qu’entre mai et septembre, pour éviter aux générations futures qui les célèbreront un trop grand risque d’être délugées.
Un millier de dominos en carton, aligné du Reichstag à la Potsdamer Platz, et qui devaient, après une impulsion initiale, s’écrouler comme tous les dominos qui se respectent, sont restés bloqués sur un domino chinois (un mur de Chine ?). Simple coïncidence !?
§
Mon Dieu, cachez ces mains, que je ne saurais voir !
Un scandale ! Un évènement qui fit pendant plusieurs jours le thème principal des journaux télévisés en France – et sans doute en Irlande : lors d’une compétition pour la qualification au Mondial de balle-au-pied en 2010, la France gagne contre l’Irlande perce qu’un de ses joueurs – idole des jeunes, parait-il – a envoyé la balle dans les buts adverses en s’aidant … de sa main ; l’arbitre n’a rien vu.
Bien que fort peu – pour ne pas dire : pas du tout – intéressé à ces jeux vulgaires et brutaux, qui ne rappellent que trop par leurs débordement les jeux du cirque et de l’arène de la Rome et de la Byzance antiques, je n’ai pu échapper à la déferlante médiatique.
Mais – une fois de plus, direz-vous – j’ai la solution : il suffit d’obliger les footballeurs à jouer … les mains attachées dans le dos. Ils seront peut-être moins agiles, mais comme les deux équipes seront dans la même situation…Et finis les arrachages de maillots, les coups de coudes, et les buts marqués avec les mains ! seuls seront encore possibles les coups de … tête ?
§
Ne regardez pas le ciel : Dieu est en Enfer.
Mon ordinateur est si souvent pris de lubies si inattendues que je me demande – parfois – s’il ne faudrait pas dire : UNE ordinateur.
A Noël, plus ça clignote et plus il y a de foie, et moins il y a de Foi.
§
Le Docteur : Monsieur, vous devriez cesser de fumer.
Le Patient (Fumeur Acharné) : Mais, Docteur, si je suivais votre conseil, je n’aurais plus de vice ; je n’aurais alors que de défauts, et cela serait diablement vulgaire !
§
Erratum
Une des lectrices assidues des Brevia – si, si, je vous assure, il s’en trouve – a bien voulu attirer mon attention sur une erreur de frappe de la dernière livraison. Traitant du film splendide « Das Weisse Band », que je n’hésite pas, une fois de plus à recommander plus que chaudement, j’indiquais que l’action se passait au début du XIXè siècle. C’est évidemment au début du XXe siècle qu’il fallait lire. Merci à toi, R. !
§ §
§
(Numéro 55, Novembre)
Die Mauer
Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, en ce mois de novembre 2009, de passer à coté du Mur. Où que l’on soit, mais bien plus encore si l’on est à Berlin. Car la Capitale allemande n’est emplie que des évocations de l’évènement qui se produisit dans la nuit du 8 au 9 novembre 1989, et dont on célèbre de façon omniprésente le vingtième anniversaire.
Le Mur de Berlin ! Certes, mais ce que l’on sait moins à l’étranger, c’est que non seulement le Mur (en fait, deux murs, séparés par un no man’s land d’une centaine de mètres) coupait Berlin en deux, mais que cet ouvrage s’étendait sur plusieurs centaines de kilomètres, séparant rigoureusement l’Allemagne de l’ouest (BRD ou RFA) de celle de l’est (DDR ou RDA). Sur les autoroutes, des panneaux signalent encore le passage de l’une à l’autre, en évoquant l’ancienne « frontière interallemande ».
Dans toute l’histoire de l’Humanité, des murs ont été élevés pour empêcher les gens d’entrer. Le mur allemand n’avait pour vocation unique que d’empêcher les gens de sortir ! Belle et claire illustration des joies et du confort – matériel et moral – de la vie sous un régime communiste. Avant le mur allemand, les seuls obstacles construits pour empêcher de sortir n’avaient à retenir que du bétail ou des prisonniers : c’est sans doute ainsi que les dirigeants de la DDR considéraient leurs concitoyens.
A Berlin, en ce mois de novembre, tout est à la sauce « mur ». Les concerts, les expositions, les conférences, les forums (ne devrait-on pas dire : les fora ?) sur internet et les programmes de télévision et de radio : la construction du mur – de nuit, comme un rapt honteux – les familles séparées, les évasions (réussies ou manquées, ces dernières se terminant sous les balles ou dans les sombres cachots de la Stasi), les meurtres dans le no man’s land – où les Vopos tiraient les fugitifs comme des lapins – puis les manifestations populaires en DDR, et la chute.
Parfois s’entend un discret murmure de nostalgie : les apparatchiks de l’ancien régime n’hésitent pas à faire entendre, discrètement, leurs inutiles complaintes ; l’homme de la rue qui n’a pas pu – ou pas su – bénéficier des bienfaits de la réunification. Sans parler de l’engouement des collectionneurs pour les produits maladroits de la DDR.
Le mur est tombé, mais, dit-on, il reste dans les têtes ; et il risque d’y demeurer longtemps encore, car les jeunes qui votent aujourd’hui pour le Pari Communiste – pudiquement rebaptisé Die Linke, La Gauche, - n’ont pas connu la vraie vie de la DDR (cf. le film : la Vie des Autres), et peuvent se laisser bercer et abuser par de mensongeuses et trompeuses remembrances d’un sinistre passé.
Les festivités proprement dites qui se sont tenues, après une réception au domicile du Président de la République, le Schloss Bellevue, essentiellement sur le Pariser Platz (discours de chefs d’Etats, concert dirigé par Daniel Barenboïm) ont été copieusement arrosées par une pluie drue et ininterrompue qui ne s’était déclenchée que pour cette occasion : on devrait prendre garde à n’accomplir de grands actes historiques qu’entre mai et septembre, pour éviter aux générations futures qui les célèbreront un trop grand risque d’être délugées.
Un millier de dominos en carton, aligné du Reichstag à la Potsdamer Platz, et qui devaient, après une impulsion initiale, s’écrouler comme tous les dominos qui se respectent, sont restés bloqués sur un domino chinois (un mur de Chine ?). Simple coïncidence !?
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Mon Dieu, cachez ces mains, que je ne saurais voir !
Un scandale ! Un évènement qui fit pendant plusieurs jours le thème principal des journaux télévisés en France – et sans doute en Irlande : lors d’une compétition pour la qualification au Mondial de balle-au-pied en 2010, la France gagne contre l’Irlande perce qu’un de ses joueurs – idole des jeunes, parait-il – a envoyé la balle dans les buts adverses en s’aidant … de sa main ; l’arbitre n’a rien vu.
Bien que fort peu – pour ne pas dire : pas du tout – intéressé à ces jeux vulgaires et brutaux, qui ne rappellent que trop par leurs débordement les jeux du cirque et de l’arène de la Rome et de la Byzance antiques, je n’ai pu échapper à la déferlante médiatique.
Mais – une fois de plus, direz-vous – j’ai la solution : il suffit d’obliger les footballeurs à jouer … les mains attachées dans le dos. Ils seront peut-être moins agiles, mais comme les deux équipes seront dans la même situation…Et finis les arrachages de maillots, les coups de coudes, et les buts marqués avec les mains ! seuls seront encore possibles les coups de … tête ?
§
Ne regardez pas le ciel : Dieu est en Enfer.
Mon ordinateur est si souvent pris de lubies si inattendues que je me demande – parfois – s’il ne faudrait pas dire : UNE ordinateur.
A Noël, plus ça clignote et plus il y a de foie, et moins il y a de Foi.
§
Le Docteur : Monsieur, vous devriez cesser de fumer.
Le Patient (Fumeur Acharné) : Mais, Docteur, si je suivais votre conseil, je n’aurais plus de vice ; je n’aurais alors que de défauts, et cela serait diablement vulgaire !
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Erratum
Une des lectrices assidues des Brevia – si, si, je vous assure, il s’en trouve – a bien voulu attirer mon attention sur une erreur de frappe de la dernière livraison. Traitant du film splendide « Das Weisse Band », que je n’hésite pas, une fois de plus à recommander plus que chaudement, j’indiquais que l’action se passait au début du XIXè siècle. C’est évidemment au début du XXe siècle qu’il fallait lire. Merci à toi, R. !
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29 octobre 2009
Brevia 54, octobre 2009
Brevia 2009
(Numéro 54, Octobre)
Journées berlinoises
Ce n’est pas parce que Berlin est une ville passionnante que l’on n’a pas le droit de, parfois, s’en échapper. C’est ce que nous fîmes, dans les dernières belles journées de septembre, en allant passer quelques jours sur les bords du Müritzsee. Cette région du Mecklemburg est parsemée de lacs d’origine glacière. Le Müritzsee (117km2, profondeur maximum : 31m), qui passe pour être le plus grand lac entièrement allemand (1) est un véritable paradis aquatique, plein de charme et de cette nostalgie si propre aux paysages lacustres. Il est flanqué d’autres lacs, avec lesquels il communique, et est relié au réseau fluvial allemand et international. Il est bordé de villages et de petites villes plus coquets les uns que les autres (inestimables bienfaits de la réunification et des fonds fédéraux !) : Röbel, où nous séjournâmes à l’hôtel Seestern sur une langue de terre plongeant dans le lac, Warren, plus important et très pittoresque, avec ses deux églises (2) dominant les eaux. Une bien belle escapade à recommander à tous les amis d’une nature maîtrisée.
De retour à Berlin, visite du Neues Museum, enfin réouvert au public après vingt ans de gigantesques travaux sur les plans de David Chipperfield. Le Musée, construit au milieu du XIXème par Karl August Stüler, un élève de K.F. Schinkel, avait été lourdement endommagé par les bombardements de la dernière guerre. L’architecte reconstructeur a su mélanger, avec une audace toute germanique, les restaurations et des éléments très modernes qui confèrent à l’ensemble un aspect définitivement impressionnant. Le Musée abrite les célèbres collections égyptiennes, précédemment présentées au Musée Egyptien de Charlottenburg, ainsi que des pièces de préhistoire et d’antiquité. Le clou, c’est le buste de Néfertiti, qui occupe seul la rotonde nord de l’édifice. L’avouerais-je ? Cette dame ne m’a pas plus séduit cette fois-ci que quand je l’avais vue à Charlottenburg. Elle est trop anguleuse et ne correspond aucunement à mon idéal de la féminine beauté.
Au Rotary Club de Berlin-Süd, une intéressante conférence de Werner Martin sur les perspectives de la fusion de Berlin, qui est aujourd’hui un Land en soi, et du Brandenburg, qui entoure Berlin de toutes parts, et est lui aussi un Land avec Potsdam pour capitale. Les problèmes à résoudre sont nombreux, complexes et ont de non négligeables incidences financières. Il semble que les populations soient favorables à une fusion, à terme, tant à Berlin que dans le Brandenburg, même si les politiciens sont moins enthousiastes. Si la réunification de l’Allemagne a pu se faire en quelques mois, les plus optimistes pensent qu’il faudra plusieurs décennies pour mener celle-ci à bonne fin.
Au cinéma, Das Weisse Band (Le ruban blanc), de Michael Haneke, palme d’or au dernier Festival de Cannes. Un film superbe, en noir et blanc, où la violence sous-jacente de la société du nord de la Prusse au début du XIXème siècle surgit en des soubresauts immaîtrisables. En moins lyrique, mais peut-être et pour cette raison, même plus oppressant, cette œuvre rappelle celle non moins splendide de Bernardo Bertolucci : Novecento. Bref, un film à voir, absolument, et sans doute à revoir.
Berlin sans Brecht n’est pas Berlin. Aussi avons-nous été au Berliner Ensemble, applaudir sans retenue Mutter Courage und ihre Kinder dans une mise en scène remarquable et joué à la perfection.
Et puisqu’un bon livre est toujours le plus efficace remède contre les petits tracas qui cherchent en vain à nous pourrir l’existence, c’est avec délices que j’ai lu, entre autres, les Mémoires (Errinerungen 1796 – 1826) de Karl Friedrich (von) Klöden. Déchu de sa (petite) noblesse, après une enfance miséreuse, il remonte l’escalier social à force de courage et de persévérance, mettant en œuvre les qualités d’application et de sérieux qui ont fait la réputation méritée de l’administration prussienne.
(1) Le Bodensee est effectivement plus vaste, mais ses eaux sont partagées entre trois Etats : l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse.
(2) Toute ville allemande qui se respecte a toujours, au moins, deux églises : une évangélique et une catholique.
§
L’interdiction de fumer sur le lieu de travail a peut-être aidé la Sécurité Sociale à boucher une infime partie de son éternel « trou ». Aux dépens, va sans dire, des Caisses de retraites qui devront plus longtemps payer les pensions de ceux dont cette prohibition aura prolongé l’existence. Mais qui saura combien cette mesure a couté au PIB de la France ? Car, qui fera le compte de temps de travail perdu pour cause de pause-cigarette, dont sont témoins les amas de mégots aux abords des immeubles de bureaux ?
§
On n’est vraiment mort que quand plus personne ne sait que nous avons existé.
§
On ne peut que recommander, chaudement, la lecture d’un opuscule du CEPREMAP : « La Société de défiance, comment le modèle social français s’autodétruit ». Par Yann Algan et pierre Cahuc, aux Editions de la rue d’Ulm, 4,75 €.
Bien que placé sous la tutelle de la Banque de France, du CNRS, du Trésor Public, etc. …, l’ouvrage dévoile les méfaits d’une société dont la défiance est une caractéristique profonde : défiance envers les autres, la Justice, le Parlement, les syndicats. Manque de confiance dans le Marché, ce qui entraîne réglementation, et, conséquence naturelle : corruption. Idem pour le marché du travail, une réglementation tentaculaire bloquant toute réforme.
Les auteurs contrastent notre situation avec celles de pays nordiques (Danemark, Suède) et de la Grande-Bretagne. Entre ces deux modèles, le semi-libéral et le tout-libéral, ils n’arrivent pas – et ne cherchent pas non plus – à cacher que leur préférence va au premier de ceux-ci.
§ §
§
Pour ceux qui en redemanderaient ou qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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(Numéro 54, Octobre)
Journées berlinoises
Ce n’est pas parce que Berlin est une ville passionnante que l’on n’a pas le droit de, parfois, s’en échapper. C’est ce que nous fîmes, dans les dernières belles journées de septembre, en allant passer quelques jours sur les bords du Müritzsee. Cette région du Mecklemburg est parsemée de lacs d’origine glacière. Le Müritzsee (117km2, profondeur maximum : 31m), qui passe pour être le plus grand lac entièrement allemand (1) est un véritable paradis aquatique, plein de charme et de cette nostalgie si propre aux paysages lacustres. Il est flanqué d’autres lacs, avec lesquels il communique, et est relié au réseau fluvial allemand et international. Il est bordé de villages et de petites villes plus coquets les uns que les autres (inestimables bienfaits de la réunification et des fonds fédéraux !) : Röbel, où nous séjournâmes à l’hôtel Seestern sur une langue de terre plongeant dans le lac, Warren, plus important et très pittoresque, avec ses deux églises (2) dominant les eaux. Une bien belle escapade à recommander à tous les amis d’une nature maîtrisée.
De retour à Berlin, visite du Neues Museum, enfin réouvert au public après vingt ans de gigantesques travaux sur les plans de David Chipperfield. Le Musée, construit au milieu du XIXème par Karl August Stüler, un élève de K.F. Schinkel, avait été lourdement endommagé par les bombardements de la dernière guerre. L’architecte reconstructeur a su mélanger, avec une audace toute germanique, les restaurations et des éléments très modernes qui confèrent à l’ensemble un aspect définitivement impressionnant. Le Musée abrite les célèbres collections égyptiennes, précédemment présentées au Musée Egyptien de Charlottenburg, ainsi que des pièces de préhistoire et d’antiquité. Le clou, c’est le buste de Néfertiti, qui occupe seul la rotonde nord de l’édifice. L’avouerais-je ? Cette dame ne m’a pas plus séduit cette fois-ci que quand je l’avais vue à Charlottenburg. Elle est trop anguleuse et ne correspond aucunement à mon idéal de la féminine beauté.
Au Rotary Club de Berlin-Süd, une intéressante conférence de Werner Martin sur les perspectives de la fusion de Berlin, qui est aujourd’hui un Land en soi, et du Brandenburg, qui entoure Berlin de toutes parts, et est lui aussi un Land avec Potsdam pour capitale. Les problèmes à résoudre sont nombreux, complexes et ont de non négligeables incidences financières. Il semble que les populations soient favorables à une fusion, à terme, tant à Berlin que dans le Brandenburg, même si les politiciens sont moins enthousiastes. Si la réunification de l’Allemagne a pu se faire en quelques mois, les plus optimistes pensent qu’il faudra plusieurs décennies pour mener celle-ci à bonne fin.
Au cinéma, Das Weisse Band (Le ruban blanc), de Michael Haneke, palme d’or au dernier Festival de Cannes. Un film superbe, en noir et blanc, où la violence sous-jacente de la société du nord de la Prusse au début du XIXème siècle surgit en des soubresauts immaîtrisables. En moins lyrique, mais peut-être et pour cette raison, même plus oppressant, cette œuvre rappelle celle non moins splendide de Bernardo Bertolucci : Novecento. Bref, un film à voir, absolument, et sans doute à revoir.
Berlin sans Brecht n’est pas Berlin. Aussi avons-nous été au Berliner Ensemble, applaudir sans retenue Mutter Courage und ihre Kinder dans une mise en scène remarquable et joué à la perfection.
Et puisqu’un bon livre est toujours le plus efficace remède contre les petits tracas qui cherchent en vain à nous pourrir l’existence, c’est avec délices que j’ai lu, entre autres, les Mémoires (Errinerungen 1796 – 1826) de Karl Friedrich (von) Klöden. Déchu de sa (petite) noblesse, après une enfance miséreuse, il remonte l’escalier social à force de courage et de persévérance, mettant en œuvre les qualités d’application et de sérieux qui ont fait la réputation méritée de l’administration prussienne.
(1) Le Bodensee est effectivement plus vaste, mais ses eaux sont partagées entre trois Etats : l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse.
(2) Toute ville allemande qui se respecte a toujours, au moins, deux églises : une évangélique et une catholique.
§
L’interdiction de fumer sur le lieu de travail a peut-être aidé la Sécurité Sociale à boucher une infime partie de son éternel « trou ». Aux dépens, va sans dire, des Caisses de retraites qui devront plus longtemps payer les pensions de ceux dont cette prohibition aura prolongé l’existence. Mais qui saura combien cette mesure a couté au PIB de la France ? Car, qui fera le compte de temps de travail perdu pour cause de pause-cigarette, dont sont témoins les amas de mégots aux abords des immeubles de bureaux ?
§
On n’est vraiment mort que quand plus personne ne sait que nous avons existé.
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On ne peut que recommander, chaudement, la lecture d’un opuscule du CEPREMAP : « La Société de défiance, comment le modèle social français s’autodétruit ». Par Yann Algan et pierre Cahuc, aux Editions de la rue d’Ulm, 4,75 €.
Bien que placé sous la tutelle de la Banque de France, du CNRS, du Trésor Public, etc. …, l’ouvrage dévoile les méfaits d’une société dont la défiance est une caractéristique profonde : défiance envers les autres, la Justice, le Parlement, les syndicats. Manque de confiance dans le Marché, ce qui entraîne réglementation, et, conséquence naturelle : corruption. Idem pour le marché du travail, une réglementation tentaculaire bloquant toute réforme.
Les auteurs contrastent notre situation avec celles de pays nordiques (Danemark, Suède) et de la Grande-Bretagne. Entre ces deux modèles, le semi-libéral et le tout-libéral, ils n’arrivent pas – et ne cherchent pas non plus – à cacher que leur préférence va au premier de ceux-ci.
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Pour ceux qui en redemanderaient ou qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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19 octobre 2009
Brevia No. 53 Septembre 2009
Brevia 2009
(Numéro 53, Septembre)
Qu’il est loin le temps où un ministre français enjoignait à ses compatriotes l’ordre suivant : « Enrichissez-vous ! ». De nos jours, on entendrait plutôt : « Appauvrissez-vous ! ». En effet, si les très grandes fortunes ont su trouver les chemins de l’accalmie fiscale, les fruits du labeur sont si lourdement taxés que l’accumulation de capital – source de tout développement économique futur – est pratiquement impossible.
Laissons de coté les charges sociales que l’on peut à la rigueur considérer comme un salaire différé – encore qu’une gestion maladroite et couteuse en consomme en pure perte une part non négligeable – et tenons-nous en à l’impôt proprement dit : TVA, taxe sur les produits pétroliers, patente, impôt sur les bénéfices, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe carbone, taxe Tobin, droits sur l’alcool et le tabac, impôt sur le revenu, droits de mutation et de succession, impôt sur la fortune ; chacun de nos faits et gestes donne lieu à une ponction par l’Etat.
Car si l’impôt est nécessaire, il serait volontiers acquitté par le contribuable pour autant que celui-ci ait le sentiment – et la garantie – qu’il est fait bon usage de son effort contributif. Il n’en est, hélas, rien, et une gabegie et une incurie généralisées règnent sans partage sur les finances publiques.
§
Un peuple pauvre qui s’enrichit est plus heureux qu’un peuple riche qui stagne.
§
On reconnaît une véritable féministe à ce qu’elle est capable de vous donner une gifle si vous lui tenez la porte.
§
Les médias retentissent des plaintes des parents et amis des suicidés de France-Télécom. Les syndicats et collectifs mettent en avant les conditions de travail inhumaines qui seraient imposées aux malheureux employés.
Il est vrai que passer d’un rythme de fonctionnaire à celui d’une Entreprise peut représenter une épreuve. Devoir considérer un usager comme un client exige une mutation conceptuelle et spirituelle qui n’est sans doute pas à la portée de tout un chacun.
Mais pour ramener toutes ces clameurs à leur vrai poids de matière sèche, qui s’est posé la question de savoir si ces suicides sont vraiment exorbitants ? Je l’ai fait ! et j’ai découvert que le taux de suicides chez France-Télécom est … exactement celui de l’ensemble de la population française : donc, on se calme, tout est normal, et il n’y a pas lieu à tout ce charivari.
J’attends simplement avec impatience qu’on nous annonce un résultat identique chez les salariés de la RATP, de la SNCF, de la Poste, et autres institutions qui opèrent – théoriquement – dans le secteur concurrentiel.
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(Numéro 53, Septembre)
Qu’il est loin le temps où un ministre français enjoignait à ses compatriotes l’ordre suivant : « Enrichissez-vous ! ». De nos jours, on entendrait plutôt : « Appauvrissez-vous ! ». En effet, si les très grandes fortunes ont su trouver les chemins de l’accalmie fiscale, les fruits du labeur sont si lourdement taxés que l’accumulation de capital – source de tout développement économique futur – est pratiquement impossible.
Laissons de coté les charges sociales que l’on peut à la rigueur considérer comme un salaire différé – encore qu’une gestion maladroite et couteuse en consomme en pure perte une part non négligeable – et tenons-nous en à l’impôt proprement dit : TVA, taxe sur les produits pétroliers, patente, impôt sur les bénéfices, taxe foncière, taxe d’habitation, taxe carbone, taxe Tobin, droits sur l’alcool et le tabac, impôt sur le revenu, droits de mutation et de succession, impôt sur la fortune ; chacun de nos faits et gestes donne lieu à une ponction par l’Etat.
Car si l’impôt est nécessaire, il serait volontiers acquitté par le contribuable pour autant que celui-ci ait le sentiment – et la garantie – qu’il est fait bon usage de son effort contributif. Il n’en est, hélas, rien, et une gabegie et une incurie généralisées règnent sans partage sur les finances publiques.
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Un peuple pauvre qui s’enrichit est plus heureux qu’un peuple riche qui stagne.
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On reconnaît une véritable féministe à ce qu’elle est capable de vous donner une gifle si vous lui tenez la porte.
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Les médias retentissent des plaintes des parents et amis des suicidés de France-Télécom. Les syndicats et collectifs mettent en avant les conditions de travail inhumaines qui seraient imposées aux malheureux employés.
Il est vrai que passer d’un rythme de fonctionnaire à celui d’une Entreprise peut représenter une épreuve. Devoir considérer un usager comme un client exige une mutation conceptuelle et spirituelle qui n’est sans doute pas à la portée de tout un chacun.
Mais pour ramener toutes ces clameurs à leur vrai poids de matière sèche, qui s’est posé la question de savoir si ces suicides sont vraiment exorbitants ? Je l’ai fait ! et j’ai découvert que le taux de suicides chez France-Télécom est … exactement celui de l’ensemble de la population française : donc, on se calme, tout est normal, et il n’y a pas lieu à tout ce charivari.
J’attends simplement avec impatience qu’on nous annonce un résultat identique chez les salariés de la RATP, de la SNCF, de la Poste, et autres institutions qui opèrent – théoriquement – dans le secteur concurrentiel.
Pour ceux qui en redemanderaient ou qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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Brevia No. 52 Août 2009
Brevia 2009
(Numéro 52, Août)
Malaise
Le malaise du Président de la République, le 26 juillet 2009, a aussitôt donné lieu à un flot ininterrompu de nouvelles et de commentaires sur la sincérité des bulletins de santé des grands de ce monde, et sur le surmenage que s’impose Nicolas Sarkozy.
La seule vraie question que l’on aurait dû se poser est celle de savoir si celui-ci n’a pas manqué de jugement et de sagesse en se livrant, en début d’après-midi, l’un des jours les plus chauds de l’année, à une séance de jogging (1), alors qu’il est âgé de 54 ans, et qu’il est déjà fatigué par ses activités professionnelles.
(1) en français : footing, ou course à pied.
§
Madame Ségolène R. a reçu une lettre piégée. On soupçonne Madame Martine A. de la lui avoir envoyée, après le succès de la lettre non moins explosive qu’elle avait adressée à M. Manuel V.
(Un enquêteur de la P.J., qui doit, par définition, rester anonyme)
Nous étions dramatiquement endettés. Une part conséquente des recettes de l’Etat ne servait qu’à payer les intérêts de la dette ; encore n’y suffisait-elle plus. Alors nous eûmes une idée lumineuse, bien digne des grands corps où sont formés les principaux serviteurs de la chose publique : nous lançâmes un Emprunt !
(Un Membre du Gouvernement qui tient absolument à garder l’anonymat)
Vivement que le Parti Socialiste français fasse enfin sa mue, et devienne un véritable parti social démocrate. Cela conduira peut-être la droite française à faire – enfin – une authentique politique de droite, et non pas la politique crypto-socialiste qu’elle nous sert à ce jour.
(Un électeur de droite, qui, lui aussi, préfère garder l’anonymat)
Le rythme était pris. Il nous fallait chaque mois créer au moins une taxe nouvelle. Les amicales pressions des écologistes nous fournirent une occasion en or. Nous allions instituer la « Taxe carbone ». Mais comme, d’autre part, nous avions peur de la vindicte du peuple, dont le pouvoir d’achat allait être écorné par cette taxe, nous avons décidé de rembourser intégralement celle-ci aux contribuables. L’effet serait donc nul, mais du moins nous avions trouvé une occupation pour une armée de fonctionnaires chargés de faire tourner le machin.
(Un député UMP, qui a vraiment intérêt à garder l’anonymat)
Comme malgré notre acharnement à créer de nouvelles taxes et impôts, et alors qu’on aurait pu souhaiter que la population s’y habituât, rien de tel ne se produisit ; comme nous avions pris l’engagement solennel de ne pas augmenter les contributions, même si nous nous étions si souvent parjurés, comme enfin nous nous refusions absolument à réduire la dépense(pouvait-on espérer que nous allions tailler dans notre propre chair ?), et comme les caisses étaient plus vides que vides, il nous vint une idée merveilleuse : plutôt que d’accoucher d’ une nouvelle imposition, nous imaginâmes de … diminuer les réductions d’impôt, songeant que les notions d’algèbre du contribuable moyen avaient subi l’usure du temps, et qu’il avait oublié que « moins par moins donne plus ». Ne sommes-nous pas génialement inventifs ?
(Pierre M. aurait aimé garder l’anonymat. Mais sachant que, fonctionnaire, il est actuellement Maire, Président d’une Communauté d’agglomération et Député, sachant aussi, qu’adepte acharné du cumul des mandats, il fut dix fois Député, quatre fois Conseiller général et six fois Ministre- bonjour le renouvellement de la classe politique ! –peut-être découvrirez-vous son identité véritable ?
Que reste-t-il … des Tuileries ?
On sait que les Ducs de Pozzo di Borgo ont reconstruit en 1891, près d’Ajaccio, un pavillon inspiré des Tuileries, à partir de pierres récupérées après l’incendie du Palais en 1871 par les communards. C’est le château de la Punta. Ce bâtiment, en fort mauvais état, est depuis 1991 la propriété de Conseil Général de Corse, et malgré la réfection de la toiture suite à un feu, il menace ruine à ce jour.
Ce que l’on sait peut-être moins – ou pas du tout – c’est que c’est à Berlin que l’on peut trouver un autre vestige du Palais des Tuileries.
Une colonne, attachée à une partie maçonnée se dresse au bord de la route qui fait le tour de la presqu’ile de Schwanenwerder sur la Havel. Elle a été restaurée en 2003 par la Fondation Hinckeldey, et de la terrasse attenante, on a une large vue sur le paysage aquatique environnant.
Achetée en 1884 par un industriel allemand, Friedrich Wilhelm Wessel, qui la fit venir de Paris à Berlin via l’Angleterre, elle était destinée à orner, dans le goût de l’époque pour les ruines pittoresques, un lotissement de luxe sur la presqu’ile.
Lors de l’occupation de Berlin par les Alliés, après la deuxième guerre mondiale, les autorités françaises ont soupçonné que la colonne pouvait avoir été un butin de guerre, et ont envisagé sa restitution à la France. Des recherches ont pu démontrer qu’il s’était agi d’un achat en bonne et due forme, et qu’un retour à Paris était hors de question.
Malgré l’immédiate proximité de la villa de Goebbels, elle ne subit pas de dommages. Elle est depuis 1956 classée Monument Historique. Elle porte à sa base cette édifiante inscription :
Dieser Stein vom Seinestrande
Hergepflantzt in deutsche Lande
Ruft Dir, Wanderer, mahnend zu :
Glück, wie wandelbar bist du!
Ce que l’on pourrait ainsi traduire:
Ces pierres venues des bords de la Seine
En terre allemande ayant pris racines
Te rappellent, passant :
Le bonheur est changeant !
§
Je souffre d’une maladie incurable : l’âge.
§
Le bonheur est dans le pré ?
On accuse souvent la mondialisation et le capitalisme sauvage d’être la cause de baisses de prix qui ruinent les producteurs nationaux. Mais la crise du prix du lait est là pour nous rappeler qu’une « industrie » hyper administrée peut très aisément conduire exactement aux mêmes résultats : subventions, surproduction, baisse des prix ; quand l’agriculture sera-t-elle libérée de ces carcans, et à même de produire ce que veulent les consommateurs au prix qu’ils sont prêts à payer ?
De même, on s’étonne toujours d’entendre les producteurs de légumes, de fruits, de viande, stigmatiser les marges exagérées de la distribution. S’il y a dans cette fonction de revente une telle mine de profits – bien sûr colossaux -, pourquoi les agriculteurs ne s’emparent-ils pas de cet aval de leur profession ? Des coopératives de vente paieraient aux producteurs le « juste prix », et feraient bénéficier les consommateurs de prix qui n’auraient pas subi les « marges abusives » de la distribution. Il est vrai qu’après avoir financé les terrains et les bâtiments, payé le personnel, la patente, les transports et liquidé les invendus, ils s’apercevraient peut-être que la mine d’or est moins est moins replète qu’ils ne l’avaient imaginée.
§
Taxe carbone
Le gouvernement espère lutter contre les émissions de CO2 en mettant en route une usine à gaz. C’est un comble !
§
Bien qu’aucun des cyclistes du Tour de France 2009 n’ait, à ce jour, été contrôlé positif aux examens antidopage, les commentateurs autorisés ne peuvent s’empêcher de se poser d’embarrassantes interrogations sur les performances quasi surhumaines de certains coureurs. Et de poser la question : comment pourrait-on mettre durablement fin au dopage sur le Tour ?
J’ai la réponse ; elle est simple et définitive. Il suffit de proclamer vainqueur celui qui arrive le dernier.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
(Numéro 52, Août)
Malaise
Le malaise du Président de la République, le 26 juillet 2009, a aussitôt donné lieu à un flot ininterrompu de nouvelles et de commentaires sur la sincérité des bulletins de santé des grands de ce monde, et sur le surmenage que s’impose Nicolas Sarkozy.
La seule vraie question que l’on aurait dû se poser est celle de savoir si celui-ci n’a pas manqué de jugement et de sagesse en se livrant, en début d’après-midi, l’un des jours les plus chauds de l’année, à une séance de jogging (1), alors qu’il est âgé de 54 ans, et qu’il est déjà fatigué par ses activités professionnelles.
(1) en français : footing, ou course à pied.
§
Madame Ségolène R. a reçu une lettre piégée. On soupçonne Madame Martine A. de la lui avoir envoyée, après le succès de la lettre non moins explosive qu’elle avait adressée à M. Manuel V.
(Un enquêteur de la P.J., qui doit, par définition, rester anonyme)
Nous étions dramatiquement endettés. Une part conséquente des recettes de l’Etat ne servait qu’à payer les intérêts de la dette ; encore n’y suffisait-elle plus. Alors nous eûmes une idée lumineuse, bien digne des grands corps où sont formés les principaux serviteurs de la chose publique : nous lançâmes un Emprunt !
(Un Membre du Gouvernement qui tient absolument à garder l’anonymat)
Vivement que le Parti Socialiste français fasse enfin sa mue, et devienne un véritable parti social démocrate. Cela conduira peut-être la droite française à faire – enfin – une authentique politique de droite, et non pas la politique crypto-socialiste qu’elle nous sert à ce jour.
(Un électeur de droite, qui, lui aussi, préfère garder l’anonymat)
Le rythme était pris. Il nous fallait chaque mois créer au moins une taxe nouvelle. Les amicales pressions des écologistes nous fournirent une occasion en or. Nous allions instituer la « Taxe carbone ». Mais comme, d’autre part, nous avions peur de la vindicte du peuple, dont le pouvoir d’achat allait être écorné par cette taxe, nous avons décidé de rembourser intégralement celle-ci aux contribuables. L’effet serait donc nul, mais du moins nous avions trouvé une occupation pour une armée de fonctionnaires chargés de faire tourner le machin.
(Un député UMP, qui a vraiment intérêt à garder l’anonymat)
Comme malgré notre acharnement à créer de nouvelles taxes et impôts, et alors qu’on aurait pu souhaiter que la population s’y habituât, rien de tel ne se produisit ; comme nous avions pris l’engagement solennel de ne pas augmenter les contributions, même si nous nous étions si souvent parjurés, comme enfin nous nous refusions absolument à réduire la dépense(pouvait-on espérer que nous allions tailler dans notre propre chair ?), et comme les caisses étaient plus vides que vides, il nous vint une idée merveilleuse : plutôt que d’accoucher d’ une nouvelle imposition, nous imaginâmes de … diminuer les réductions d’impôt, songeant que les notions d’algèbre du contribuable moyen avaient subi l’usure du temps, et qu’il avait oublié que « moins par moins donne plus ». Ne sommes-nous pas génialement inventifs ?
(Pierre M. aurait aimé garder l’anonymat. Mais sachant que, fonctionnaire, il est actuellement Maire, Président d’une Communauté d’agglomération et Député, sachant aussi, qu’adepte acharné du cumul des mandats, il fut dix fois Député, quatre fois Conseiller général et six fois Ministre- bonjour le renouvellement de la classe politique ! –peut-être découvrirez-vous son identité véritable ?
Que reste-t-il … des Tuileries ?
On sait que les Ducs de Pozzo di Borgo ont reconstruit en 1891, près d’Ajaccio, un pavillon inspiré des Tuileries, à partir de pierres récupérées après l’incendie du Palais en 1871 par les communards. C’est le château de la Punta. Ce bâtiment, en fort mauvais état, est depuis 1991 la propriété de Conseil Général de Corse, et malgré la réfection de la toiture suite à un feu, il menace ruine à ce jour.
Ce que l’on sait peut-être moins – ou pas du tout – c’est que c’est à Berlin que l’on peut trouver un autre vestige du Palais des Tuileries.
Une colonne, attachée à une partie maçonnée se dresse au bord de la route qui fait le tour de la presqu’ile de Schwanenwerder sur la Havel. Elle a été restaurée en 2003 par la Fondation Hinckeldey, et de la terrasse attenante, on a une large vue sur le paysage aquatique environnant.
Achetée en 1884 par un industriel allemand, Friedrich Wilhelm Wessel, qui la fit venir de Paris à Berlin via l’Angleterre, elle était destinée à orner, dans le goût de l’époque pour les ruines pittoresques, un lotissement de luxe sur la presqu’ile.
Lors de l’occupation de Berlin par les Alliés, après la deuxième guerre mondiale, les autorités françaises ont soupçonné que la colonne pouvait avoir été un butin de guerre, et ont envisagé sa restitution à la France. Des recherches ont pu démontrer qu’il s’était agi d’un achat en bonne et due forme, et qu’un retour à Paris était hors de question.
Malgré l’immédiate proximité de la villa de Goebbels, elle ne subit pas de dommages. Elle est depuis 1956 classée Monument Historique. Elle porte à sa base cette édifiante inscription :
Dieser Stein vom Seinestrande
Hergepflantzt in deutsche Lande
Ruft Dir, Wanderer, mahnend zu :
Glück, wie wandelbar bist du!
Ce que l’on pourrait ainsi traduire:
Ces pierres venues des bords de la Seine
En terre allemande ayant pris racines
Te rappellent, passant :
Le bonheur est changeant !
§
Je souffre d’une maladie incurable : l’âge.
§
Le bonheur est dans le pré ?
On accuse souvent la mondialisation et le capitalisme sauvage d’être la cause de baisses de prix qui ruinent les producteurs nationaux. Mais la crise du prix du lait est là pour nous rappeler qu’une « industrie » hyper administrée peut très aisément conduire exactement aux mêmes résultats : subventions, surproduction, baisse des prix ; quand l’agriculture sera-t-elle libérée de ces carcans, et à même de produire ce que veulent les consommateurs au prix qu’ils sont prêts à payer ?
De même, on s’étonne toujours d’entendre les producteurs de légumes, de fruits, de viande, stigmatiser les marges exagérées de la distribution. S’il y a dans cette fonction de revente une telle mine de profits – bien sûr colossaux -, pourquoi les agriculteurs ne s’emparent-ils pas de cet aval de leur profession ? Des coopératives de vente paieraient aux producteurs le « juste prix », et feraient bénéficier les consommateurs de prix qui n’auraient pas subi les « marges abusives » de la distribution. Il est vrai qu’après avoir financé les terrains et les bâtiments, payé le personnel, la patente, les transports et liquidé les invendus, ils s’apercevraient peut-être que la mine d’or est moins est moins replète qu’ils ne l’avaient imaginée.
§
Taxe carbone
Le gouvernement espère lutter contre les émissions de CO2 en mettant en route une usine à gaz. C’est un comble !
§
Bien qu’aucun des cyclistes du Tour de France 2009 n’ait, à ce jour, été contrôlé positif aux examens antidopage, les commentateurs autorisés ne peuvent s’empêcher de se poser d’embarrassantes interrogations sur les performances quasi surhumaines de certains coureurs. Et de poser la question : comment pourrait-on mettre durablement fin au dopage sur le Tour ?
J’ai la réponse ; elle est simple et définitive. Il suffit de proclamer vainqueur celui qui arrive le dernier.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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24 juillet 2009
Brevia No 51, juillet 2009
Brevia 2009
(Numéro 51, Juillet)
Voyage à Leipzig et Halle
Madame la Marquise,
Puisque vous insistâtes si fort pour que je vous mande les impressions de mon dernier voyage au pays des Saxons, et plus particulièrement mon jugement des villes de Leipzig et de Halle, je me conforme, comme à l’habitude, à vos désirs, et vous présente ici le fruit de vos commandements.
La ville de Leipzig a joui pendant le moyen âge d’une grande prospérité, fondée sur le commerce qu’animait ses foires célèbres dans toute l’Europe. Comme toutes les villes allemandes, Leipzig eut fort à souffrir lors de la guerre de trente ans que les Princes de l’Europe se firent sur un prétexte de religion. Oui, Madame, je dis bien prétexte, car c’était plutôt une lutte de pouvoir. Ne vit-on point la France, fille aînée de l’Eglise et son Roi Très Chrétien, s’allier aux puissances protestantes, afin de miner l’hégémonie des Habsburgs ?
Mais revenons, Madame, à Leipzig, qui est notre sujet, et non point ces considérations historiques qui ne sauraient rien vous apprendre que vous ne sussiez déjà. Ayant souffert, disais-je, elle se redressa de ses malheurs, car ne dit-on pas de ses habitants qu’ils sont tenaces et de surcroît passablement orgueilleux. Pour eux, les grandes villes du monde ont nom : Leipzig, Londres et New-York. Leipzig fut aussi une des capitales du livre ; mais elle est à ce jour bien déchue de ce rôle : les imprimeurs sont partis quand les adeptes du communisme prirent le pouvoir au lendemain de la dernière guerre.
Dès le milieu du dix-neuvième siècle, Leipzig avait perdu son caractère médiéval : les profits tirés de l’industrie et du commerce portèrent une riche bourgeoisie à effacer les traces du passé, et à bâtir dans le goût moderne. Moderne de l’époque, s’entend. N’est-il pas remarquable que pour qu’une ville garde son cachet, il faut qu’elle soit restée stagnante pendant de longs siècles, et que les fonds aient manqué aux habitants pour arracher les vestiges anciens et les remplacer par des bâtisses qui bien souvent ne valaient point celles qu’ils mettaient à bas ?
Cependant, chère Marquise, force nous est de constater que la ville de Leipzig fut quasiment épargnée lors des bombardements des Puissances Alliées de la dernière guerre. Et si ce jourd’huy Leipzig n’est pas ce que l’on peut nommer une belle ville, elle le doit surtout aux abominables constructions du régime des communistes, dont on peut se demander si le projet premier n’était point de faire disparaître le plus de souvenirs du passé qu’il le pouvait, et de mettre en leur lieu ce qu’il pouvait imaginer de plus sinistre et de plus désespérant. Le croiriez-vous, on dit, à ce sujet, que les premiers signes de la désaffection des peuples pour le régime se manifestèrent quand, en 1968, Walter Ulbricht fit raser l’antique chapelle de l’Université. Le mécontentement murit jusqu’à exploser dans les gigantesques manifestations populaires qui conduisirent en 1989 à la chute de cette abominable dictature.
Lorsqu’on aborde la ville de Leipzig, on traverse d’abord de bien tristes faubourgs. Mais c’est là le fait de toutes nos villes à ce jour, et cette remarque, Madame la Marquise, est aussi impertinente qu’inutile. Je le dis moi-même pour vous éviter la peine de m’en faire reproche.
Ce qui vous frappera, Madame, aux approches de la cité, c’est le nouvel Hôtel de Ville, érigé sur l’emplacement d’une ancienne place forte. Ce bâtiment néo-gothique de fortes pierres apparentes, domine de ses tours toute la partie sud de la ville ; il passe pour être un des plus vastes de ce genre en Allemagne.
Un peu plus loin, c’est la Thomaskirche, à trois nefs, sans transept. Elle est agrémentée de tribunes sur les deux nefs extérieures. Elle possède une fort belle chaire plus tardive ornée de sujets tirés de la Genèse. Martin Luther, omniprésent dans toute la Saxe, y prêcha. C’est aussi là que Jean Sébastien Bach, dont vous êtres si friande, exerça pendant vingt-sept ans des fonctions officielles, même si Messieurs les Officiers municipaux ne surent pas apprécier ses mérites. Ils auraient souhaité s’assurer les services de quelqu’un jouissant à l’époque d’une plus brillante renommée que J.S. Bach. D’où de perpétuelles querelles entre le musicien et ses employeurs et beaucoup d’insatisfactions de part et d’autre.
Près de là, un monument est consacré à Félix Mendelssohn Bartholdi qui fit redécouvrir à l’Allemagne étonnée un Jean Sébastien Bach injustement tombé dans l’oubli, et qui finança un modeste mémorial dédié au grand artiste.
Bien assis à l’exact centre de la ville ancienne, l’Altes Rathaus (il s’agit vous l’aurez deviné de l’ancien Hôtel de ville), est une longue bâtisse de l’époque de la renaissance des arts. Elle repose sur des arcades où s’abritaient les maisons de commerce, pour bien illustrer que la richesse marchande était le véritable fondement de la ville. C’est à ce jour le Stadtmuseum (Musée de la ville), et son Directeur, une fois le mois, en conduit bénévolement la visite avec entrain, esprit et une connaissance approfondie de ses sujets.
Juste auprès, une Bourse baroque démontre avec éclat la volonté des citadins de se relever des épreuves de la guerre de trente ans. A trois pas, la Nicolaikirche offre d’étonnants décors végétaux, blanc, verts et roses.
La ville est percée de passages couverts, comme à Milan, Rome, Paris et autres lieux, où fleurissent les commerces et les tavernes ; ils ont conservé l’atmosphère si particulière qui leur est commune.
Tout le flanc est de la cité est occupé par des édifices dans le style, si l’on peut dire, stalinien : Université, salle de concerts, opéra, encadrant l’Augustusplatz, qui n’est sauvée que par une belle et monumentale fontaine, animée de divinités aquatiques en bronze, dans le goût de la Fontaine des fleuves sur la place Navonne à Rome, mis en moins gracieux ; elle est bien étonnée de se retrouver au sein de ce stérile désert.
La Gare des chemins de fer a la réputation d’être une des plus grandes d’Europe.
De Leipzig à Halle, ce n’est qu’un saut, et m’y suivez si de tels entrechats ne sont point au-dessous de votre dignité. Si Leipzig fut - par excellence - la ville du commerce, Halle fut celle du savoir, et singulièrement de la Théologie ; son Université bénéficia longuement du soutien constant des Rois de Prusse, et fut la pépinière de nombreux serviteurs de l’Etat ; mais plus encore que Leipzig, la ville a été proprement massacrée par le régime totalitaire qui y sévit pendant un demi siècle. Les horribles constructions à bon marché et particulièrement affligeantes de l’après-guerre y surgissent à tous les coins de rues, jusque dans l’immédiate proximité des quelques bâtiments que la barbarie ignora ou qu’elle n’eut pas les moyens de mettre à terre. Ici encore, ce n’est point la guerre qui fit des ravages, mais l’acharnement idéologique d’une bande de babouins forcenés, tels que Winston Churchill les a si exactement décrits.
Donc, Madame la Marquise, si vous venez à Halle, n’ouvrez qu’un seul œil, ou même un demi. Cela vous suffira pour voir ce qu’il y a à y voir, et vous évitera le spectacle désolant de ces « Plattenbauten » où je pense que vous ne voudriez point que l’on loge même les plus modestes de vos gens.
La Moritzkirche est une belle église à trois nefs, du style gothique finissant. Elle possède quelques intéressantes statues. Nous fermons les yeux, et arrivons sur la Grand’ place. Un beffroi du quinzième siècle la domine, planté seul en son milieu. La Marktkirche est un curieux édifice du seizième siècle que l’on bâtit en utilisant les restes de deux églises romanes antérieures : elle a ainsi deux chœurs et quatre clochers !
La maison natale de Georg Friedrich Haendel, la gloire locale, est devenue un Musée, bien que le compositeur ait passé la plus grande partie de sa vie, et écrit ses œuvres majeures en … Angleterre.
Le Dom (cathédrale) surplombe un bras de la Saale. Sa position un peu excentrée lui vient de son origine : ce fut d’abord une église abbatiale. Le Moritzburg, ancienne forteresse, perché sur une butte, domine lui aussi la rivière et le nord de la ville.
Vous pourriez, si vous le désiriez, passer la Saale et visiter le Musée du sel. C’est lui qui fut à l’origine de l’établissement de la ville et contribua pendant plus de huit cents ans à sa prospérité et à son développement. Un curieux cimetière, hors les murs, s’est inspiré des « Campi Santi » italiens.
Voila, Madame la Marquise, à peu près tout ce que l’on peut dire de ces deux villes de la Saxe qui, si elles connurent un lumineux passé ne brillent plus à ce jour que de feux aux trois-quarts éteints. C’est sous les immondices laissés par le plus honteux des régimes que l’on trouve encore quelques pépites qui méritent un détour si l’on est disposé à voir bien des choses laides pour en découvrir quelques belles.
Vous aurez, chère Marquise, je l’espère, remarqué que la germanophilie dont on m’accuse – bien souvent à juste titre – ne m’empêche nullement d’ouvrir les yeux, et de mettre le doigt sur les plaies que l’on peut voir à nos germains cousins : qui bene amat, bene castigat.
Je suis, et demeurerai, Madame la Marquise, votre très humble,
Très dévoué
Et très obéissant serviteur,
§
La Guadeloupe aux guadeloupéens ! On entendit ce cri, on l’entendra encore. Mais, de fait, qui sont « les guadeloupéens » ? Les amérindiens primitifs ? Il n’en reste plus. Les africains qui ont été livrés par leurs congénères à la traite ? Ou bien les descendants des premiers colons européens ?
§
Ah oui ?! Mon nouveau Gouvernement compte 41 membres ? Je m’étais engagé, dites-vous, à n’en pas avoir plus de 15 ? Que voulez-vous, quand on ne peut avoir la qualité, force est de se rabattre sur la quantité !
N.S.
Note : par gros temps, les marins avisés serrent la toile. Celui-ci déploie la voilure.
§
Michel Jacson n’est plus …
Dans les derniers jours du mois de juin s’est éteint une étoile de l’industrie du spectacle (Show business en français). Sa renommée était, nous dit-on, à l’échelle de la planète. La raison en est sans doute, comme le disait Mateo Aleman, que les goûts du plus grand nombre sont les plus dépravés.
Que n’a-t-on entendu : un génie, le créateur de la musique ( ?) moderne, incommensurable. Les aficionados de tous pays, reniflant leurs larmes devant des microphones complaisants, donnent l’impression d’avoir perdu père et mère.
Bref, une hystérie indécente et ridicule s’est emparée du « village global ». Aux déformations de TF1, sur une heure d’émission, cinquante minutes ont été consacrées au bizarre androgyne, et trois minutes à la visite de Nicolas S. aux Antilles. Il n’a pas du aimer ça !
J’avoue, avec une satisfaction que je ne cherche pas à dissimuler, que je ne reconnais AUCUNE de ses chansonnettes, et que son talent de danseur, commun à tous ceux de son ethnie, me semble être sa performance la plus méritoire. Il est vrai que je déteste la danse, et que donc, cet hommage me coute fort peu.
Quant aux métamorphoses, qui ont fait de cet enfant plutôt sympathique une sorte de cadavre dégingandé, je n’en dirai mot, non plus que de ses caprices délirants, ni des sombres affaires de mœurs. Rien de tout cela ne suffit à faire, un instant, réfléchir les foules.
Pauvres de nous – au sens large – qui laissâmes Mozart aller seul à la fosse, avec seul un chien pour suivre la voiture, et qui déversons avec profusion l’encens aux pieds de cette inquiétante et piètre idole !
§
On ne voit pas, à sa naissance, la vague qui submergera un continent.
Les peuples contigus qui parlent une même langue ont vocation à former une nation.
Au lieu de loucher sur les « superprofits », l’Etat ferait mieux de s’occuper de ses super-dépenses.
§
Nous étions animés des meilleures intentions. Nous voulions aider les familles nombreuses, les familles monoparentales, les consommateurs, les chômeurs, les entreprises, les SDF, les handicapés, … Il nous fallait de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent. Alors, nous taxions. Les gens et les entreprises, devant payer les taxes, avaient moins de moyens. Il fallait donc les aider davantage. Alors nous taxions encore, ce qui mettait de plus en plus de gens en difficulté, donc demandant plus d’assistance.
Nous n’avions rien compris, et, quand je vois les décisions que chaque jour nous prenons, je crois bien que nous n’avons toujours rien compris.
Un Membre du Gouvernement
(qui demande à garder l’anonymat)
§ §
§
(Numéro 51, Juillet)
Voyage à Leipzig et Halle
Madame la Marquise,
Puisque vous insistâtes si fort pour que je vous mande les impressions de mon dernier voyage au pays des Saxons, et plus particulièrement mon jugement des villes de Leipzig et de Halle, je me conforme, comme à l’habitude, à vos désirs, et vous présente ici le fruit de vos commandements.
La ville de Leipzig a joui pendant le moyen âge d’une grande prospérité, fondée sur le commerce qu’animait ses foires célèbres dans toute l’Europe. Comme toutes les villes allemandes, Leipzig eut fort à souffrir lors de la guerre de trente ans que les Princes de l’Europe se firent sur un prétexte de religion. Oui, Madame, je dis bien prétexte, car c’était plutôt une lutte de pouvoir. Ne vit-on point la France, fille aînée de l’Eglise et son Roi Très Chrétien, s’allier aux puissances protestantes, afin de miner l’hégémonie des Habsburgs ?
Mais revenons, Madame, à Leipzig, qui est notre sujet, et non point ces considérations historiques qui ne sauraient rien vous apprendre que vous ne sussiez déjà. Ayant souffert, disais-je, elle se redressa de ses malheurs, car ne dit-on pas de ses habitants qu’ils sont tenaces et de surcroît passablement orgueilleux. Pour eux, les grandes villes du monde ont nom : Leipzig, Londres et New-York. Leipzig fut aussi une des capitales du livre ; mais elle est à ce jour bien déchue de ce rôle : les imprimeurs sont partis quand les adeptes du communisme prirent le pouvoir au lendemain de la dernière guerre.
Dès le milieu du dix-neuvième siècle, Leipzig avait perdu son caractère médiéval : les profits tirés de l’industrie et du commerce portèrent une riche bourgeoisie à effacer les traces du passé, et à bâtir dans le goût moderne. Moderne de l’époque, s’entend. N’est-il pas remarquable que pour qu’une ville garde son cachet, il faut qu’elle soit restée stagnante pendant de longs siècles, et que les fonds aient manqué aux habitants pour arracher les vestiges anciens et les remplacer par des bâtisses qui bien souvent ne valaient point celles qu’ils mettaient à bas ?
Cependant, chère Marquise, force nous est de constater que la ville de Leipzig fut quasiment épargnée lors des bombardements des Puissances Alliées de la dernière guerre. Et si ce jourd’huy Leipzig n’est pas ce que l’on peut nommer une belle ville, elle le doit surtout aux abominables constructions du régime des communistes, dont on peut se demander si le projet premier n’était point de faire disparaître le plus de souvenirs du passé qu’il le pouvait, et de mettre en leur lieu ce qu’il pouvait imaginer de plus sinistre et de plus désespérant. Le croiriez-vous, on dit, à ce sujet, que les premiers signes de la désaffection des peuples pour le régime se manifestèrent quand, en 1968, Walter Ulbricht fit raser l’antique chapelle de l’Université. Le mécontentement murit jusqu’à exploser dans les gigantesques manifestations populaires qui conduisirent en 1989 à la chute de cette abominable dictature.
Lorsqu’on aborde la ville de Leipzig, on traverse d’abord de bien tristes faubourgs. Mais c’est là le fait de toutes nos villes à ce jour, et cette remarque, Madame la Marquise, est aussi impertinente qu’inutile. Je le dis moi-même pour vous éviter la peine de m’en faire reproche.
Ce qui vous frappera, Madame, aux approches de la cité, c’est le nouvel Hôtel de Ville, érigé sur l’emplacement d’une ancienne place forte. Ce bâtiment néo-gothique de fortes pierres apparentes, domine de ses tours toute la partie sud de la ville ; il passe pour être un des plus vastes de ce genre en Allemagne.
Un peu plus loin, c’est la Thomaskirche, à trois nefs, sans transept. Elle est agrémentée de tribunes sur les deux nefs extérieures. Elle possède une fort belle chaire plus tardive ornée de sujets tirés de la Genèse. Martin Luther, omniprésent dans toute la Saxe, y prêcha. C’est aussi là que Jean Sébastien Bach, dont vous êtres si friande, exerça pendant vingt-sept ans des fonctions officielles, même si Messieurs les Officiers municipaux ne surent pas apprécier ses mérites. Ils auraient souhaité s’assurer les services de quelqu’un jouissant à l’époque d’une plus brillante renommée que J.S. Bach. D’où de perpétuelles querelles entre le musicien et ses employeurs et beaucoup d’insatisfactions de part et d’autre.
Près de là, un monument est consacré à Félix Mendelssohn Bartholdi qui fit redécouvrir à l’Allemagne étonnée un Jean Sébastien Bach injustement tombé dans l’oubli, et qui finança un modeste mémorial dédié au grand artiste.
Bien assis à l’exact centre de la ville ancienne, l’Altes Rathaus (il s’agit vous l’aurez deviné de l’ancien Hôtel de ville), est une longue bâtisse de l’époque de la renaissance des arts. Elle repose sur des arcades où s’abritaient les maisons de commerce, pour bien illustrer que la richesse marchande était le véritable fondement de la ville. C’est à ce jour le Stadtmuseum (Musée de la ville), et son Directeur, une fois le mois, en conduit bénévolement la visite avec entrain, esprit et une connaissance approfondie de ses sujets.
Juste auprès, une Bourse baroque démontre avec éclat la volonté des citadins de se relever des épreuves de la guerre de trente ans. A trois pas, la Nicolaikirche offre d’étonnants décors végétaux, blanc, verts et roses.
La ville est percée de passages couverts, comme à Milan, Rome, Paris et autres lieux, où fleurissent les commerces et les tavernes ; ils ont conservé l’atmosphère si particulière qui leur est commune.
Tout le flanc est de la cité est occupé par des édifices dans le style, si l’on peut dire, stalinien : Université, salle de concerts, opéra, encadrant l’Augustusplatz, qui n’est sauvée que par une belle et monumentale fontaine, animée de divinités aquatiques en bronze, dans le goût de la Fontaine des fleuves sur la place Navonne à Rome, mis en moins gracieux ; elle est bien étonnée de se retrouver au sein de ce stérile désert.
La Gare des chemins de fer a la réputation d’être une des plus grandes d’Europe.
De Leipzig à Halle, ce n’est qu’un saut, et m’y suivez si de tels entrechats ne sont point au-dessous de votre dignité. Si Leipzig fut - par excellence - la ville du commerce, Halle fut celle du savoir, et singulièrement de la Théologie ; son Université bénéficia longuement du soutien constant des Rois de Prusse, et fut la pépinière de nombreux serviteurs de l’Etat ; mais plus encore que Leipzig, la ville a été proprement massacrée par le régime totalitaire qui y sévit pendant un demi siècle. Les horribles constructions à bon marché et particulièrement affligeantes de l’après-guerre y surgissent à tous les coins de rues, jusque dans l’immédiate proximité des quelques bâtiments que la barbarie ignora ou qu’elle n’eut pas les moyens de mettre à terre. Ici encore, ce n’est point la guerre qui fit des ravages, mais l’acharnement idéologique d’une bande de babouins forcenés, tels que Winston Churchill les a si exactement décrits.
Donc, Madame la Marquise, si vous venez à Halle, n’ouvrez qu’un seul œil, ou même un demi. Cela vous suffira pour voir ce qu’il y a à y voir, et vous évitera le spectacle désolant de ces « Plattenbauten » où je pense que vous ne voudriez point que l’on loge même les plus modestes de vos gens.
La Moritzkirche est une belle église à trois nefs, du style gothique finissant. Elle possède quelques intéressantes statues. Nous fermons les yeux, et arrivons sur la Grand’ place. Un beffroi du quinzième siècle la domine, planté seul en son milieu. La Marktkirche est un curieux édifice du seizième siècle que l’on bâtit en utilisant les restes de deux églises romanes antérieures : elle a ainsi deux chœurs et quatre clochers !
La maison natale de Georg Friedrich Haendel, la gloire locale, est devenue un Musée, bien que le compositeur ait passé la plus grande partie de sa vie, et écrit ses œuvres majeures en … Angleterre.
Le Dom (cathédrale) surplombe un bras de la Saale. Sa position un peu excentrée lui vient de son origine : ce fut d’abord une église abbatiale. Le Moritzburg, ancienne forteresse, perché sur une butte, domine lui aussi la rivière et le nord de la ville.
Vous pourriez, si vous le désiriez, passer la Saale et visiter le Musée du sel. C’est lui qui fut à l’origine de l’établissement de la ville et contribua pendant plus de huit cents ans à sa prospérité et à son développement. Un curieux cimetière, hors les murs, s’est inspiré des « Campi Santi » italiens.
Voila, Madame la Marquise, à peu près tout ce que l’on peut dire de ces deux villes de la Saxe qui, si elles connurent un lumineux passé ne brillent plus à ce jour que de feux aux trois-quarts éteints. C’est sous les immondices laissés par le plus honteux des régimes que l’on trouve encore quelques pépites qui méritent un détour si l’on est disposé à voir bien des choses laides pour en découvrir quelques belles.
Vous aurez, chère Marquise, je l’espère, remarqué que la germanophilie dont on m’accuse – bien souvent à juste titre – ne m’empêche nullement d’ouvrir les yeux, et de mettre le doigt sur les plaies que l’on peut voir à nos germains cousins : qui bene amat, bene castigat.
Je suis, et demeurerai, Madame la Marquise, votre très humble,
Très dévoué
Et très obéissant serviteur,
§
La Guadeloupe aux guadeloupéens ! On entendit ce cri, on l’entendra encore. Mais, de fait, qui sont « les guadeloupéens » ? Les amérindiens primitifs ? Il n’en reste plus. Les africains qui ont été livrés par leurs congénères à la traite ? Ou bien les descendants des premiers colons européens ?
§
Ah oui ?! Mon nouveau Gouvernement compte 41 membres ? Je m’étais engagé, dites-vous, à n’en pas avoir plus de 15 ? Que voulez-vous, quand on ne peut avoir la qualité, force est de se rabattre sur la quantité !
N.S.
Note : par gros temps, les marins avisés serrent la toile. Celui-ci déploie la voilure.
§
Michel Jacson n’est plus …
Dans les derniers jours du mois de juin s’est éteint une étoile de l’industrie du spectacle (Show business en français). Sa renommée était, nous dit-on, à l’échelle de la planète. La raison en est sans doute, comme le disait Mateo Aleman, que les goûts du plus grand nombre sont les plus dépravés.
Que n’a-t-on entendu : un génie, le créateur de la musique ( ?) moderne, incommensurable. Les aficionados de tous pays, reniflant leurs larmes devant des microphones complaisants, donnent l’impression d’avoir perdu père et mère.
Bref, une hystérie indécente et ridicule s’est emparée du « village global ». Aux déformations de TF1, sur une heure d’émission, cinquante minutes ont été consacrées au bizarre androgyne, et trois minutes à la visite de Nicolas S. aux Antilles. Il n’a pas du aimer ça !
J’avoue, avec une satisfaction que je ne cherche pas à dissimuler, que je ne reconnais AUCUNE de ses chansonnettes, et que son talent de danseur, commun à tous ceux de son ethnie, me semble être sa performance la plus méritoire. Il est vrai que je déteste la danse, et que donc, cet hommage me coute fort peu.
Quant aux métamorphoses, qui ont fait de cet enfant plutôt sympathique une sorte de cadavre dégingandé, je n’en dirai mot, non plus que de ses caprices délirants, ni des sombres affaires de mœurs. Rien de tout cela ne suffit à faire, un instant, réfléchir les foules.
Pauvres de nous – au sens large – qui laissâmes Mozart aller seul à la fosse, avec seul un chien pour suivre la voiture, et qui déversons avec profusion l’encens aux pieds de cette inquiétante et piètre idole !
§
On ne voit pas, à sa naissance, la vague qui submergera un continent.
Les peuples contigus qui parlent une même langue ont vocation à former une nation.
Au lieu de loucher sur les « superprofits », l’Etat ferait mieux de s’occuper de ses super-dépenses.
§
Nous étions animés des meilleures intentions. Nous voulions aider les familles nombreuses, les familles monoparentales, les consommateurs, les chômeurs, les entreprises, les SDF, les handicapés, … Il nous fallait de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent. Alors, nous taxions. Les gens et les entreprises, devant payer les taxes, avaient moins de moyens. Il fallait donc les aider davantage. Alors nous taxions encore, ce qui mettait de plus en plus de gens en difficulté, donc demandant plus d’assistance.
Nous n’avions rien compris, et, quand je vois les décisions que chaque jour nous prenons, je crois bien que nous n’avons toujours rien compris.
Un Membre du Gouvernement
(qui demande à garder l’anonymat)
§ §
§
27 juin 2009
Brevia No:50, juin 2009
Brevia 2009
(Numéro 50, Juin)
Il faut dire les choses comme elles sont
Un de mes lecteurs les plus assidus et les plus attentifs, et par voie de conséquence le plus critique, me reproche assez souvent mon attitude intransigeante envers la France. Je pourrais me tirer de cette situation en citant la maxime latine : Qui bene amat, bene castigat. Mais sur ce sujet, j’ai une autre ligne de défense.
J’aime mon pays plus qu’on ne le croit, peut-être. C’est la raison pour laquelle je le voudrais toujours plus performant et en tête du peloton. C’est aussi la raison pour laquelle j’enrage quand je le vois se satisfaire d’être « dans la moyenne ». Et c’est aussi pourquoi je le fustige chaque fois que je le vois prendre une fausse route. Je ne me contente point de ses réussites, je m’égosille à l’encourager à combler ses déficiences. Je n’accepte pas qu’un système d’éducation qui est l’un des plus généreux « per capita » donne des résultats si minces. Je n’accepte pas que depuis quarante ans nous n’arrivions pas à équilibrer notre budget, et que nous roulions devant nous une masse de dettes que nous mettons au débit de nos enfants, petits-enfants, arrières-petits enfants. Je m’insurge que cette réforme de l’Etat, que l’on nous promet depuis belle lurette soit encore à commencer à entreprendre. D’accord, sans doute avec quelques réserves, pour ce qui est de la « qualité de la vie » en France, car sans cela pourquoi tant d’étrangers viendraient-ils nous rendre visite ? Mais je ne me satisfais pas de voir la France devenir une sorte de « Disney Land » de la gastronomie et des églises romanes. Je la veux efficace, sûre d’Elle, parlant avec parcimonie, mais avec force parce qu’elle-même serait forte et de ce fait respectée. Je souffre de l’image qu’elle donne d’elle-même hors de ses frontières. Et voici pourquoi je ne cesserai de lui mettre sous le nez ses insuffisances et de vilipender ceux auxquels il manque le courage ou la force pour la remettre sur le droit chemin avant que toute chance de redressement ne se soit évanouie.
Et qu’on ne me dise point qu’on ne trouve sous ma plume que dénigrement et stérile critique. Je ne cesse d’indiquer les voies du redressement et du salut, et je puis ici en donner encore un bref aperçu :
Pour sortir de l’enlisement, il faut un Etat fort, et qui limite son action à la sphère régalienne. Tout ce qu’on nous a servi jusqu’à présent n’est PAS le libéralisme ; c’est au mieux une parodie de colbertisme. Un Etat fort, c’est un Etat riche, géré à l’équilibre, et sans dettes (ce qui lui donne, en cas de crise, les moyens de secours nécessaires, ce qu’il n’a pas à ce jour à cause de son endettement).
Pour rétablir les finances de l’Etat, il faut diminuer DRASTIQUEMENT ses dépenses. On doit pouvoir réduire celles-ci de 30% :
· En supprimant les Départements, le Sénat, en ramenant à 5 ou 6 le nombre de Régions ; en diminuant par 3 le nombre de Communes, par regroupements obligatoires.
· En donnant (de force si nécessaire) leur indépendance à TOUS les territoires non-métropolitains, Corse comprise.
· En supprimant toutes les Agences, Hautes-Autorités, Comités théodules et autres « observatoires » inutiles.
· En créant une Allocation Unique de Survie (AUS), fonction du nombre de personnes au foyer, et en supprimant toutes les allocations, exemptions, dégrèvements dont l’inextricable complexité entraîne incompréhension, abus et coûts.
· En interdisant toutes les subventions publiques aux Associations et aux Syndicats…
· En soumettant tous les revenus (y compris l’AUS) à l’impôt sur le revenu, quitte à ce qu’il soit extrêmement faible pour les revenus (y compris l’AUS) les plus faibles.
· En privatisant toutes les participations de l’Etat (majoritaires ou minoritaires) : SNCF, Télévision, etc. … etc. …
· En refondant le Droit du Travail, en particulier en supprimant les freins aux licenciements, ce qui libérera les embauches
Quand ce programme (non limitatif) d’économies sera mis en place, on remboursera progressivement de la dette, sur une dizaine d’années, et alors seulement on procédera à une baisse substantielle des impôts. La part des prélèvements obligatoires pourrait alors retomber à (environ) 30% du PIB.
Avec un Etat sain, limité dans ses fonctions, des prélèvements réduits, le monde de l’Economie fera le reste et assurera la prospérité de tous et de chacun, selon se mérites.
Brevissima
Rien n’est plus contagieux que le mauvais exemple.
Il est bien apparent que nous ne sommes pas faits pour marcher nu-pieds. Si Dieu avait voulu que nous marchassions nu-pieds, Il nous aurait mis des sabots au bout des jambes, et non point des orteils.
Il n’y a pas de vérité dans les Izvestia, et pas de nouvelles dans la Pravda.
Proverbe russe
(En russe Izvestia signifie Nouvelles et Pravda : vérité).
C’est à cause du vide qu’ils ont à l’intérieur que les gens s’encombrent de bruits et d’objets inutiles à l’extérieur.
Le Gouvernement propose, la rue dispose.
Le petit Nicolas nous concocte un Grand Paris. Je préfèrerais qu’un grand Nicolas nous concoctât un petit Paris.
On oppose souvent la « logique comptable » et la « logique sociale ». On oublie par là que pour qu’il puisse y avoir un peu de logique sociale, il faut, auparavant, qu’il y ait eu beaucoup de saine logique comptable.
§
Voici bientôt un mois que Radio-France International n’émet plus. Le mouvement de grève est INACCEPTABLE. Il est un déni à la vocation de la chaîne, qui est d'assurer la présence de la France dans le monde; mais, comme le disent mes amis, il a l'avantage que l'on apprend à se passer de l’émetteur. L’audience était déjà faible, elle va encore baisser. Peut-être alors sera-t-il temps de supprimer définitivement RFI. On écoutera la BBC.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
(Numéro 50, Juin)
Il faut dire les choses comme elles sont
Un de mes lecteurs les plus assidus et les plus attentifs, et par voie de conséquence le plus critique, me reproche assez souvent mon attitude intransigeante envers la France. Je pourrais me tirer de cette situation en citant la maxime latine : Qui bene amat, bene castigat. Mais sur ce sujet, j’ai une autre ligne de défense.
J’aime mon pays plus qu’on ne le croit, peut-être. C’est la raison pour laquelle je le voudrais toujours plus performant et en tête du peloton. C’est aussi la raison pour laquelle j’enrage quand je le vois se satisfaire d’être « dans la moyenne ». Et c’est aussi pourquoi je le fustige chaque fois que je le vois prendre une fausse route. Je ne me contente point de ses réussites, je m’égosille à l’encourager à combler ses déficiences. Je n’accepte pas qu’un système d’éducation qui est l’un des plus généreux « per capita » donne des résultats si minces. Je n’accepte pas que depuis quarante ans nous n’arrivions pas à équilibrer notre budget, et que nous roulions devant nous une masse de dettes que nous mettons au débit de nos enfants, petits-enfants, arrières-petits enfants. Je m’insurge que cette réforme de l’Etat, que l’on nous promet depuis belle lurette soit encore à commencer à entreprendre. D’accord, sans doute avec quelques réserves, pour ce qui est de la « qualité de la vie » en France, car sans cela pourquoi tant d’étrangers viendraient-ils nous rendre visite ? Mais je ne me satisfais pas de voir la France devenir une sorte de « Disney Land » de la gastronomie et des églises romanes. Je la veux efficace, sûre d’Elle, parlant avec parcimonie, mais avec force parce qu’elle-même serait forte et de ce fait respectée. Je souffre de l’image qu’elle donne d’elle-même hors de ses frontières. Et voici pourquoi je ne cesserai de lui mettre sous le nez ses insuffisances et de vilipender ceux auxquels il manque le courage ou la force pour la remettre sur le droit chemin avant que toute chance de redressement ne se soit évanouie.
Et qu’on ne me dise point qu’on ne trouve sous ma plume que dénigrement et stérile critique. Je ne cesse d’indiquer les voies du redressement et du salut, et je puis ici en donner encore un bref aperçu :
Pour sortir de l’enlisement, il faut un Etat fort, et qui limite son action à la sphère régalienne. Tout ce qu’on nous a servi jusqu’à présent n’est PAS le libéralisme ; c’est au mieux une parodie de colbertisme. Un Etat fort, c’est un Etat riche, géré à l’équilibre, et sans dettes (ce qui lui donne, en cas de crise, les moyens de secours nécessaires, ce qu’il n’a pas à ce jour à cause de son endettement).
Pour rétablir les finances de l’Etat, il faut diminuer DRASTIQUEMENT ses dépenses. On doit pouvoir réduire celles-ci de 30% :
· En supprimant les Départements, le Sénat, en ramenant à 5 ou 6 le nombre de Régions ; en diminuant par 3 le nombre de Communes, par regroupements obligatoires.
· En donnant (de force si nécessaire) leur indépendance à TOUS les territoires non-métropolitains, Corse comprise.
· En supprimant toutes les Agences, Hautes-Autorités, Comités théodules et autres « observatoires » inutiles.
· En créant une Allocation Unique de Survie (AUS), fonction du nombre de personnes au foyer, et en supprimant toutes les allocations, exemptions, dégrèvements dont l’inextricable complexité entraîne incompréhension, abus et coûts.
· En interdisant toutes les subventions publiques aux Associations et aux Syndicats…
· En soumettant tous les revenus (y compris l’AUS) à l’impôt sur le revenu, quitte à ce qu’il soit extrêmement faible pour les revenus (y compris l’AUS) les plus faibles.
· En privatisant toutes les participations de l’Etat (majoritaires ou minoritaires) : SNCF, Télévision, etc. … etc. …
· En refondant le Droit du Travail, en particulier en supprimant les freins aux licenciements, ce qui libérera les embauches
Quand ce programme (non limitatif) d’économies sera mis en place, on remboursera progressivement de la dette, sur une dizaine d’années, et alors seulement on procédera à une baisse substantielle des impôts. La part des prélèvements obligatoires pourrait alors retomber à (environ) 30% du PIB.
Avec un Etat sain, limité dans ses fonctions, des prélèvements réduits, le monde de l’Economie fera le reste et assurera la prospérité de tous et de chacun, selon se mérites.
Brevissima
Rien n’est plus contagieux que le mauvais exemple.
Il est bien apparent que nous ne sommes pas faits pour marcher nu-pieds. Si Dieu avait voulu que nous marchassions nu-pieds, Il nous aurait mis des sabots au bout des jambes, et non point des orteils.
Il n’y a pas de vérité dans les Izvestia, et pas de nouvelles dans la Pravda.
Proverbe russe
(En russe Izvestia signifie Nouvelles et Pravda : vérité).
C’est à cause du vide qu’ils ont à l’intérieur que les gens s’encombrent de bruits et d’objets inutiles à l’extérieur.
Le Gouvernement propose, la rue dispose.
Le petit Nicolas nous concocte un Grand Paris. Je préfèrerais qu’un grand Nicolas nous concoctât un petit Paris.
On oppose souvent la « logique comptable » et la « logique sociale ». On oublie par là que pour qu’il puisse y avoir un peu de logique sociale, il faut, auparavant, qu’il y ait eu beaucoup de saine logique comptable.
§
Voici bientôt un mois que Radio-France International n’émet plus. Le mouvement de grève est INACCEPTABLE. Il est un déni à la vocation de la chaîne, qui est d'assurer la présence de la France dans le monde; mais, comme le disent mes amis, il a l'avantage que l'on apprend à se passer de l’émetteur. L’audience était déjà faible, elle va encore baisser. Peut-être alors sera-t-il temps de supprimer définitivement RFI. On écoutera la BBC.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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30 mai 2009
Brevia No 49, mai 2009
BREVIA 2009
( Numéro 49, Mai )
Sächsische Ausflüge
(ESCAPADES SAXONNES)
Comment donc, ma chère cousine, vous voici de nouveau dans notre ville de Berlin ? Votre précédente visite vous aurait-elle laissé un tel souvenir que si tôt derechef vous y reveniez ? Ne me dites pas que c’est pour l’agrément de ma compagnie, je ne vous croirais pas. A ce train, vous finirez bien par connaître la Capitale comme le fond de ma poche, et je suis bien embarrassé à vous vouloir montrer des nouveautés que vous ne connussiez déjà.
Vous ferais-je voir de nos châteaux ? Nous en avons ici de fort beaux, que nous ont laissés nos Rois de Prusse : Charlottenburg, où la Reine Charlotte philosophait avec son ami Leibniz, le Nouveau Palais à Potsdam, Sanssouci, Paretz, si cher au bourgeois Frédéric Guillaume le troisième, Caputh, Rheinsberg où Frédéric II passa ses années les plus heureuses, Königs Wusterhausen, où le Roi Soldat aimait tant à chasser et à tenir les séances enfumées de son Tabakskollegium, Schönhausen, le triste exil d’Elisabeth, l’épouse, hélas intacte, du Grand Frédéric, Oranienburg, le Jagdschloss Grunewald, le château de Glienicke, celui de l’ile aux Paons, celui de Sacrow et sa charmante église qui se reflète dans les eaux claires de la Havel, et puis encore …Non ? Vous avez assez de châteaux là d’où vous venez ? Vous voulez fuir la capitale et ses environs lacustres et boisés ? Voyons, laissez-moi y songer … Dresden est bien loin, et nous consacrerions trop de temps au voyage ; Werder est intéressant, mais la saison de la floraison des arbres fruitiers est passée, et c’en est le principal attrait. Mein Gott ! J’y suis, nous irons à Wittenberg, à moins de vingt-six lieues de Berlin.
(Une grande heure s’écoule, avant que nous ne retrouvions nos voyageurs aux portes de Wittenberg. Vous avez le temps de déjeuner – sur le pouce – de lire votre journal ou de fumer un bon gros cigare).
Voyez donc, ma Cousine, nous venons de quitter le Brandebourg et de pénétrer en Saxe-Anhalt. C’est aussi la frontière linguistique où le curieux parler de Berlin cède la place au parler plus curieux encore des Saxons. Et là, devant vous, sur cette très faible pente qui s’élève des rives de l’Elbe, cette ville oblongue, de six cents toises dans sa dimension la plus développée, c’est Wittenberg ! Elle est percée de deux rues parallèles reliées de courtes traverses.
Je vous propose que nous commencions notre promenade par le Collège des Augustins. Vous en tombez d’accord ? Votre extrême complaisance fait toujours mon bonheur et provoque à chaque coup mon admiration. C’est dans ce Collège, qu’après la Réforme Luther eut sa résidence, moins spartiate que les rites dont il voulait doter son Eglise. Ce M. Luther, voyez-vous, était peut-être moins austère qu’on ne le pourrait croire. Ne disait-il pas : « Il faut boire de la bière, car celui qui en boit dort bien, celui qui dort bien ne pêche point, et qui ne pêche va au ciel » ! Faisons quelques pas, en remontant la Collegiumstrasse, et voici la maison de Melanchthon (de son vrai nom Schwarzerdt), l’humaniste qui survit dans l’ombre envahissante se son encombrant collègue. Oui, vous le dites fort bien, ma savante Cousine, cet édifice remonte au début de la renaissance ; il offre d’érudites collections pour ceux que la Réforme intéresse. On y voit en outre le lectule dans lequel Melanchthon trépassa. En traversant cette arche, nous voici, à l’arrière du bâtiment, dans un jardin de charme, que l’on pourrait dire « de curé » si nous n’étions à l’épicentre du protestantisme.
Obliquons, si vous le voulez bien, un peu vers la droite, et voici la Stadtkirche, du XVème siècle, où l’inévitable Luther a prêché, sur une placette ombragée, bordée de belles demeures. Encore un pas, un seul, et nous entrons sur le Markt, une fort grande place rectangulaire, où aucun bâtiment ne dépare l’harmonie de l’ensemble, avec en son centre un bel Hôtel de Ville début renaissance. Non, de grâce ! Ne me demandez point, très chère Cousine, qui sont les personnages représentés par ces deux statues ! Qui pourrait-ce être sinon nos deux amis Luther et Melanchthon ! La première est de Johann Gottfried Schadow, celui-là même qui exécuta entre autres chefs d’œuvres, le quadrige de la Porte de Brandebourg à Berlin.
Poursuivons, ma belle Cousine, notre agréable promenade vers le couchant. Cette église toute baroque, c’est la Schlosskirche, dominée par son clocher à bulbe. L’église que nous voyons ce jour d’hui n’est pas celle sur la porte de laquelle Luther afficha en 1517 ses quatre-vingt quinze thèses, car celle-ci fut détruite pendant la guerre de sept ans, mais c’est bien à cet endroit qu’elle se trouvait.
Vous trouvez, ma Cousine – et l’étonnement de vos beaux yeux me le fait assez savoir – que je vous entretiens bien souvent de ce M. Luther. Il est vrai qu’en cette ville, comme en quelques autres, on ne saurait lui échapper : Lutherhaus, Lutherbier, Lutherhotel, Lutherstrasse, Luther dans toutes les vitrines des marchands du Temple et à toutes les sauces. Qu’y voulez-vous, chacun exploite comme il peut ses célébrités, et en votre pays, me dit-on, vous faites parfois pire ? Mais, passons …
Ah ! Je sais, charmante enfant, que la technique n’est ni votre point fort, ni votre tasse de thé. Laissez-moi cependant vous montrer ces rigoles et ces fontaines, certaines fort jolies, qui parsèment la ville, et qui depuis le milieu du XVIème siècle, distribuaient par un savant système de canalisations, l’eau courante dans toutes les cours.
Non, non ! Ne craignez point, nous n’irons point voir l’Université, la Leucorea, fondée en 1502 par le Prince Electeur de Saxe Frédéric III dit le Sage, maintenant logée dans des bâtiments du XIXème siècle, et qui malgré sa grande antiquité semble maintenant bien déchue de son ancienne splendeur. Elle n’est plus qu’une annexe de celle de Halle. Pourquoi Leucorea ? Eh bien, C’est la forme grecque de Wittenberg ou Wissenberg, montagne blanche. Mais on se demande quelle montagne, dans ce pays plat comme une crêpe ?
Vous aurez sûrement remarqué, ma Cousine, car rien n’échappe à votre perspicacité attentive, que les façades et les toitures des bâtiments, tant publics que privés sont dans un remarquable état de propreté et d’entretien. C’est là l’effet des transferts massifs de fonds qui ont eu lieu entre la partie occidentale et la partie orientale du pays. Seules quelques bâtisses, dont la rénovation est sans doute bloquée par de délicates questions de propriété ou d’héritage, demeurent, sinistres témoins, dans l’état d’avant la réunification. Mais, par pitié, ne vous aventurez pas dans les arrière-cours, car là, bien souvent, règne l’état de délabrement et de décrépitude si caractéristique de l’ancienne République Démocratique, qui n’avait, vous le savez bien, de démocratique que le nom. N’est-ce pas Walter Ulbricht qui osait dire, en privé : « Tout doit avoir l’air démocratique, mais nous devons avoir tout entre les mains ».
Ceci mis à part, toute cette partie de l’Allemagne est plus pimpante, avenante et soignée que l’autre partie qui est cependant la plus riche. Les habitants n’en semblent pas plus satisfaits pour autant, et menacent, à chaque votation, de faire revenir leurs anciens maîtres et bourreaux qui les avaient pourtant conduits si bas.
Non, ces gens dans les rues et sur les places ne sont point des indigènes. Ils sont déjà nombreux, et le seront plus encore avec l’arrivée des beaux jours. Ce sont, pour la plupart, des adeptes de l’une des RPR, c'est-à-dire des Religions Prétendues Réformées, qui accourent de tous les bouts de l’Europe pour se baigner – spirituellement parlant – aux sources du Protestantisme.
Ce soir, nous coucherons, dans deux chambres séparées, au Luther Hôtel, bien évidemment, et j’ignore ce qu’il nous en coutera. Je sais, par contre, qu’une chambre double, avec petit-déjeuner et une place pour l’automobile dans la remise souterraine revient à moins de 90 écus. Mais je vois que la faim vous tiraille. Ne le niez point ! A quoi songé-je donc ! Nous irons sur le Markt, non pas au Luther Restaurant, mais à la Wittenberg Brauerei, où l’on nous servira une cuisine simple, savoureuse, « authentique » diraient vos critiques à la mode, abondante, et si votre appétit et votre gourmandise vous permettent de vous limiter à un plat et à un verre de bière, notre dîner ne me coutera pas plus de 30 écus, car, bien sûr, je vous invite. La modeste aisance de mes moyens m’autorise encore des folies de cet acabit.
Demain, s’il vous plait, nous irons flâner dans le Wörlitzer Park, à deux bonnes lieues d’ici. C’est un magnifique ensemble, de près de quatre cents arpents de Paris, plat comme la main, où l’eau, par lacs et canaux, se joue entre les frondaisons et les prairies. Rien n’est plus reposant pour l’esprit et doux pour les yeux. On doit cette création, qui se veut être le plus ancien « jardin anglais » sur le continent, au Prince Leopold III Friedrich Franz d’Anhalt-Dessau, né en 1740, mort en 1817, qui fut aidé dans sa tâche par son ami et sujet Friedrich Wilhelm von Erdsmannsdorf. Des espaces fleuris s’épanouissent au sein de haies de charmes et nous envouteront de leurs senteurs champêtres et raffinées.
Suivant l’usage de l’époque, le parc est parsemé de monuments, temples de Flora et de Vénus, ponts de toutes descriptions, une maison gothique, car c’est à la fin des Lumières que le romantisme naissant redécouvre avec ravissement le moyen âge, dont les constructions, au siècle précédent n’étaient comptées que pour les reliques grossières d’un âge barbare. Le château qui domine un grand lac, a été conçu par Erdsmannsdorf, et était considéré par son – modeste – propriétaire comme une maison de campagne (Landhaus).
Nichée entre le Parc et la petite ville de Wörlitz, se trouve l’église Saint-Pierre, moderne et …gothique. Du sommet de la tour, bien sûr nommée Bibelturm, on a, dit-on, une vue superbe sur le parc et qui s’étend de Dessau à Wittenberg, par beau temps ; mais cette ascension, ma belle Cousine, vous la ferez sans moi : ni mon cœur, ni mes jambes ne supporteraient cette escalade.
§ §
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( Numéro 49, Mai )
Sächsische Ausflüge
(ESCAPADES SAXONNES)
Comment donc, ma chère cousine, vous voici de nouveau dans notre ville de Berlin ? Votre précédente visite vous aurait-elle laissé un tel souvenir que si tôt derechef vous y reveniez ? Ne me dites pas que c’est pour l’agrément de ma compagnie, je ne vous croirais pas. A ce train, vous finirez bien par connaître la Capitale comme le fond de ma poche, et je suis bien embarrassé à vous vouloir montrer des nouveautés que vous ne connussiez déjà.
Vous ferais-je voir de nos châteaux ? Nous en avons ici de fort beaux, que nous ont laissés nos Rois de Prusse : Charlottenburg, où la Reine Charlotte philosophait avec son ami Leibniz, le Nouveau Palais à Potsdam, Sanssouci, Paretz, si cher au bourgeois Frédéric Guillaume le troisième, Caputh, Rheinsberg où Frédéric II passa ses années les plus heureuses, Königs Wusterhausen, où le Roi Soldat aimait tant à chasser et à tenir les séances enfumées de son Tabakskollegium, Schönhausen, le triste exil d’Elisabeth, l’épouse, hélas intacte, du Grand Frédéric, Oranienburg, le Jagdschloss Grunewald, le château de Glienicke, celui de l’ile aux Paons, celui de Sacrow et sa charmante église qui se reflète dans les eaux claires de la Havel, et puis encore …Non ? Vous avez assez de châteaux là d’où vous venez ? Vous voulez fuir la capitale et ses environs lacustres et boisés ? Voyons, laissez-moi y songer … Dresden est bien loin, et nous consacrerions trop de temps au voyage ; Werder est intéressant, mais la saison de la floraison des arbres fruitiers est passée, et c’en est le principal attrait. Mein Gott ! J’y suis, nous irons à Wittenberg, à moins de vingt-six lieues de Berlin.
(Une grande heure s’écoule, avant que nous ne retrouvions nos voyageurs aux portes de Wittenberg. Vous avez le temps de déjeuner – sur le pouce – de lire votre journal ou de fumer un bon gros cigare).
Voyez donc, ma Cousine, nous venons de quitter le Brandebourg et de pénétrer en Saxe-Anhalt. C’est aussi la frontière linguistique où le curieux parler de Berlin cède la place au parler plus curieux encore des Saxons. Et là, devant vous, sur cette très faible pente qui s’élève des rives de l’Elbe, cette ville oblongue, de six cents toises dans sa dimension la plus développée, c’est Wittenberg ! Elle est percée de deux rues parallèles reliées de courtes traverses.
Je vous propose que nous commencions notre promenade par le Collège des Augustins. Vous en tombez d’accord ? Votre extrême complaisance fait toujours mon bonheur et provoque à chaque coup mon admiration. C’est dans ce Collège, qu’après la Réforme Luther eut sa résidence, moins spartiate que les rites dont il voulait doter son Eglise. Ce M. Luther, voyez-vous, était peut-être moins austère qu’on ne le pourrait croire. Ne disait-il pas : « Il faut boire de la bière, car celui qui en boit dort bien, celui qui dort bien ne pêche point, et qui ne pêche va au ciel » ! Faisons quelques pas, en remontant la Collegiumstrasse, et voici la maison de Melanchthon (de son vrai nom Schwarzerdt), l’humaniste qui survit dans l’ombre envahissante se son encombrant collègue. Oui, vous le dites fort bien, ma savante Cousine, cet édifice remonte au début de la renaissance ; il offre d’érudites collections pour ceux que la Réforme intéresse. On y voit en outre le lectule dans lequel Melanchthon trépassa. En traversant cette arche, nous voici, à l’arrière du bâtiment, dans un jardin de charme, que l’on pourrait dire « de curé » si nous n’étions à l’épicentre du protestantisme.
Obliquons, si vous le voulez bien, un peu vers la droite, et voici la Stadtkirche, du XVème siècle, où l’inévitable Luther a prêché, sur une placette ombragée, bordée de belles demeures. Encore un pas, un seul, et nous entrons sur le Markt, une fort grande place rectangulaire, où aucun bâtiment ne dépare l’harmonie de l’ensemble, avec en son centre un bel Hôtel de Ville début renaissance. Non, de grâce ! Ne me demandez point, très chère Cousine, qui sont les personnages représentés par ces deux statues ! Qui pourrait-ce être sinon nos deux amis Luther et Melanchthon ! La première est de Johann Gottfried Schadow, celui-là même qui exécuta entre autres chefs d’œuvres, le quadrige de la Porte de Brandebourg à Berlin.
Poursuivons, ma belle Cousine, notre agréable promenade vers le couchant. Cette église toute baroque, c’est la Schlosskirche, dominée par son clocher à bulbe. L’église que nous voyons ce jour d’hui n’est pas celle sur la porte de laquelle Luther afficha en 1517 ses quatre-vingt quinze thèses, car celle-ci fut détruite pendant la guerre de sept ans, mais c’est bien à cet endroit qu’elle se trouvait.
Vous trouvez, ma Cousine – et l’étonnement de vos beaux yeux me le fait assez savoir – que je vous entretiens bien souvent de ce M. Luther. Il est vrai qu’en cette ville, comme en quelques autres, on ne saurait lui échapper : Lutherhaus, Lutherbier, Lutherhotel, Lutherstrasse, Luther dans toutes les vitrines des marchands du Temple et à toutes les sauces. Qu’y voulez-vous, chacun exploite comme il peut ses célébrités, et en votre pays, me dit-on, vous faites parfois pire ? Mais, passons …
Ah ! Je sais, charmante enfant, que la technique n’est ni votre point fort, ni votre tasse de thé. Laissez-moi cependant vous montrer ces rigoles et ces fontaines, certaines fort jolies, qui parsèment la ville, et qui depuis le milieu du XVIème siècle, distribuaient par un savant système de canalisations, l’eau courante dans toutes les cours.
Non, non ! Ne craignez point, nous n’irons point voir l’Université, la Leucorea, fondée en 1502 par le Prince Electeur de Saxe Frédéric III dit le Sage, maintenant logée dans des bâtiments du XIXème siècle, et qui malgré sa grande antiquité semble maintenant bien déchue de son ancienne splendeur. Elle n’est plus qu’une annexe de celle de Halle. Pourquoi Leucorea ? Eh bien, C’est la forme grecque de Wittenberg ou Wissenberg, montagne blanche. Mais on se demande quelle montagne, dans ce pays plat comme une crêpe ?
Vous aurez sûrement remarqué, ma Cousine, car rien n’échappe à votre perspicacité attentive, que les façades et les toitures des bâtiments, tant publics que privés sont dans un remarquable état de propreté et d’entretien. C’est là l’effet des transferts massifs de fonds qui ont eu lieu entre la partie occidentale et la partie orientale du pays. Seules quelques bâtisses, dont la rénovation est sans doute bloquée par de délicates questions de propriété ou d’héritage, demeurent, sinistres témoins, dans l’état d’avant la réunification. Mais, par pitié, ne vous aventurez pas dans les arrière-cours, car là, bien souvent, règne l’état de délabrement et de décrépitude si caractéristique de l’ancienne République Démocratique, qui n’avait, vous le savez bien, de démocratique que le nom. N’est-ce pas Walter Ulbricht qui osait dire, en privé : « Tout doit avoir l’air démocratique, mais nous devons avoir tout entre les mains ».
Ceci mis à part, toute cette partie de l’Allemagne est plus pimpante, avenante et soignée que l’autre partie qui est cependant la plus riche. Les habitants n’en semblent pas plus satisfaits pour autant, et menacent, à chaque votation, de faire revenir leurs anciens maîtres et bourreaux qui les avaient pourtant conduits si bas.
Non, ces gens dans les rues et sur les places ne sont point des indigènes. Ils sont déjà nombreux, et le seront plus encore avec l’arrivée des beaux jours. Ce sont, pour la plupart, des adeptes de l’une des RPR, c'est-à-dire des Religions Prétendues Réformées, qui accourent de tous les bouts de l’Europe pour se baigner – spirituellement parlant – aux sources du Protestantisme.
Ce soir, nous coucherons, dans deux chambres séparées, au Luther Hôtel, bien évidemment, et j’ignore ce qu’il nous en coutera. Je sais, par contre, qu’une chambre double, avec petit-déjeuner et une place pour l’automobile dans la remise souterraine revient à moins de 90 écus. Mais je vois que la faim vous tiraille. Ne le niez point ! A quoi songé-je donc ! Nous irons sur le Markt, non pas au Luther Restaurant, mais à la Wittenberg Brauerei, où l’on nous servira une cuisine simple, savoureuse, « authentique » diraient vos critiques à la mode, abondante, et si votre appétit et votre gourmandise vous permettent de vous limiter à un plat et à un verre de bière, notre dîner ne me coutera pas plus de 30 écus, car, bien sûr, je vous invite. La modeste aisance de mes moyens m’autorise encore des folies de cet acabit.
Demain, s’il vous plait, nous irons flâner dans le Wörlitzer Park, à deux bonnes lieues d’ici. C’est un magnifique ensemble, de près de quatre cents arpents de Paris, plat comme la main, où l’eau, par lacs et canaux, se joue entre les frondaisons et les prairies. Rien n’est plus reposant pour l’esprit et doux pour les yeux. On doit cette création, qui se veut être le plus ancien « jardin anglais » sur le continent, au Prince Leopold III Friedrich Franz d’Anhalt-Dessau, né en 1740, mort en 1817, qui fut aidé dans sa tâche par son ami et sujet Friedrich Wilhelm von Erdsmannsdorf. Des espaces fleuris s’épanouissent au sein de haies de charmes et nous envouteront de leurs senteurs champêtres et raffinées.
Suivant l’usage de l’époque, le parc est parsemé de monuments, temples de Flora et de Vénus, ponts de toutes descriptions, une maison gothique, car c’est à la fin des Lumières que le romantisme naissant redécouvre avec ravissement le moyen âge, dont les constructions, au siècle précédent n’étaient comptées que pour les reliques grossières d’un âge barbare. Le château qui domine un grand lac, a été conçu par Erdsmannsdorf, et était considéré par son – modeste – propriétaire comme une maison de campagne (Landhaus).
Nichée entre le Parc et la petite ville de Wörlitz, se trouve l’église Saint-Pierre, moderne et …gothique. Du sommet de la tour, bien sûr nommée Bibelturm, on a, dit-on, une vue superbe sur le parc et qui s’étend de Dessau à Wittenberg, par beau temps ; mais cette ascension, ma belle Cousine, vous la ferez sans moi : ni mon cœur, ni mes jambes ne supporteraient cette escalade.
§ §
§
04 mai 2009
Brevia 48, avril 2009
Brevia 2009
(Numéro 48, Avril)
Note de Lecture
Nathan Wachtel : La Logique des Bûchers
(Editeur : Seuil ; Collection : Librairie du XXIe Siècle)
L’excellent ouvrage de Nathan Wachtel nous transporte à Lisbonne au début du XVIIIe siècle. L’Inquisition y fonctionne depuis près de deux siècles. Elle a été fondée en 1540 avec comme mission principale d’extirper les pratiques judaïques parmi les conversos (ou nouveaux-chrétiens), c'est-à-dire les descendants des adeptes de la Loi de Moïse forcés à la conversion de masse en 1497.
Si, au début, on se contente de rechercher les pratiques judaïsantes des conversos (principalement l’observance des jeunes), l’entée en grand nombre de ceux-ci dans tous les rouages de la société éveille bien vite des jalousies, et en s’appuyant sur les anciens préjugés anti-juifs, on en vient à penser que par une souillure héréditaire, tous les nouveaux-chrétiens sont suspects : la pureté de sang (critère biologique) remplace le critère religieux.
La longue tragédie de l’Inquisition, (à laquelle mettra fin en 1773 le Marquis de Pombal en abolissant la distinction entre Vieux- et Nouveaux-chrétiens), fera pour l’ensemble de la péninsule ibérique près de 20.000 victimes par le bûcher. Le contexte n’est plus le nôtre : les monarques, catholiques, de droit divin, visaient, tant pour des motifs spirituels que politiques, à l’unité de la Foi dans leurs royaumes.
L’Inquisition est une énorme et efficace machinerie. Elle s’appuie sur un (très) dense réseau d’informateurs (les familiares), tant au Portugal qu’au Brésil. Les Inquisiteurs eux-mêmes sont nobles et sortent des Universités.
La démarche consiste à obtenir une information, puis à inciter celui que l’on détient à dénoncer tous ceux qu’il peut soupçonner. Il commence généralement par les morts (qui ne risquent plus rien), suivis des membres de sa famille, puis au-delà. Chacun dénonce ainsi une centaine de personnes. Cent fois cent font dix mille, et ainsi de suite. La raison qui pousse les conversos à s’entre-dénoncer est que, pour obtenir le pardon, devenant ainsi un réconcilié, il faut convaincre les Inquisiteurs que l’on est sincère. Quelle meilleure preuve de sincérité que de dénoncer les êtres les plus chers : enfants, parents …
Si la confession n’apparaît pas sincère, ou s’il y a des doutes sur le sérieux de la dénonciation, on passe à la torture par le chevalet, souvent pendant un quart d’heure, guère plus. Si cela déclenche un complément de confession (c.à.d. d. des dénonciations supplémentaires), on pourra considérer que les aveux sont sincères. Si non, également. Pratiquement, la séance de torture n’entraine jamais la mort.
Mais autant l’hérétique a doit au pardon, autant pour le relaps, une seule issue : le bûcher. Celui-ci est allumé à l’occasion des autodafés, cérémonie au cours de laquelle les réconciliés confessent publiquement leurs erreurs.
La documentation est titanesque et entièrement conservée. C’est au travers des procès de quelques familles que Nathan Wachtel démonte les ressorts de la machine ; celle-ci, éprise de rigueur et de méthode, anime ses agents d’un zèle de fonctionnaires consciencieux.
L’hérétique étant potentiellement un rebelle social, cet ordre social impliquant la pureté de la Foi, les nouveaux-chrétiens étant biologiquement enclins à l’hérésie, il faut les éliminer.
C’est cette ambiance de délations, de terreur et de surveillance de toute la population, cet acharnement bureaucratique, qui conduit à faire des rapprochements avec les régimes totalitaires qui ont fleuri au siècle dernier.
§
On est toujours le riche des uns et le pauvre des autres.
Tout va bien, pourquoi changer ? Tout va mal, est-ce bien le moment de changer ?
Les femmes de Lascaux demandaient un bison, celles d’aujourd’hui demandent un vison.
Bien des choses perdent leur charme en franchissant le Channel.
§
Lettre ouverte aux Membres du
Rotary Club de Maubeuge
Chers Amis,
Ce n’est pas toujours dans les affres d’une convulsion violente que périssent les institutions les plus anciennes et les plus dignes d’estime. C’est aussi parfois par le délitement insensible et sournois de leurs règles élémentaires, que plus personne ne se soucie d’observer, ni personne de rappeler puis d’enforcer.
Une des dérives qui me chagrine le plus, c’est le manque de respect des horaires des réunions. Bien sûr, je comprends que les activités professionnelles nous mettent parfois dans l’impossibilité d’être à l’heure à la Réunion. Est-ce une raison pour que celle-ci commence avec vingt minutes, voire une demi-heure de retard ? Et que dire de ceux qui, libres de leur emploi du temps arrivent un quart d’heure après le début – théorique – de la séance ? Ils spéculent sur la dérive horaire, et ne font ainsi que la justifier et la conforter. Aussi serait-il, me semble-t-il, souhaitable de commencer la Réunion à l’heure, tout en faisant preuve de la plus amicale compréhension pour ceux d’entre-nous que leurs affaires auront retardés.
Je souhaiterais aussi que le Bulletin fût plus régulier. J’ai tout lieu de penser que la version actuelle, très élaborée, avec photos et une mise en pages sophistiquée est trop complexe et trop consommatrice de temps pour les malheureux qui s’en chargent. Je crois qu’il vaudrait mieux recevoir à temps une version plus simple, ne comportant que le compte-rendu de la Réunion, la feuille de présence et un court rappel du programme. En effet, beaucoup de nos conjoints, qui sans être Membres du Club, suivent avec intérêt, sinon passion, la vie de celui-ci, souffrent de rester parfois de longues semaines sans avoir de nos nouvelles. Je suis donc partisan d’un Bulletin plus dépouillé, mais plus régulier, et qui en tout état de cause devrait toujours être reçu avant la Réunion suivante. Si le Secrétaire en titre est absent – il a le droit tout comme les autres à quelques instants de répit – il doit simplement s’assurer qu’il sera remplacé par une victime volontaire, consentante et fiable.
Encore trois remarques, et puis j’aurai vidé mon sac.
De même qu’arriver à l’heure (sauf empêchement majeur) est une marque de respect pour autrui, s’excuser quand on ne peut assister à une Réunion en est une autre. Je ne crois pas que la personne du monde la plus occupée ne dispose des trente secondes nécessaire pour un clic (d’ordinateur) ou un coup de téléphone. Il ne devrait jamais y avoir d’absents non excusés.
La tirelire, tombée en désuétude, pourrait à nouveau sanctionner en toute amitié rotarienne, les arrivées tardives. Elle était alimentée, autrefois, par les auteurs de propos exagérément grivois ou scabreux. Mais ceux-ci n’ont – pratiquement - plus cours depuis que nous féminisâmes le Club. En Allemagne, la tirelire sert aussi à une collecte hebdomadaire (un ou deux Euros par tête) : à la fin de l’année, c’est toujours une bonne surprise pour les Œuvres du Club.
Enfin, et j’en terminerai par là, il me semble que les actions humanitaires du Club ne sont pas assez relayées par la revue Le Rotarien.
Vous excuserez, peut-être, ces gloses, ou bien les mettrez-vous sur le compte de la sénescence précoce de votre vice-vice Doyen ? C’est en toute amitié que je les ai formulées, sachant d’ailleurs pertinemment qu’il n’en sera pas tenu compte. Mais cela m’a soulagé.
Bien à vous tous,
François Aureau, 16 mars 2009
§
Il va, il vient, il s’agite et nous abasourdit de ses discours (1). C’est un autre Empereur : à l’instar du premier, il divorce et se remarie. Il veut dominer le monde ; comme les autres, il ne tiendra pas ses promesses.
(1) Nicolas 1er
§
Un témoin au procès en appel d’Yvan Colonna (2) affirme que ce dernier n’est pas l’assassin. Quelle aurait été son « espérance de vie » s’il avait déclaré le reconnaître formellement ?
(2) Assassin présumé du Préfet Erignac (abattu sur la voie publique en février 1998), et condamné en première instance.
§
Minuscule poème, en forme d’avis
aux colbertistes, interventionnistes et étatistes
de tout poil et de toutes obédiences
Parfois d’une béquille il nous faut nous aider
Lorsque d’un accident nous fûmes invalidés.
La santé revient-elle, alors avec espoir,
C’est au feu que l’on doit jeter cet accessoire.
§
J’ai souhaité, avec l’accord de son auteur, accueillir dans ce Brevia, le texte excellent d’un excellent Ami. Mariant intimement la morale, la philosophie et l’économie, il nous pose de poignantes questions, auxquelles tant René Vinchon que moi-même serions curieux de connaître vos réponses. Voici cette réflexion :
Aujourd’hui cadres retraités « seniors », nés entre 1930 et 1940, nous faisons partie de la génération la plus privilégiée de l’après-guerre. Il s’agit d’une famille encore nombreuse, facilement identifiable.
Assez jeunes durant les années difficiles de la seconde guerre pour ne pas y être engagés directement, ses conséquences douloureuses ont été le plus souvent assumées par la génération de nos parents qui se sont efforcés de nous en protéger.
S’est ensuite ouverte l’époque des « trente glorieuses », juste après 1946, période de prospérité et de forte croissance qui a offert à tous les cadres formés de nombreuses opportunités dans tous les domaines. L’ingénieur sortant d’école dans les années 50, 60, n’avait que l’embarras du choix. Les situations offertes permettaient le plus souvent d’assumer les dépenses familiales avec un seul salaire tout en épargnant. Les cotisations sociales, couvertures maladie et retraites, sécurisaient le présent et préparaient l’avenir. Il n’y avait pas ou peu de problèmes d’emploi : carrières souvent stables, fidélité réciproque entre l’entreprise et le salarié, promotions internes naturelles, facilité de réemploi si nécessaire. Et nous nous retrouvons aujourd’hui retraités, avec des revenus généralement confortables assurés en grande partie par nos caisses de retraite, le plus souvent nantis d’un patrimoine financier et immobilier qui peut être concerné par l’ISF. Notre statut nous permet encore d’assister en spectateurs protégés à la crise actuelle, séisme financier, économique, social, dont personne ne peut imaginer les conséquences à court, moyen ou long terme.
Nous avons aussi des enfants, des petits-enfants dont nous pouvons connaître les conditions de vie actuelles et constater combien elles sont différentes et plus difficiles que celles que nous avons connues. Problèmes d’emploi, de ressources, nécessité de disposer de deux salaires pour équilibrer le budget familial, incertitudes pour l’avenir proche et lointain. Nous devons parfois les aider au détriment de leur désir naturel d’autonomie, les obligeant à des situations de dépendance, ni souhaitées ni souhaitables.
Nous sommes, pour la plupart d’entre nous isolés. Bien sûr, nous pouvons avoir les environnements familial, amical, associatif, culturel, sportif….qui contribuent à notre qualité de vie et à notre bien-être physique ou moral. Ils sont liés à notre statut confortable qui nous permet d’en profiter tranquillement. L’isolement évoqué ci-dessus est d’une autre nature : il est celui résultant de la distance que chacun de nous peut mettre avec la crise actuelle. Même si nous suivons avec intérêt l’histoire quotidienne, l’actualité, analysant, opinant, critiquant, il nous manque, semble-t-il, l’engagement et l’action.
Notre responsabilité dans la crise actuelle est celle de notre passé. Que l’on veuille ou non, c’est nous qui avons participé à la construction du monde d’aujourd’hui. Les responsables ne sont pas toujours les autres et chacun en a sa part…
Ce qui dérange est l’injustice apparente résultant du constat des conditions privilégiées accordées à ceux qui sont en partie coresponsables des difficultés actuelles et qui ont la chance de pouvoir « regarder passer le train » sans en être sérieusement affectés.
Ce qui questionne est le désengagement apparent de la majorité d’entre nous dans la recherche et l’exploration de solutions. Nous avons eu, dans le passé, à affronter de nombreux problèmes et nous savions alors nous organiser et nous battre. Notre expérience est toujours présente, nous ne manquons ni d’idées ni de propositions. Nous avons du temps, de la disponibilité. Or notre famille reste bien silencieuse, absente du débat public, repliée sur elle- même, retranchée sur ses acquits et n’apparaît pas du tout comme une force de proposition. Pouvons-nous la réveiller ? Et comment le faire ?
René Vinchon, 3 avril 2009
§
L’air qu’elle souffle est plus pur que celui qu’elle respire ;
C’est faux, mais elle aime à se l’entendre dire.
Je suis amoureux de l’Allemagne, non pas, peut-être, telle qu’elle est, mais telle que je la rêve.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
(Numéro 48, Avril)
Note de Lecture
Nathan Wachtel : La Logique des Bûchers
(Editeur : Seuil ; Collection : Librairie du XXIe Siècle)
L’excellent ouvrage de Nathan Wachtel nous transporte à Lisbonne au début du XVIIIe siècle. L’Inquisition y fonctionne depuis près de deux siècles. Elle a été fondée en 1540 avec comme mission principale d’extirper les pratiques judaïques parmi les conversos (ou nouveaux-chrétiens), c'est-à-dire les descendants des adeptes de la Loi de Moïse forcés à la conversion de masse en 1497.
Si, au début, on se contente de rechercher les pratiques judaïsantes des conversos (principalement l’observance des jeunes), l’entée en grand nombre de ceux-ci dans tous les rouages de la société éveille bien vite des jalousies, et en s’appuyant sur les anciens préjugés anti-juifs, on en vient à penser que par une souillure héréditaire, tous les nouveaux-chrétiens sont suspects : la pureté de sang (critère biologique) remplace le critère religieux.
La longue tragédie de l’Inquisition, (à laquelle mettra fin en 1773 le Marquis de Pombal en abolissant la distinction entre Vieux- et Nouveaux-chrétiens), fera pour l’ensemble de la péninsule ibérique près de 20.000 victimes par le bûcher. Le contexte n’est plus le nôtre : les monarques, catholiques, de droit divin, visaient, tant pour des motifs spirituels que politiques, à l’unité de la Foi dans leurs royaumes.
L’Inquisition est une énorme et efficace machinerie. Elle s’appuie sur un (très) dense réseau d’informateurs (les familiares), tant au Portugal qu’au Brésil. Les Inquisiteurs eux-mêmes sont nobles et sortent des Universités.
La démarche consiste à obtenir une information, puis à inciter celui que l’on détient à dénoncer tous ceux qu’il peut soupçonner. Il commence généralement par les morts (qui ne risquent plus rien), suivis des membres de sa famille, puis au-delà. Chacun dénonce ainsi une centaine de personnes. Cent fois cent font dix mille, et ainsi de suite. La raison qui pousse les conversos à s’entre-dénoncer est que, pour obtenir le pardon, devenant ainsi un réconcilié, il faut convaincre les Inquisiteurs que l’on est sincère. Quelle meilleure preuve de sincérité que de dénoncer les êtres les plus chers : enfants, parents …
Si la confession n’apparaît pas sincère, ou s’il y a des doutes sur le sérieux de la dénonciation, on passe à la torture par le chevalet, souvent pendant un quart d’heure, guère plus. Si cela déclenche un complément de confession (c.à.d. d. des dénonciations supplémentaires), on pourra considérer que les aveux sont sincères. Si non, également. Pratiquement, la séance de torture n’entraine jamais la mort.
Mais autant l’hérétique a doit au pardon, autant pour le relaps, une seule issue : le bûcher. Celui-ci est allumé à l’occasion des autodafés, cérémonie au cours de laquelle les réconciliés confessent publiquement leurs erreurs.
La documentation est titanesque et entièrement conservée. C’est au travers des procès de quelques familles que Nathan Wachtel démonte les ressorts de la machine ; celle-ci, éprise de rigueur et de méthode, anime ses agents d’un zèle de fonctionnaires consciencieux.
L’hérétique étant potentiellement un rebelle social, cet ordre social impliquant la pureté de la Foi, les nouveaux-chrétiens étant biologiquement enclins à l’hérésie, il faut les éliminer.
C’est cette ambiance de délations, de terreur et de surveillance de toute la population, cet acharnement bureaucratique, qui conduit à faire des rapprochements avec les régimes totalitaires qui ont fleuri au siècle dernier.
§
On est toujours le riche des uns et le pauvre des autres.
Tout va bien, pourquoi changer ? Tout va mal, est-ce bien le moment de changer ?
Les femmes de Lascaux demandaient un bison, celles d’aujourd’hui demandent un vison.
Bien des choses perdent leur charme en franchissant le Channel.
§
Lettre ouverte aux Membres du
Rotary Club de Maubeuge
Chers Amis,
Ce n’est pas toujours dans les affres d’une convulsion violente que périssent les institutions les plus anciennes et les plus dignes d’estime. C’est aussi parfois par le délitement insensible et sournois de leurs règles élémentaires, que plus personne ne se soucie d’observer, ni personne de rappeler puis d’enforcer.
Une des dérives qui me chagrine le plus, c’est le manque de respect des horaires des réunions. Bien sûr, je comprends que les activités professionnelles nous mettent parfois dans l’impossibilité d’être à l’heure à la Réunion. Est-ce une raison pour que celle-ci commence avec vingt minutes, voire une demi-heure de retard ? Et que dire de ceux qui, libres de leur emploi du temps arrivent un quart d’heure après le début – théorique – de la séance ? Ils spéculent sur la dérive horaire, et ne font ainsi que la justifier et la conforter. Aussi serait-il, me semble-t-il, souhaitable de commencer la Réunion à l’heure, tout en faisant preuve de la plus amicale compréhension pour ceux d’entre-nous que leurs affaires auront retardés.
Je souhaiterais aussi que le Bulletin fût plus régulier. J’ai tout lieu de penser que la version actuelle, très élaborée, avec photos et une mise en pages sophistiquée est trop complexe et trop consommatrice de temps pour les malheureux qui s’en chargent. Je crois qu’il vaudrait mieux recevoir à temps une version plus simple, ne comportant que le compte-rendu de la Réunion, la feuille de présence et un court rappel du programme. En effet, beaucoup de nos conjoints, qui sans être Membres du Club, suivent avec intérêt, sinon passion, la vie de celui-ci, souffrent de rester parfois de longues semaines sans avoir de nos nouvelles. Je suis donc partisan d’un Bulletin plus dépouillé, mais plus régulier, et qui en tout état de cause devrait toujours être reçu avant la Réunion suivante. Si le Secrétaire en titre est absent – il a le droit tout comme les autres à quelques instants de répit – il doit simplement s’assurer qu’il sera remplacé par une victime volontaire, consentante et fiable.
Encore trois remarques, et puis j’aurai vidé mon sac.
De même qu’arriver à l’heure (sauf empêchement majeur) est une marque de respect pour autrui, s’excuser quand on ne peut assister à une Réunion en est une autre. Je ne crois pas que la personne du monde la plus occupée ne dispose des trente secondes nécessaire pour un clic (d’ordinateur) ou un coup de téléphone. Il ne devrait jamais y avoir d’absents non excusés.
La tirelire, tombée en désuétude, pourrait à nouveau sanctionner en toute amitié rotarienne, les arrivées tardives. Elle était alimentée, autrefois, par les auteurs de propos exagérément grivois ou scabreux. Mais ceux-ci n’ont – pratiquement - plus cours depuis que nous féminisâmes le Club. En Allemagne, la tirelire sert aussi à une collecte hebdomadaire (un ou deux Euros par tête) : à la fin de l’année, c’est toujours une bonne surprise pour les Œuvres du Club.
Enfin, et j’en terminerai par là, il me semble que les actions humanitaires du Club ne sont pas assez relayées par la revue Le Rotarien.
Vous excuserez, peut-être, ces gloses, ou bien les mettrez-vous sur le compte de la sénescence précoce de votre vice-vice Doyen ? C’est en toute amitié que je les ai formulées, sachant d’ailleurs pertinemment qu’il n’en sera pas tenu compte. Mais cela m’a soulagé.
Bien à vous tous,
François Aureau, 16 mars 2009
§
Il va, il vient, il s’agite et nous abasourdit de ses discours (1). C’est un autre Empereur : à l’instar du premier, il divorce et se remarie. Il veut dominer le monde ; comme les autres, il ne tiendra pas ses promesses.
(1) Nicolas 1er
§
Un témoin au procès en appel d’Yvan Colonna (2) affirme que ce dernier n’est pas l’assassin. Quelle aurait été son « espérance de vie » s’il avait déclaré le reconnaître formellement ?
(2) Assassin présumé du Préfet Erignac (abattu sur la voie publique en février 1998), et condamné en première instance.
§
Minuscule poème, en forme d’avis
aux colbertistes, interventionnistes et étatistes
de tout poil et de toutes obédiences
Parfois d’une béquille il nous faut nous aider
Lorsque d’un accident nous fûmes invalidés.
La santé revient-elle, alors avec espoir,
C’est au feu que l’on doit jeter cet accessoire.
§
J’ai souhaité, avec l’accord de son auteur, accueillir dans ce Brevia, le texte excellent d’un excellent Ami. Mariant intimement la morale, la philosophie et l’économie, il nous pose de poignantes questions, auxquelles tant René Vinchon que moi-même serions curieux de connaître vos réponses. Voici cette réflexion :
Aujourd’hui cadres retraités « seniors », nés entre 1930 et 1940, nous faisons partie de la génération la plus privilégiée de l’après-guerre. Il s’agit d’une famille encore nombreuse, facilement identifiable.
Assez jeunes durant les années difficiles de la seconde guerre pour ne pas y être engagés directement, ses conséquences douloureuses ont été le plus souvent assumées par la génération de nos parents qui se sont efforcés de nous en protéger.
S’est ensuite ouverte l’époque des « trente glorieuses », juste après 1946, période de prospérité et de forte croissance qui a offert à tous les cadres formés de nombreuses opportunités dans tous les domaines. L’ingénieur sortant d’école dans les années 50, 60, n’avait que l’embarras du choix. Les situations offertes permettaient le plus souvent d’assumer les dépenses familiales avec un seul salaire tout en épargnant. Les cotisations sociales, couvertures maladie et retraites, sécurisaient le présent et préparaient l’avenir. Il n’y avait pas ou peu de problèmes d’emploi : carrières souvent stables, fidélité réciproque entre l’entreprise et le salarié, promotions internes naturelles, facilité de réemploi si nécessaire. Et nous nous retrouvons aujourd’hui retraités, avec des revenus généralement confortables assurés en grande partie par nos caisses de retraite, le plus souvent nantis d’un patrimoine financier et immobilier qui peut être concerné par l’ISF. Notre statut nous permet encore d’assister en spectateurs protégés à la crise actuelle, séisme financier, économique, social, dont personne ne peut imaginer les conséquences à court, moyen ou long terme.
Nous avons aussi des enfants, des petits-enfants dont nous pouvons connaître les conditions de vie actuelles et constater combien elles sont différentes et plus difficiles que celles que nous avons connues. Problèmes d’emploi, de ressources, nécessité de disposer de deux salaires pour équilibrer le budget familial, incertitudes pour l’avenir proche et lointain. Nous devons parfois les aider au détriment de leur désir naturel d’autonomie, les obligeant à des situations de dépendance, ni souhaitées ni souhaitables.
Nous sommes, pour la plupart d’entre nous isolés. Bien sûr, nous pouvons avoir les environnements familial, amical, associatif, culturel, sportif….qui contribuent à notre qualité de vie et à notre bien-être physique ou moral. Ils sont liés à notre statut confortable qui nous permet d’en profiter tranquillement. L’isolement évoqué ci-dessus est d’une autre nature : il est celui résultant de la distance que chacun de nous peut mettre avec la crise actuelle. Même si nous suivons avec intérêt l’histoire quotidienne, l’actualité, analysant, opinant, critiquant, il nous manque, semble-t-il, l’engagement et l’action.
Notre responsabilité dans la crise actuelle est celle de notre passé. Que l’on veuille ou non, c’est nous qui avons participé à la construction du monde d’aujourd’hui. Les responsables ne sont pas toujours les autres et chacun en a sa part…
Ce qui dérange est l’injustice apparente résultant du constat des conditions privilégiées accordées à ceux qui sont en partie coresponsables des difficultés actuelles et qui ont la chance de pouvoir « regarder passer le train » sans en être sérieusement affectés.
Ce qui questionne est le désengagement apparent de la majorité d’entre nous dans la recherche et l’exploration de solutions. Nous avons eu, dans le passé, à affronter de nombreux problèmes et nous savions alors nous organiser et nous battre. Notre expérience est toujours présente, nous ne manquons ni d’idées ni de propositions. Nous avons du temps, de la disponibilité. Or notre famille reste bien silencieuse, absente du débat public, repliée sur elle- même, retranchée sur ses acquits et n’apparaît pas du tout comme une force de proposition. Pouvons-nous la réveiller ? Et comment le faire ?
René Vinchon, 3 avril 2009
§
L’air qu’elle souffle est plus pur que celui qu’elle respire ;
C’est faux, mais elle aime à se l’entendre dire.
Je suis amoureux de l’Allemagne, non pas, peut-être, telle qu’elle est, mais telle que je la rêve.
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
02 avril 2009
Brevia Mars 2009
Brevia 2009
(Numéro 47,Mars)
Walküre
Je partage, en grande partie l’avis d’Olivier Guez (Le Monde, 7/02/09) au sujet du film Walküre, ce qui m’étonne moi-même, car c’est rare que je sois en accord avec cette publication !
Même s’il n’est pas question de mettre en doute le courage personnel du comte von Stauffenberg, ni de minorer le nombre des participants de la conjuration ( c’est plusieurs milliers de personnes qui payeront de leur vie leur participation proche ou lointaine à ce projet jusqu’aux derniers jours du Régime National-Socialiste), il n’en faut pas moins oublier que le but principal des conjurés était de se débarrasser d’Hitler, parce qu’il avait perdu la guerre, ou qu’il était en train de la perdre en juillet 44, et d’être ainsi en mesure de négocier avec les Alliés un paix moins rigoureuse.
Von Stauffenberg n’était certainement pas ce que nous appellerions aujourd’hui un démocrate. Je n’en veux pour preuve que ce texte de sa main :
Nous voulons un ordre nouveau qui garantisse le droit et la justice, dans lequel l’Etat s’appuie sur chacun; mais nous rejetons la mensongère notion d’égalité et nous nous inclinons devant la hiérarchie naturelle. Nous voulons un peuple qui, enraciné dans la terre de sa patrie, demeure proche des forces de la nature, un peuple qui, libre et fier, dominant les bas instincts de l’envie et de la jalousie, trouve sa satisfaction et son bonheur dans le cadre établi de son activité. Nous voulons des dirigeants qui provenant de toutes les couches de la société, et liés aux forces divines, s’imposent par leur sens moral, leur discipline, leur esprit de sacrifice.
Claus von Stauffenberg
Ce n’est évidemment pas une raison pour ne pas aller voir ce qui reste un très bon film, vraiment proche de la réalité historique.
§
L’aviez-vous remarqué ? Le monde change. En voici quelques exemples qui, il y a encore peu d’années, auraient passé pour définitivement improbables :
· Le Président des États-Unis est un métisse
· Le Maire de Paris est un homosexuel avéré
· Le Président de la République française, pendant son mandat, divorce et se remarie
· Le Ministre français de la Justice est une fille-mère
Ça décoiffe, n’est-ce pas ?
§
Certains (beaucoup de) restaurants proposent des escargots de Bourgogne. C’est manifestement une annonce trompeuse. Les escargots ont abandonné depuis belle-lurette la plantureuse Bourgogne. Il doit en rester trois ou quatre dans une réserve sévèrement grillagée, et qui ne sont en aucun cas destinés à la consommation.
Tous les escargots dégustés en France viennent (non pas par leurs propres moyens !) d’Europe de l’est. Les menus de nos tavernes, gargotes et autres restaurants devraient, au mieux, annoncer des escargots à la bourguignonne.
§
Islamophobie ?
Il ne suffit pas de traiter d’islamophobe ceux qui relèvent l’empreinte de la religion musulmane dans les conflits qui ensanglantent le monde pour mettre un terme à toute réflexion.
La plus part des affrontements actuels de la planète trouvent effectivement leur origine dans les agissements de musulmans qui cherchent, par la violence, à imposer leur religion, et les mœurs qui en découlent, à des populations ou bien qui pratiquent un islam modéré, ou bien une autre religion.
Ceux que l’on affuble du qualificatif d’islamophobe ne trouvent rien à redire au fait que quelqu’un pratique la religion musulmane. Ils s’indignent contre ceux qui mettent des régions, des pays, voire des continents entiers à feu et à sang au nom de l’Islam. Et parfois, ils les combattent, même s’ils doivent avec tristesse et effroi se souvenir que d’autres religions, en d’autres temps, en ont fait tout autant, ou pire.
Sitôt que des guerres ne seront plus menées sous l’étendard de l’Islam, il n’y aura plus d’islamophobes.
§
Permis de conduire, permis de chasse … Ne faudrait-il pas instituer un permis d’emprunter, quand on voit dans quelles situations désastreuses atterrissent de nombreuses familles, qui finissent leur calamiteuse carrière dans les méandres des Commissions de surendettement ?
Il est vrai que si ce fléau du surendettement pouvait être éradiqué, on se demande bien ce qui resterait comme missions à la Banque d France, dont ces fameuses commissions sont, à ce jour, la principale (la seule ?) justification.
§
Haro sur les « banquiers » !
Nous l’avons déjà dit, mais nous le redisons : les dérives récentes du système bancaire se sont produits sous l’égide de lois, décrets, circulaires plus qu’abondants, sous l’œil affecté de cécité d’organismes, de Commissions, d’Agences, pléthoriques, qui tous étaient censés réguler les activités de banque. Ne nous faisons donc pas trop d’illusions sur l’hypothétique efficacité des nouvelles règlementations que l’on nous concocte au fond des cabinets ministériels.
Les banquiers qui ont présidé à ces irréparables désastres sont montés du doigt par tout un peuple déboussolé.
Mais qui sont ces banquiers ? D’horribles capitalistes, d’infâmes descendants des deux cents familles ? Que nenni ! Ce sont (pour la plupart) … des fonctionnaires qui ne jouent pas sur leurs fonds propres, et qui se contentent de spéculer dextrement avec nos économies.
Voici quelques spécimens de cette énarchie triomphatrice :
· Baudouin Prot (BNP), ENA, inspection des finances, ministères, il entre à la BNP (nationalisée) en 1983
· Daniel Bouton (Société Générale), ENA, haut fonctionnaire jusqu’en 1991
· Albert Caron (Crédit Agricole), l’exception, vient du secteur privé (agriculture)
· Jean Peyrelevade (Crédit Lyonnais), commence sa carrière politique comme conseiller de Pierre Mauroy – de sinistre mémoire – puis il émarge aux bourses de différentes sociétés nationalisées. Il succédait à l’optime Jean-Yves Haberer, qui après vingt ans dans la fonction publique soutira quinze milliards d’euros au budget de l’Etat pour réparer ses quelques bévues.
· Etienne Pflimlin (Crédit Mutuel), ENA, fonctionnaire jusqu’en 1984
· Philippe Dupont (Banques Populaires) est une autre exception. Il vient de la zone grise privée-associative
· François Pérol (Caisses d’Epargne) ne déparera pas la brochette de ses pairs : ENA, puis fonctionnaire. Espérons qu’il ne fera pas trop de dégâts avec la tirelire préférée des Français.
Tout ce beau monde, en grande partie issu de cette frange maléfique où se côtoient, dans des relations douteuses, la politique, la haute administration, la finance, a su faire la preuve de sa – relative – incompétence. Leur origine ne peut empêcher de se demander s’ils n’ont pas une plus grande compétence pour dilapider les fonds que pour les accumuler.
Note : ENA, Ecole Nationale d’Administration
§ §
§
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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(Numéro 47,Mars)
Walküre
Je partage, en grande partie l’avis d’Olivier Guez (Le Monde, 7/02/09) au sujet du film Walküre, ce qui m’étonne moi-même, car c’est rare que je sois en accord avec cette publication !
Même s’il n’est pas question de mettre en doute le courage personnel du comte von Stauffenberg, ni de minorer le nombre des participants de la conjuration ( c’est plusieurs milliers de personnes qui payeront de leur vie leur participation proche ou lointaine à ce projet jusqu’aux derniers jours du Régime National-Socialiste), il n’en faut pas moins oublier que le but principal des conjurés était de se débarrasser d’Hitler, parce qu’il avait perdu la guerre, ou qu’il était en train de la perdre en juillet 44, et d’être ainsi en mesure de négocier avec les Alliés un paix moins rigoureuse.
Von Stauffenberg n’était certainement pas ce que nous appellerions aujourd’hui un démocrate. Je n’en veux pour preuve que ce texte de sa main :
Nous voulons un ordre nouveau qui garantisse le droit et la justice, dans lequel l’Etat s’appuie sur chacun; mais nous rejetons la mensongère notion d’égalité et nous nous inclinons devant la hiérarchie naturelle. Nous voulons un peuple qui, enraciné dans la terre de sa patrie, demeure proche des forces de la nature, un peuple qui, libre et fier, dominant les bas instincts de l’envie et de la jalousie, trouve sa satisfaction et son bonheur dans le cadre établi de son activité. Nous voulons des dirigeants qui provenant de toutes les couches de la société, et liés aux forces divines, s’imposent par leur sens moral, leur discipline, leur esprit de sacrifice.
Claus von Stauffenberg
Ce n’est évidemment pas une raison pour ne pas aller voir ce qui reste un très bon film, vraiment proche de la réalité historique.
§
L’aviez-vous remarqué ? Le monde change. En voici quelques exemples qui, il y a encore peu d’années, auraient passé pour définitivement improbables :
· Le Président des États-Unis est un métisse
· Le Maire de Paris est un homosexuel avéré
· Le Président de la République française, pendant son mandat, divorce et se remarie
· Le Ministre français de la Justice est une fille-mère
Ça décoiffe, n’est-ce pas ?
§
Certains (beaucoup de) restaurants proposent des escargots de Bourgogne. C’est manifestement une annonce trompeuse. Les escargots ont abandonné depuis belle-lurette la plantureuse Bourgogne. Il doit en rester trois ou quatre dans une réserve sévèrement grillagée, et qui ne sont en aucun cas destinés à la consommation.
Tous les escargots dégustés en France viennent (non pas par leurs propres moyens !) d’Europe de l’est. Les menus de nos tavernes, gargotes et autres restaurants devraient, au mieux, annoncer des escargots à la bourguignonne.
§
Islamophobie ?
Il ne suffit pas de traiter d’islamophobe ceux qui relèvent l’empreinte de la religion musulmane dans les conflits qui ensanglantent le monde pour mettre un terme à toute réflexion.
La plus part des affrontements actuels de la planète trouvent effectivement leur origine dans les agissements de musulmans qui cherchent, par la violence, à imposer leur religion, et les mœurs qui en découlent, à des populations ou bien qui pratiquent un islam modéré, ou bien une autre religion.
Ceux que l’on affuble du qualificatif d’islamophobe ne trouvent rien à redire au fait que quelqu’un pratique la religion musulmane. Ils s’indignent contre ceux qui mettent des régions, des pays, voire des continents entiers à feu et à sang au nom de l’Islam. Et parfois, ils les combattent, même s’ils doivent avec tristesse et effroi se souvenir que d’autres religions, en d’autres temps, en ont fait tout autant, ou pire.
Sitôt que des guerres ne seront plus menées sous l’étendard de l’Islam, il n’y aura plus d’islamophobes.
§
Permis de conduire, permis de chasse … Ne faudrait-il pas instituer un permis d’emprunter, quand on voit dans quelles situations désastreuses atterrissent de nombreuses familles, qui finissent leur calamiteuse carrière dans les méandres des Commissions de surendettement ?
Il est vrai que si ce fléau du surendettement pouvait être éradiqué, on se demande bien ce qui resterait comme missions à la Banque d France, dont ces fameuses commissions sont, à ce jour, la principale (la seule ?) justification.
§
Haro sur les « banquiers » !
Nous l’avons déjà dit, mais nous le redisons : les dérives récentes du système bancaire se sont produits sous l’égide de lois, décrets, circulaires plus qu’abondants, sous l’œil affecté de cécité d’organismes, de Commissions, d’Agences, pléthoriques, qui tous étaient censés réguler les activités de banque. Ne nous faisons donc pas trop d’illusions sur l’hypothétique efficacité des nouvelles règlementations que l’on nous concocte au fond des cabinets ministériels.
Les banquiers qui ont présidé à ces irréparables désastres sont montés du doigt par tout un peuple déboussolé.
Mais qui sont ces banquiers ? D’horribles capitalistes, d’infâmes descendants des deux cents familles ? Que nenni ! Ce sont (pour la plupart) … des fonctionnaires qui ne jouent pas sur leurs fonds propres, et qui se contentent de spéculer dextrement avec nos économies.
Voici quelques spécimens de cette énarchie triomphatrice :
· Baudouin Prot (BNP), ENA, inspection des finances, ministères, il entre à la BNP (nationalisée) en 1983
· Daniel Bouton (Société Générale), ENA, haut fonctionnaire jusqu’en 1991
· Albert Caron (Crédit Agricole), l’exception, vient du secteur privé (agriculture)
· Jean Peyrelevade (Crédit Lyonnais), commence sa carrière politique comme conseiller de Pierre Mauroy – de sinistre mémoire – puis il émarge aux bourses de différentes sociétés nationalisées. Il succédait à l’optime Jean-Yves Haberer, qui après vingt ans dans la fonction publique soutira quinze milliards d’euros au budget de l’Etat pour réparer ses quelques bévues.
· Etienne Pflimlin (Crédit Mutuel), ENA, fonctionnaire jusqu’en 1984
· Philippe Dupont (Banques Populaires) est une autre exception. Il vient de la zone grise privée-associative
· François Pérol (Caisses d’Epargne) ne déparera pas la brochette de ses pairs : ENA, puis fonctionnaire. Espérons qu’il ne fera pas trop de dégâts avec la tirelire préférée des Français.
Tout ce beau monde, en grande partie issu de cette frange maléfique où se côtoient, dans des relations douteuses, la politique, la haute administration, la finance, a su faire la preuve de sa – relative – incompétence. Leur origine ne peut empêcher de se demander s’ils n’ont pas une plus grande compétence pour dilapider les fonds que pour les accumuler.
Note : ENA, Ecole Nationale d’Administration
§ §
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Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
27 février 2009
Brevia 46 février 2009
Brevia 2009
(Numéro 46, Février)
Avez-vous remarqué cette attirance des terroristes et autres révolutionnaires pour la France ? Un très grand nombre d’entre-eux ou bien s’y est « formé » avant de donner libre cours à leurs talents, ou bien viennent y jouir des fruits de leurs méfaits une fois leur tour de piste accompli. Ils doivent être subjugués par l’image de ce pays qui a enfanté sa première révolution dans un bain de sang.
§
Les vieillards se consolent de leur décrépitude en se disant qu’ils ont eu la chance de ne pas mourir jeunes.
§
Il est une réforme qui ne verra jamais le jour : la suppression de la 1ère classe dans les trains. Et la raison en est évidente : les employés de la SNCF ne voudraient pour rien au monde être mélangés au vulgaire troupeau des usagers de la 2ième classe. Ce sont eux en effet qui assurent à 80 % le remplissage des voitures de 1er classe ; mais ne nous y trompons pas, même dans cet usage abusif, l’esprit de classe – c’est le cas de le dire – règne souverainement : la maîtrise dans le fond, les cadres dans la partie avant de la voiture.
§
Les hommes publics ne semblent pas devoir mériter beaucoup plus de considération que les femmes publiques. L’égalité des sexes serait-elle devenue réalité ?
§
Les documents administratifs français ne cessent d’osciller entre Kafka et Ubu. Leur point médian, c’est Courteline.
§
Il est question d’augmenter fortement le nombre des caméras de surveillance dans les espaces publics. Malgré les protestations des chatouilleux de la liberté, je n’y vois personnellement rien à redire. Seuls ceux qui se livrent à des activités délictueuses ou criminelles devraient s’en inquiéter. Je commencerai à me faire du souci quand l’Etat parlera d’installer ces caméras au sein des demeures individuelles.
§
Non seulement ma femme est une fine cuisinière, c’est aussi une excellente chercheuse, plus performante que celles du CNRS : elle trouve toujours ce qu’elle cherche.
§
NOTE DE LECTURE
France – Angleterre
Pierre Daninos et son fameux Major Thompson (1) fut un de ceux qui ouvrirent la voie de la description de l’agacement émerveillé de nos amis anglais découvrant la déconcertante réalité de la vie française.
Bien plus tard, en 1989, Peter Mayle nous narrait les mésaventures d’un Londonien désireux de s’acclimater à la Provence profonde (2).
Dernier avatar de cette veine féconde : A Year in the Merde, de Stephen Clarke (titre français : God save la France), 2004. Au fil de ses déroutes culturelles, professionnelles et sentimentales, un jeune Anglais déchiffre « notre beau pays ».
Première surprise, peut-être un peu hypocrite de la part d’un sujet de Sa Gracieuse Majesté, l’inaptitude de nos concitoyens à pratiquer les langues étrangères, l’anglais en particulier. Je crois pour ma part que les autres langues, ils en ignorent jusqu’à l’existence.
Il découvre ensuite que beaucoup de commerçants traitent leurs clients comme des « usagers », ou pire, comme des « administrés ». Ce qui au début le perturbe le plus, c’est le nombre de déjections canines émaillant les trottoirs de la Capitale. Jusqu’à ce qu’il s’avise d’imiter le slalom indigène permettant de conserver des chaussures présentables.
Nouvel ébahissement : notre étonnante manie de nous embrasser, tous sexes confondus, à la moindre occasion. J’ajouterais qu’indépendamment des aspects prophylactiques, cet usage outrancier de la salutation buccale retire au baiser son caractère primitif amoureux et donc sacré.
La révérence religieuse dont nous nimbons nos activités nutritives le stupéfait, et parfois l’effraie quand il nous voit déguster sans dégout escargots, huitres et andouilles. Il en déduit que notre vœu le plus ardent est de transformer la France en un gigantesque restaurant gastronomique à vocation planétaire. Ce qui ne nous empêche pas d’être d’assidus pratiquants de tous les fast-foods possibles et impossibles.
Qu’on ne puisse pratiquement pas se séparer d’un employé inefficace le laisse perplexe, mais bien moins que la fréquence de notre passe-temps favori : le grève, qui pendant les douze premiers mois de son séjour affectera successivement : les serveurs de cafés, les éboueurs, l’EDF, le Métropolitain, les pharmaciens …
Les formalités auxquelles doit se soumettre un étranger (en situation régulière), oscillent entre Kafka et Ubu, sans parler du faciès désespérément indifférent ou parfois menaçant des guichetiers auxquels on ne peut s’adresser qu’en parlant dans l’hygiaphone.
La promiscuité agressive de nos logements consterne ce londonien, habitué à une plus faible densité de la population urbaine, quant aux HLM de la Ville de Paris, squattés par les bobos et autres privilégiés, ils ne peuvent provoquer qu’un juste sentiment d’indignation.
De retour dans l’espace public, notre méconnaissance congénitale des règles élémentaires de la queue l’agace profondément. Plutôt que de nous installer sagement, sur une seule file, les uns derrières les autres, c’est en rangs serrés, quatre ou cinq de front que nous nous poussons, pressons, ne laissant pas le moindre interstice vacant, dans l’espoir, d’ailleurs toujours déçu, de décourager ou d’étoffer les resquilleurs ;
Devant ces conditions de vie déplorables, il comprend l’engouement des Parisiens pour la « maison de campagne », même si les échappées champêtres dont elle est et le prétexte et le but, les mettent aux prises avec tout un peuple de chasseurs rustiques qui viennent massacrer leurs proies jusque sous les fenêtres des villageois de raccroc.
Et encore ces pharmacies, qu’on rencontre tous les cinquante mètres, et dont l’accumulation explique, peut-être, la surmédicamentation chronique de nos compatriotes.
Il donne des « jours ouvrables » la définition suivante : un bref espace de soucis tolérables entre deux weekends. De même que lors des Fêtes de la Bière on ne s’abstient pas de boire celle-ci, il s’émeut qu’on ne travaille pas le jour de la Fête de Travail, et considère que toute besogne sérieuse doit être achevée avant le 30 Avril. Car après, c’est Mai, sa Fête du Travail, ses innombrables ponts, en Juin on épuise les RTT, Juillet et Août sont anesthésiés par les vacances. On reprend le collier le 1er Septembre, jusqu’au 30 Avril suivant.
Tableau peut-être un peu vitriolé, mais n’y reconnaissons-nous pas la silhouette de nos ineffables travers ? Ce qui n’empêchera ni le Major Thompson, ni Peter Mayle, ni le personnage de Stephen Clarke de s’installer définitivement dans ce délicieux merdier. Le second mari de ma grand-mère paternelle, anglais de la meilleure souche, et (très) poliment (très) critique de nos mœurs, finira également ses jours à Beaulieu-sur-Mer.
Maintenant, si après toutes ces lectures (ou relectures), vous voulez vraiment lire un ouvrage sérieux sur les ambigüités franco-anglaises, je ne peux que vous recommander le pavé suivant :
That Sweet Enemy
Britain and France, The History of a Love-Hate Relationship
Par: Robert and Isabelle Tombs
Éditeur; Vintage Books, New York
(1) Les Carnets du Major W. Marmaduke Thompson (1954) et ses nombreuses suites
(2) A Year in Provence
§
Il est diverses façons d’être Sans Domicile Fixe. Ou bien n’avoir pas du tout de domicile, ou bien d’en avoir plusieurs.
§ §
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(Numéro 46, Février)
Avez-vous remarqué cette attirance des terroristes et autres révolutionnaires pour la France ? Un très grand nombre d’entre-eux ou bien s’y est « formé » avant de donner libre cours à leurs talents, ou bien viennent y jouir des fruits de leurs méfaits une fois leur tour de piste accompli. Ils doivent être subjugués par l’image de ce pays qui a enfanté sa première révolution dans un bain de sang.
§
Les vieillards se consolent de leur décrépitude en se disant qu’ils ont eu la chance de ne pas mourir jeunes.
§
Il est une réforme qui ne verra jamais le jour : la suppression de la 1ère classe dans les trains. Et la raison en est évidente : les employés de la SNCF ne voudraient pour rien au monde être mélangés au vulgaire troupeau des usagers de la 2ième classe. Ce sont eux en effet qui assurent à 80 % le remplissage des voitures de 1er classe ; mais ne nous y trompons pas, même dans cet usage abusif, l’esprit de classe – c’est le cas de le dire – règne souverainement : la maîtrise dans le fond, les cadres dans la partie avant de la voiture.
§
Les hommes publics ne semblent pas devoir mériter beaucoup plus de considération que les femmes publiques. L’égalité des sexes serait-elle devenue réalité ?
§
Les documents administratifs français ne cessent d’osciller entre Kafka et Ubu. Leur point médian, c’est Courteline.
§
Il est question d’augmenter fortement le nombre des caméras de surveillance dans les espaces publics. Malgré les protestations des chatouilleux de la liberté, je n’y vois personnellement rien à redire. Seuls ceux qui se livrent à des activités délictueuses ou criminelles devraient s’en inquiéter. Je commencerai à me faire du souci quand l’Etat parlera d’installer ces caméras au sein des demeures individuelles.
§
Non seulement ma femme est une fine cuisinière, c’est aussi une excellente chercheuse, plus performante que celles du CNRS : elle trouve toujours ce qu’elle cherche.
§
NOTE DE LECTURE
France – Angleterre
Pierre Daninos et son fameux Major Thompson (1) fut un de ceux qui ouvrirent la voie de la description de l’agacement émerveillé de nos amis anglais découvrant la déconcertante réalité de la vie française.
Bien plus tard, en 1989, Peter Mayle nous narrait les mésaventures d’un Londonien désireux de s’acclimater à la Provence profonde (2).
Dernier avatar de cette veine féconde : A Year in the Merde, de Stephen Clarke (titre français : God save la France), 2004. Au fil de ses déroutes culturelles, professionnelles et sentimentales, un jeune Anglais déchiffre « notre beau pays ».
Première surprise, peut-être un peu hypocrite de la part d’un sujet de Sa Gracieuse Majesté, l’inaptitude de nos concitoyens à pratiquer les langues étrangères, l’anglais en particulier. Je crois pour ma part que les autres langues, ils en ignorent jusqu’à l’existence.
Il découvre ensuite que beaucoup de commerçants traitent leurs clients comme des « usagers », ou pire, comme des « administrés ». Ce qui au début le perturbe le plus, c’est le nombre de déjections canines émaillant les trottoirs de la Capitale. Jusqu’à ce qu’il s’avise d’imiter le slalom indigène permettant de conserver des chaussures présentables.
Nouvel ébahissement : notre étonnante manie de nous embrasser, tous sexes confondus, à la moindre occasion. J’ajouterais qu’indépendamment des aspects prophylactiques, cet usage outrancier de la salutation buccale retire au baiser son caractère primitif amoureux et donc sacré.
La révérence religieuse dont nous nimbons nos activités nutritives le stupéfait, et parfois l’effraie quand il nous voit déguster sans dégout escargots, huitres et andouilles. Il en déduit que notre vœu le plus ardent est de transformer la France en un gigantesque restaurant gastronomique à vocation planétaire. Ce qui ne nous empêche pas d’être d’assidus pratiquants de tous les fast-foods possibles et impossibles.
Qu’on ne puisse pratiquement pas se séparer d’un employé inefficace le laisse perplexe, mais bien moins que la fréquence de notre passe-temps favori : le grève, qui pendant les douze premiers mois de son séjour affectera successivement : les serveurs de cafés, les éboueurs, l’EDF, le Métropolitain, les pharmaciens …
Les formalités auxquelles doit se soumettre un étranger (en situation régulière), oscillent entre Kafka et Ubu, sans parler du faciès désespérément indifférent ou parfois menaçant des guichetiers auxquels on ne peut s’adresser qu’en parlant dans l’hygiaphone.
La promiscuité agressive de nos logements consterne ce londonien, habitué à une plus faible densité de la population urbaine, quant aux HLM de la Ville de Paris, squattés par les bobos et autres privilégiés, ils ne peuvent provoquer qu’un juste sentiment d’indignation.
De retour dans l’espace public, notre méconnaissance congénitale des règles élémentaires de la queue l’agace profondément. Plutôt que de nous installer sagement, sur une seule file, les uns derrières les autres, c’est en rangs serrés, quatre ou cinq de front que nous nous poussons, pressons, ne laissant pas le moindre interstice vacant, dans l’espoir, d’ailleurs toujours déçu, de décourager ou d’étoffer les resquilleurs ;
Devant ces conditions de vie déplorables, il comprend l’engouement des Parisiens pour la « maison de campagne », même si les échappées champêtres dont elle est et le prétexte et le but, les mettent aux prises avec tout un peuple de chasseurs rustiques qui viennent massacrer leurs proies jusque sous les fenêtres des villageois de raccroc.
Et encore ces pharmacies, qu’on rencontre tous les cinquante mètres, et dont l’accumulation explique, peut-être, la surmédicamentation chronique de nos compatriotes.
Il donne des « jours ouvrables » la définition suivante : un bref espace de soucis tolérables entre deux weekends. De même que lors des Fêtes de la Bière on ne s’abstient pas de boire celle-ci, il s’émeut qu’on ne travaille pas le jour de la Fête de Travail, et considère que toute besogne sérieuse doit être achevée avant le 30 Avril. Car après, c’est Mai, sa Fête du Travail, ses innombrables ponts, en Juin on épuise les RTT, Juillet et Août sont anesthésiés par les vacances. On reprend le collier le 1er Septembre, jusqu’au 30 Avril suivant.
Tableau peut-être un peu vitriolé, mais n’y reconnaissons-nous pas la silhouette de nos ineffables travers ? Ce qui n’empêchera ni le Major Thompson, ni Peter Mayle, ni le personnage de Stephen Clarke de s’installer définitivement dans ce délicieux merdier. Le second mari de ma grand-mère paternelle, anglais de la meilleure souche, et (très) poliment (très) critique de nos mœurs, finira également ses jours à Beaulieu-sur-Mer.
Maintenant, si après toutes ces lectures (ou relectures), vous voulez vraiment lire un ouvrage sérieux sur les ambigüités franco-anglaises, je ne peux que vous recommander le pavé suivant :
That Sweet Enemy
Britain and France, The History of a Love-Hate Relationship
Par: Robert and Isabelle Tombs
Éditeur; Vintage Books, New York
(1) Les Carnets du Major W. Marmaduke Thompson (1954) et ses nombreuses suites
(2) A Year in Provence
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Il est diverses façons d’être Sans Domicile Fixe. Ou bien n’avoir pas du tout de domicile, ou bien d’en avoir plusieurs.
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Brevia 45, Janvier 2009
Brevia 2009
(Numéro 45, Janvier)
La vie est un exercice dangereux, qui finit toujours de façon dramatique.
Je ne déteste rien tant que la pauvreté, la vieillesse, la maladie et la mort.
La France est morte avec Louis XVI.
La hiérarchie, c’est comme les étagères : plus c’est haut, moins ça sert.
L’esclavage librement consenti est la forme la plus achevée de la liberté.
On vide plus vite une écluse à Hamburg qu’une baignoire à Celle.
Les frontières sont les cicatrices des peuples.
Mieux vaut une mauvaise décision tout de suite qu’une bonne décision trop tard.
L’argent, le sexe et le pouvoir sont les trois leviers qui font aller le monde.
En vieillissant, les femmes deviennent tyranniques, et les religions tolérantes.
La race humaine se divise en deux catégories : les gamins, qui ont au moins un jour de moins que moi, et les vieillards qui ont au moins un jour de plus.
Chirac est comme Dieu : il est partout et nulle part.
La solidarité n’est, au mieux, qu’une charité obligatoire.
Je préfère perdre un ami que rater un bon mot.
La Confession est à la Conscience ce que l’antiseptique est à la plaie.
Mariés, ils ne formèrent plus qu’un corps, qu’une seule âme, qu’une seule voix. La voix était celle de Madame.
Nous ne sommes que le fruit imprévu de la copulation improbable d’un caillou et du temps.
Chirac aimait bien l’Afrique ; c’était le seul endroit où il pouvait encore se prendre pour Louis XIV.
Celui qui veut être son propre maître doit aussi être son propre esclave.
Parler est un art, écouter est un don.
Si les pauvres meurent quand les riches maigrissent, ils meurent encore plus sûrement quand c’est l’Etat qui grossit.
L’Allemagne flotte au travers de l’Europe comme une méduse entre deux eaux.
Le courage physique n’est que la petite monnaie du courage moral.
Les femmes ont gouverné le monde jusqu’à ce qu’elles s’avisent de publier que c’était justement ce qu’elles voulaient faire.
C’est en vivant au milieu des pauvres que, même avec une fortune modeste, on éprouve véritablement le sentiment de la richesse.
La télévision est un regard qui ne voit que soi-même ; ce qui aurait pu être une fenêtre sur le monde, n’est qu’un judas voyeur ouvert sur son propre néant.
L’ascenseur social est de plus en plus perfectionné : il descend maintenant au second sous-sol.
Le nombre de lignes consacrées par la presse people à ses victimes consentantes, est inversement proportionnel au talent qu’elles peuvent avoir.
N’apprenez plus l’anglais ! Dans cent ans, les Etats-Unis parleront espagnol.
Celui qui veut monter sur la scène doit s’assurer qu’il ne traîne pas trop de casseroles à ses basques.
L’hypocrisie est un vice plus détestable que le cynisme.
L’homme est un loup pour l’homme, et … réciproquement.
Il arrive qu’un mariage d’intérêts devienne un mariage d’amour. L’inverse se trouve aussi.
Le socialisme, c’est faire payer par tous ce dont ils n’ont pas besoin, et offrir gratuitement à chacun ce qu’il utilise.
Le plus sage, c’est de toujours dire « oui » à sa femme, et puis … de faire exactement ce qu’on veut !
Nos sociétés, dans lesquelles il ne se passe plus rien, s’inventent des évènements à leur mesure.
Les dictateurs ne sont jamais battus dans les urnes. Seule une nouvelle révolution armée peut les évincer.
Rien n’est grave ; de toute façon, dans quatre milliards d’années le soleil se sera éteint.
Après la politisation des « people », la peopolisation des « politiques » !
Les Français sont experts en révolutions, mais inexpérimentés en matière de réformes.
Avant le socialisme, nous étions volés par les riches, maintenant nous avons la consolation d’être volés par les pauvres.
La conversation, vous savez, cet Art désuet et en voie de perdition, par lequel plusieurs personnes s’écoutent et se répondent …
Rien ne corrompt davantage que le pouvoir.
Les jeunes idéalistes finissent presque toujours dans la peau d’un vieux pragmatique.
Une demie bonne idée est souvent pire qu’une mauvaise idée.
L’art moderne doit toujours être interprété. L’art tout court ne demande qu’à être admiré.
La géographie est la mère de toutes les sciences.
Les femmes sont si bavardes que, parfois, elles arrivent à se couper elles-mêmes la parole.
La femme propose, et puis … la femme dispose.
De sujets, nous sommes devenus citoyens, puis contribuables, assujettis, administrés et assistés. Voyez-vous vraiment une progression?
Instead of « Beware of Pickpockets », should we not preferably advertise, in all places of public resort: Beware of Governments?
François Aureau
(Numéro 45, Janvier)
La vie est un exercice dangereux, qui finit toujours de façon dramatique.
Je ne déteste rien tant que la pauvreté, la vieillesse, la maladie et la mort.
La France est morte avec Louis XVI.
La hiérarchie, c’est comme les étagères : plus c’est haut, moins ça sert.
L’esclavage librement consenti est la forme la plus achevée de la liberté.
On vide plus vite une écluse à Hamburg qu’une baignoire à Celle.
Les frontières sont les cicatrices des peuples.
Mieux vaut une mauvaise décision tout de suite qu’une bonne décision trop tard.
L’argent, le sexe et le pouvoir sont les trois leviers qui font aller le monde.
En vieillissant, les femmes deviennent tyranniques, et les religions tolérantes.
La race humaine se divise en deux catégories : les gamins, qui ont au moins un jour de moins que moi, et les vieillards qui ont au moins un jour de plus.
Chirac est comme Dieu : il est partout et nulle part.
La solidarité n’est, au mieux, qu’une charité obligatoire.
Je préfère perdre un ami que rater un bon mot.
La Confession est à la Conscience ce que l’antiseptique est à la plaie.
Mariés, ils ne formèrent plus qu’un corps, qu’une seule âme, qu’une seule voix. La voix était celle de Madame.
Nous ne sommes que le fruit imprévu de la copulation improbable d’un caillou et du temps.
Chirac aimait bien l’Afrique ; c’était le seul endroit où il pouvait encore se prendre pour Louis XIV.
Celui qui veut être son propre maître doit aussi être son propre esclave.
Parler est un art, écouter est un don.
Si les pauvres meurent quand les riches maigrissent, ils meurent encore plus sûrement quand c’est l’Etat qui grossit.
L’Allemagne flotte au travers de l’Europe comme une méduse entre deux eaux.
Le courage physique n’est que la petite monnaie du courage moral.
Les femmes ont gouverné le monde jusqu’à ce qu’elles s’avisent de publier que c’était justement ce qu’elles voulaient faire.
C’est en vivant au milieu des pauvres que, même avec une fortune modeste, on éprouve véritablement le sentiment de la richesse.
La télévision est un regard qui ne voit que soi-même ; ce qui aurait pu être une fenêtre sur le monde, n’est qu’un judas voyeur ouvert sur son propre néant.
L’ascenseur social est de plus en plus perfectionné : il descend maintenant au second sous-sol.
Le nombre de lignes consacrées par la presse people à ses victimes consentantes, est inversement proportionnel au talent qu’elles peuvent avoir.
N’apprenez plus l’anglais ! Dans cent ans, les Etats-Unis parleront espagnol.
Celui qui veut monter sur la scène doit s’assurer qu’il ne traîne pas trop de casseroles à ses basques.
L’hypocrisie est un vice plus détestable que le cynisme.
L’homme est un loup pour l’homme, et … réciproquement.
Il arrive qu’un mariage d’intérêts devienne un mariage d’amour. L’inverse se trouve aussi.
Le socialisme, c’est faire payer par tous ce dont ils n’ont pas besoin, et offrir gratuitement à chacun ce qu’il utilise.
Le plus sage, c’est de toujours dire « oui » à sa femme, et puis … de faire exactement ce qu’on veut !
Nos sociétés, dans lesquelles il ne se passe plus rien, s’inventent des évènements à leur mesure.
Les dictateurs ne sont jamais battus dans les urnes. Seule une nouvelle révolution armée peut les évincer.
Rien n’est grave ; de toute façon, dans quatre milliards d’années le soleil se sera éteint.
Après la politisation des « people », la peopolisation des « politiques » !
Les Français sont experts en révolutions, mais inexpérimentés en matière de réformes.
Avant le socialisme, nous étions volés par les riches, maintenant nous avons la consolation d’être volés par les pauvres.
La conversation, vous savez, cet Art désuet et en voie de perdition, par lequel plusieurs personnes s’écoutent et se répondent …
Rien ne corrompt davantage que le pouvoir.
Les jeunes idéalistes finissent presque toujours dans la peau d’un vieux pragmatique.
Une demie bonne idée est souvent pire qu’une mauvaise idée.
L’art moderne doit toujours être interprété. L’art tout court ne demande qu’à être admiré.
La géographie est la mère de toutes les sciences.
Les femmes sont si bavardes que, parfois, elles arrivent à se couper elles-mêmes la parole.
La femme propose, et puis … la femme dispose.
De sujets, nous sommes devenus citoyens, puis contribuables, assujettis, administrés et assistés. Voyez-vous vraiment une progression?
Instead of « Beware of Pickpockets », should we not preferably advertise, in all places of public resort: Beware of Governments?
François Aureau
Brevia 2008
BREVIA 2008
Janvier
Désamour
Les avocats protestent contre le projet du Gouvernement de transférer des Juges aux Notaires l’officialisation du divorce par consentement mutuel quand les parties sont d’accord sur tous les points de la séparation. Ils mettent en avant la nécessité de protéger, grâce aux conseils des hommes de robe, la partie la moins apte à se défendre seule. Ils insistent sur le passage devant le Tribunal, afin que le Juge constate l’équité de la transaction. Ils omettent de rappeler que certains avocats font la moitié de leur chiffre d’affaires grâce à cette obligation qui est faite aux couples en mal de rupture de judiciariser leur décision.
Admettons, pour un instant la justesse de leur point de vue. Et si un juge est nécessaire pour défaire les liens du mariage, ne le serait-il pas encore bien davantage pour nouer ces mêmes liens. Il devrait alors s’assurer que l’intention des contractants est bien réelle, qu’ils ont bien compris toutes les conséquences de l’acte solennel qu’ils s’apprêtent à accomplir, ainsi que les implications présentes et futures du régime matrimonial dont ils ont fait le choix.
Une idée qui ne résiste pas au test de l’absurde est une mauvaise idée.
Buren, que de crimes on commet en ton nom !
Vous auriez sans doute été bien déçus, si je ne m’étais pas fait l’écho des propos de Daniel Buren (1938 - ) qui, dans les derniers jours de 2007 déplorait l’état de délabrement et de saleté dans lequel on laisse les colonnes qu’il a commises au Palais Royal. Ces monstruosités ont été installées en 1986 dans la Cour d’Honneur du Palais Royal malgré l’avis négatif de la Commission des Monuments Historiques, suite à une commande passée, au nom de l’Etat, par M. Jack Lang qui trouva ainsi à laisser dans le paysage un témoin supplémentaire de ses activités délétères.
Il faut démonter les colonnes, qui nous ont déjà suffisamment coûté, et les mettre en décharge, ou bien, si l’on veut vraiment être cruel, les remonter chez M. Buren qui pourra à loisir souffrir du spectacle permanent de sa principale (et unique ?) source d’inspiration : les « bandes rayées ».
HLN ?
Les SDF, soutenus par des Associations irresponsables, réclament la mise à disposition de HLN (Habitations à Loyer Nul), si possible équipées de chenils. Avec la mise en place du Droit Opposable au Logement, il n’y a plus de raison de trimer dur pour louer ou acquérir un logement. L’Etat, omniscient, omniprésent s’en occupe. Vous pouvez aller faire la fête !
Fumez, fumez, il en restera toujours
quelque chose !
Imagine-t-on le risque incendie garanti par une seule compagnie proposant un contrat unique à tarif unique quelque soit la taille et la dangerosité de l’immeuble à assurer ? C’est pourtant très précisément sur cette base que fonctionne notre « sécurité sociale que le monde nous envie ».
Hubert Jousset
Les fumeurs sont accusés, entre autres maux, de contribuer à creuser la tombe de la Sécurité Sociale. C’est vrai que soigner leurs cancers coûte cher à la collectivité. On devrait donc leur imposer un taux de cotisation plus élevé à l’Assurance Maladie. Pourquoi pas ? Mais il faudra aussi exiger des motocyclistes, des automobilistes, des skieurs, des spéléologues, etc … etc …des taux de cotisations en rapport avec la dangerosité de leurs addictions.
Quant aux fumeurs, dont la vie sera certainement abrégée par leur funeste habitude, et dont la mort prématurée est une aubaine pour les Caisses de Retraites, il faut, pour respecter un minimum d’égalité de traitement, ou bien majorer la retraite qu’ils touchent, ou bien diminuer leurs cotisations aux organismes de prévoyance de la vieillesse.
Spleen
D’après une étude récente, le moral des jeunes serait « plombé ». Quoi d’étonnant, si l’on songe que 70% d’entre eux n’ont pour idéal que de rentrer dans la Fonction Publique, et d’y vivre chichement aux crochets de la Société, en y périssant d’ennui pendant une quarantaine d’années, jusqu’au jour béni où ils pourront enfin jouir de leur maigre retraite ?
Ah ! Les beaux jours !?
Le Gouvernement cherche à mettre en place des dispositifs qui permettraient de priver de liberté les criminels considérés comme potentiellement dangereux et présentant de fortes probabilités de récidive, même après qu’ils aient purgé la peine à laquelle ils ont été condamnés. On en revient donc, enfin, au principe d’une Justice dont le rôle est de protéger la Société, et non plus de rééduquer les malfaiteurs.
Cependant, tous les mécanismes complexes que l’on mettra sur pieds ne feront que mettre en évidence les irréparables dégâts de la suppression de la peine de mort et – au moins – de la disparition de la prison à perpétuité : la vraie, sans remises de peine, qui garantissait qu’un individu dangereux reste sous les verrous jusqu’à la fin de ses jours.
Vive la taxe !
Taxe sainte, taxe bénie ! Taxes salvatrices et guérisseuses de nos maux ! Fleurissez, multipliez-vous, et recouvrez la surface de l’Hexagone. Est-il un souci auquel vous ne puissiez apporter un remède ? Les pêcheurs ne peuvent répercuter dans le prix du produit de leur pêche l’augmentation du carburant de leurs navires ? Qu’à cela ne tienne : une taxe sur le poisson. La télévision publique veut-elle se libérer du carcan de l’audimat, se consacrer à de vrais programmes culturels, et se passer des recettes de la réclame ? Au lieu de la dimensionner en fonction des ressources qui lui sont affectées (la redevance télévisuelle), on imagine … de nouvelles taxes (infinitésimales ?) sur la téléphonie, l’Internet … ! Pour décourager les utilisateurs de voitures trop consommatrices : une taxe, pudiquement baptisée « écopastille » ! Et ne prévoit-on pas une taxe (infinitésimale ?) sur les hôtels de luxe pour financer l’entretien des bâtiments historiques ? Sans parler des franchises médicales pour parer aux conséquences de l’augmentation – inévitable – des frais liés à l’Alzheimer ?
Devant ce déferlement de la taxomanie, deux remarques s’imposent :
Premièrement, il est malsain et dangereux de gager une action de l’Etat sur une recette particulière. Si celle-ci vient à faiblir, qu’advient-il de l’action qu’elle était censée financer ? Les recettes de l’Etat doivent former un tout, et avec ce « tout », l’Etat doit subvenir à ses charges.
Enfin, est-on bien certain d’être sur la voie de la promesse présidentielles qui s’était engagée à diminuer de quatre points le taux des prélèvements obligatoires ?
La gifle de Berlaimont
Celui qui sème le vent récolte la tempête, et nous n’en avons pas fini de moissonner les fruits amers de 1968 : à Berlaimont, un professeur gifle un élève de 6ème, fils de gendarme, qui l’avait auparavant traité de « connard ». La famille porte plainte, et le professeur passera en correctionnelle.
Les châtiments corporels ne faisant plus partie de l’arsenal disciplinaire de l’Education Nationale, le professeur n’aurait pas dû se laisser aller à ce geste instinctif. D’autre part, l’élève devrait être lui aussi sanctionné.
Quand on sait quel climat d’incivilité et de violence peuvent régner dans certaines classes, on se demande comment il serait possible d’y rétablir l’ordre. Un moyen semble à la portée du corps professoral : il suffirait que chaque fois qu’un enseignant se fait insulter par un élève il porte plainte, et que – l’enfant étant pénalement quasiment irresponsable – la famille soit condamnée à une amende. A la première incivilité, 1% du revenu annuel de la famille, 5% à la deuxième, 10% à la troisième.
On verrait très rapidement les familles, même les familles de gendarmes, mettre un frein aux débordements verbaux de leur progéniture.
T’as de beaux yeux, tu sais ?
(Oui, mais tu es aveugle !)
Conférence de Jacques Marseille, organisée à Valenciennes,
le 1er février 2008, à l’initiative du Rotary Sambre-Hainaut
et de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes
sur le thème :
Forces et faiblesses de la France d’aujourd’hui,
Menaces & Opportunités
au bénéfice de la Fondation Rotary
pour l’éradication de la poliomyélite dans le monde.
Que vous dirais-je de Jacques Marseille ? Historien, géographe, politologue, statisticien, il sait avec bonhomie et pertinence mettre en évidence le bon sens ; mérite immense, car, comme chacun le sait, c’est la chose du monde la plus mal partagée.
Coté cour, on commence par le constat du moral des Français, dont deux études récentes font entrevoir les profondeurs abyssales. Tant en ce qui concerne le moral des ménages que celui des jeunes, et qui nous placent, dans tous les compartiments du jeu dans les tous derniers de la classe européenne (1). Jacques Marseille considère que nous sommes uns société où domine la défiance, contrairement à d’autres pays où c’est la confiance qui règne.
Toujours coté cour, le chômage. Qui certes évolue dans le bon sens : nous en sommes à 8%, et c’est le meilleur chiffre depuis 1983. Mais ce chiffre est biaisé, car si du dénominateur on retire les actifs que ne menacera jamais la perte d’emploi (les fonctionnaires), le taux peut monter jusqu’à 20% ! Et c’est ce dernier chiffre qui est « ressenti » par la population, d’autant plus que l’inactivité se concentre sur les jeunes et les vieux.
Citons encore le … pouvoir d’achat. En France le salaire médian est de 1.500 € net par mois. C'est-à-dire qu’il y a autant de Français qui gagnent plus, et autant qui gagnent moins. Le pouvoir d’achat ne peut s’améliorer QUE par la croissance. Si la France avait eu la même croissance que la Grande-Bretagne (c’est à dire sur les dernières années 1% de plus par an), chaque Français disposerait, en moyenne, de 6.000 € de plus par an.
Enfin, la dette. Le service de l’intérêt absorbe la totalité de l’impôt sur le revenu. Pourtant, sa diminution drastique, par décroissance des dépenses de l’Etat, est le SEUL moyen de redonner du pouvoir d’achat. Le Gouvernement ne dispose plus d’AUCUNE marge de manœuvre, car la France est le seul pays à n’avoir RIEN fait en ce domaine (2).
De fait, il existe en Europe deux modèles économiques et de société. L’un, reposant sur une base protestante de confiance (les pays scandinaves), l’autre, anglo-saxon, où domine la flexibilité et l’argent. La France est déchirée entre ces deux options et n’arrive pas à faire son choix.
Venons-en coté jardin : les atouts, largement inexploités, de la France. Et tout d’abord, la natalité, la plus forte d’Europe, et en contradiction avec la morosité des ménages : faire des enfants, n’est-ce pas, d’un certain sens, croire à l’avenir ? La dénatalité en Europe, en général, équivaut à un suicide.
La géographie nous favorise également. Strabon ne disait-il pas déjà que ces contrées étaient bénies des Dieux ? La France est idéalement située sur la péninsule européenne.
Enfin, ce que Jacques Marseille appelle la « Marque France » ou le « Désir de France ». Nous sommes en effet la première destination touristique mondiale. Mais cette « chance » est trop peu exploitée, et la France n’est pas accueillante. C’est pourquoi, bien qu’étant la première destination touristique, les étrangers dépensent moins chez nous qu’ailleurs. Nous n’avons pas encore le sens du « service », et c’est même une notion que nous méprisons. Serait-ce parce que « service » vient de Servus, esclave ! Or, justement, nos sociétés sont passées de l’ère de l’industrie à celle du service. Mais quelle chance avons-nous de réussir alors que la pratique de l’anglais est si peu répandue ?
Cependant, nos points d’excellence ne manquent pas. Les « textiles techniques » en sont un exemple ; si les besognes manufacturières se sont délocalisées, il n’en va pas de même des activités de conception et de marketing. Par malheur, même pour ces fonctions, nous sommes moins attractifs que (certains de) nos voisins. Et ce qui maintenant nous menace, c’est la fuite des hauts salaires ; croit-on pouvoir la compenser en « important » les vieux Anglais qui colonisent le Périgord ?
Répondant aux questions de l’assistance, Jacques Marseille a ainsi l’occasion de développer quelques autres idées :
· La repentance est un symptôme de pessimisme. Et la France, malgré ses (très) faibles performances croit encore, comme les Etats-Unis, qu’elle est porteuse d’un message universel. Elle doit apprendre l’humilité.
· Le compte d’exploitation d’une chaussure « Nike » :
15 pour la fabrication, dont 2 de salaires
15 pour le marketing et la publicité
15 pour la distribution
15 : bénéfice
60 : prix de vente
On peut encore créer de la valeur, même sans « fabriquer ».
· Coût salarial/salaire net. Un salaire net de 1.200 entraîne de charges sociales salariales de 300, et patronales de 600. coût total : 2.100. Jacques Marseille suggère de donner à chaque salarié son salaire de 1.200, et un chèque de 900 à l’ordre de l’Etat, qu’il devra signer et envoyer par enveloppe T. Cette réforme ne coûte rien, et ferait palper à chacun le coût réel du « salaire différé ».
· Bien que la classe politique soit celle dans laquelle le Français « investit » le plus, c’est celle dans laquelle il a le moins confiance. Il ne peut donc être QUE déçu.
· Pour « changer les choses », il ne faut pas tout attendre de l’Etat, chacun d’entre nous doit se mettre à la tâche !
C’est le mot de la fin, et Jacques Marseille s’éclipse sous les applaudissements nourris du public.
(1) l’anecdote du portefeuille « perdu » sur un trottoir, avec les coordonnées du propriétaire : 100% rapporté dans les pays du Nord, 60% en France, et (ouf !) 28% en Italie !
(2) J. Marseille cite le chiffre de 1.000 milliards (€) pour la dette. Mais ce n’est là que celle de l’Etat. Si l’on y ajoute les autres dettes publiques on arrive à 2.000 milliards. Ce qui veut dire que CHAQUE Français, du bébé qui vient de naître au vieillard agonisant, a une dette de plus de 30.000 €. Si l’on rapporte cette dette à la population active, la seule en mesure d’ « éponger », on obtient une dette de 100.000 € par actif moyen !
Février
La Guerre des Taxis (après les Taxis de la Guerre !)
6 février 2008. Pour la deuxième fois en moins de 10 jours, les chauffeurs de taxis manifestent contre la proposition du Rapport Attali d’augmenter le nombre de taxis. Or, il est de notoriété que la disponibilité des taxis est totalement insuffisante. Ici, comme ailleurs, seul le marché peut réguler l’offre et la demande. Le système aberrant des « licences » doit être aboli. Tant que le marché sera favorable, il attirera de nouveaux intervenants ; quand il cessera de l’être, leur nombre diminuera.
Au début du siècle dernier, les chauffeurs de taxis devaient obtenir une « autorisation », simple vérification du fait que le candidat possédait les aptitudes nécessaires à l’exercice du métier, comme pour un médecin ou un architecte.
Avant le début de la deuxième guerre, on a commencé à limiter administrativement le nombre d’ « autorisations ». Plus tard, ces autorisations sont devenues cessibles : c’est alors que s’est formé l’imbroglio où nous nous trouvons ce jour d’hui.
En effet, si l’on réintroduit sur ce marché la nécessaire liberté, il est incontestable que les 44.000 taxis qui « servent » le public seraient intolérablement lésés si la valeur marchande des licences qu’ils ont acquises était annulée.
Avec un prix moyen autour de 130.000 €, la valeur cumulée de ces licences représente environ 6 milliards d’euros. C’est cette somme que l’Etat, qui a encaissé le produit de la vente des licences d’origine, devrait rembourser aux chauffeurs pour sortir définitivement du pataquès où il s’est lui-même fourré.
Or, 6 milliards d’un coup, c’est sûrement trop pour nos finances délabrées. Mais on pourrait envisager de ne rembourser les licences qu’au fur et à mesure du départ à la retraite des détenteurs actuels, ce qui permettrait d’étaler la dépense sur une quinzaine d’années, la rendant ainsi plus supportable (400 millions par an), même si en définitive ce sont les générations futures qui solderont le compte, car, dans quinze ans, la dette publique n’aura pas été annulée.
Mais que nos descendants ne se plaignent pas : en contrepartie de la charge, nous leur laisserons aussi un marché assaini ?
De sains pratiques
Toute entreprise qui embauche un salarié, vérifie si son niveau de connaissances correspond au poste à pourvoir. Elle vérifie aussi si le candidat a les aptitudes psychologiques, le tempérament requis par la fonction. Tout le monde fait cela, sauf le plus grand employeur du pays : l’Education Nationale, qui se contente de vérifier les connaissances. D’où le nombre d’enseignants qui n’ont pas les qualités « morales » qui leur permettraient d’exercer leur métier dans des conditions acceptables, tant pour eux que pour leurs élèves.
Brevissima
La France justifie ses troubles agissements au Tchad en arguant du fait que M.Idriss Déby Itno a été légitimement élu. Si un dictateur qui a pris le pouvoir par la force perdait des élections, ce serait une première mondiale. Les dictateurs ne sont jamais battus dans les urnes. Seule une nouvelle révolution armée peut les évincer.
Rien n’est grave ; de toute façon, dans quatre milliards d’années le soleil se sera éteint.
Après la politisation des « people », la peopolisation des « politiques » !
Les Français sont experts en révolutions, mais inexpérimentés en matière de réformes.
Avant le socialisme, nous étions volés par les riches, maintenant nous avons la consolation d’être volés par les pauvres.
Vingt fois sur le métier…
Le Gouvernement vient de porter sur les fonds baptismaux ce qui est sans doute le vingtième « Plan banlieue ». Les « Plans », c’est notre spécialité, notre péché-mignon, et la bouée que nous lançons au secours de nos insolubles problèmes. Nous avons eu le « Plan informatique », le « Plan textile », le « Plan machine-outil », … Aucun n’a enfanté de miracles, tous ont coûté des sommes infernales, et tous se sont enlisés dans le fatras des contradictions administratives, pour finir par se dissoudre en plein milieu de nulle-part.
Combien êtes-vous prêt à miser sur le « Plan banlieue » ?
Il faut deux ans pour apprendre à parler,
Et toute une vie pour apprendre à se taire.
Chaque jour, dix mille emplois sont créés en France, et dix mille sont perdus. Les 595 emplois d’Arcelor-Mittal à Gandrange en font partie. Le sidérurgiste s’est d’ailleurs engagé à ce que soient reclassés dans le Groupe les salariés concernés. Alors, pourquoi tout cet émoi, pourquoi pas le même tapage pour les 9.405 autres emplois quotidiennement perdus ? Et pourquoi pas un peu de publicité pour les 10.000 emplois créés chaque jour ? Tout cela sans mentionner qu’on ne voit pas bien sous quels fallacieux prétextes et par quels moyens obscurs – et sans doute illégaux – l’Etat interviendrait dans les affaires, par ailleurs prospères, du sidérurgiste indien, qui n’attend certainement pas de l’Etat français des recettes pour gérer ses activités.
Moralité : il va falloir apprendre à réfléchir avant de parler.
Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?
Il parait que les personnes en difficulté peuvent espérer se voir attribuer jusqu’à cinquante-quatre aides différentes ! Cinquante-quatre administrations qui reçoivent des dossiers, qui les étudient, les perdent, les redemandent, qui versent, qui contrôlent ( ?), bref … qui s’occupent ! Quel immense gâchis.
Sans parler du fait que les heureux bénéficiaires, acharnés à rassembler les pièces de leurs cinquante-quatre dossiers, à les photocopier, à relancer ou reconstituer les dossiers égarés, ne doivent plus avoir beaucoup de temps à consacrer à la recherche d’un emploi ?
Sans prendre un plaisir excessif à me citer moi-même – ce qui pourtant n’est pas si désagréable – je voudrais rappeler ici une des propositions de mon Programme Présidentiel (voir Brevia Novembre 2006) :
Toutes les aides d’Etat, des Collectivités Territoriales, toutes les réductions, dégrèvements ou dispenses de taxes, d’impôts, seront supprimés, et remplacés par une allocation unique de survie (AUS) qui sera calculée en fonction du nombre de personnes du foyer. Elle devra permettre de subvenir aux besoins de base essentiels, et rien d’autre.
Berlin, 26 février 2008
(Numéro 35, Mars)
Notes de Voyage
Le Rotary Club en Allemagne
On ne sera pas surpris d’apprendre que les réunions des Clubs allemands sont plus solennelles et conduites avec plus de rigueur que celles de nombreux Clubs français.
Non pas qu’il n’y règne pas la camaraderie qui est un des principaux charmes de cette Organisation, mais celle-ci est plus formelle. On ne s’y interpelle pas par le prénom. On dit : « Wie geht es Ihnen, Freund X ? ». On n’y donne point non plus l’accolade aux rotariennes !
On se fait aussi une règle que chaque réunion soit illustrée par une intervention de haute tenue, très souvent prononcée par un membre du Club, mais aussi par des personnalités locales.
A titre d’exemple, je voudrais évoquer deux réunions du Club de Berlin-Süd qui est mon havre rotarien lors de mes séjours berlinois.
Le 18 février :un des violoncellistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, membre du Club, présente le film (Trip to Asia, die Suche nach dem Einklang) tourné à l’occasion d’une tournée asiatique de la Philharmonie. (Nous nous sommes précipités pour aller voir en avant-première ce film : passionnant, et mettant bien en lumière les difficultés d’amalgamer de fortes personnalités de toutes origines dans un ensemble cohérent. Sir Simon Rattle y apparaît comme un profond philosophe doué d’un humour britannique irrésistible). Puis le responsable des Caisses d’Epargne du Brandebourg expose les spécificités de sa banque, et, comme nous sommes en Allemagne, aucun des banquiers « traditionnels » présents ne contredit l’orateur.
Le 25 février : Freund Georg von Marwitz, Membre du Club de Frankfurt an der Oder, nous parle de son retour dans la propriété de ses ancêtres après les restitutions ayant marqué la fin de la RDA. D’abord accueilli avec méfiance (« les Junkers sont de retour ! »), il organise un Centre pour la jeunesse dans son village, puis un centre itinérant pour celle des villages voisins, et, enfin … un Lycée privé, qui, après peu de temps est submergé de demandes d’admissions.
Les Clubs allemands ont pour coutume de faire circuler pendant les réunions une tirelire où chacun verse une obole, comme nous le faisions au siècle dernier quand nous allions encore à la Messe dominicale donner les répons en latin. Ce n’est pas un sacrifice insupportable pour les Membres présents, et à la fin de l’année, cela fait encore un petit « plus ».
Ils pratiquent aussi les Fondations, sans doute favorisées par une législation fiscale plus conciliante que chez nous – ne pas confondre avec les Fondations domiciliées au Lichtenstein !
Enfin, les Clubs allemands consacrent une plus faible partie de leurs ressources à nourrir leurs Membres : au Club de Berlin-Süd, dans les salons d’un hôtel de très bon standing, on ne paye pour le déjeuner que 14 euros. Il est vrai que l’on n’a droit qu’à une assiette de crudités et à une petite bouteille d’eau minérale !
Andere Länder, andere Sitten !
François Aureau
Berlin, le 27 février 2008
Ja, liber Diethelm, das waren Zeiten !
Et je me souviens de certaines images qui seraient pour nos enfants comme tirées de la plus haute Antiquité : les locomotives jetaient de noires fumées qui saupoudraient les voyageurs jusque dans les wagons bien fermés ; pour accéder aux quais du Métro, il fallait donner son billet à un être humain, assis là, à poinçonner. C était le fameux poinçonneur, des Lilas ou d’ailleurs.
Dans les rues de Paris, les pains de glace étaient débités et livrés par des voitures tirées par un vrai animal vivant : un cheval ! Et dans les campagnes, chose incroyable, ces mêmes chevaux étaient attelés à des charrues, des faucheuses et des tombereaux. Après la moisson, les glaneuses passaient dans les champs, ramasser quelques épis épars, et les paysans les plus pauvres envoyaient leurs enfants faire pâturer les vaches, tenues à la longe, le long des chemins.
Et dans ces mêmes rues de Paris, le dimanche matin, passaient les chanteurs des rues. On donnait cent sous aux enfants qui les enveloppaient dans un petit morceau de papier journal (pour ne pas gâcher), et qui d’un geste gracieux les jetaient aux chanteurs qui faisaient une sorte de révérence (le mien ne pouvait pas, il avait une jambe de bois).
Nous étions alors tous, plus ou moins, habillés comme de petits princes anglais, et nos mères regardaient d’un œil torve les « femmes en cheveux ». On ne sortait pas nu-tête, et certains hommes encore, ne se séparaient pas de leur canne, qui bien sûr n’était pas un simple prolongement orthopédique, mais la touche finale de l’accoutrement d’une personne « convenable ».
Presque tout le monde allait à la Messe, les claques ou fessées données aux enfants récalcitrants ne se terminaient pas dans un prétoire, les cadeaux étaient rares et, de ce fait, appréciés.
Les voitures automobiles roulaient, certes, mais les pannes et les crevaisons étaient fréquentes : en Bretagne (Province particulièrement arriérée), on roulait au milieu de la route pour ne pas ramasser les clous des fers à chevaux.
Et tassés à l’arrière des véhicules, les enfants poussaient un « Hourra » d’enfer quand, au bout d’une longue ligne droite, le pied du père ou de l’oncle à fond sur l’accélérateur, avait propulsé le véhicule à 100 km/heure, ou presque. Et l’on disait, avec quelle fierté : j’ai fait du cent à l’heure !
Je ne dirai rien de l’évolution des dessous féminins, car nos mères, pudibondes, ne nous montraient pas les leurs, et nous étions trop jeunes pour chercher ailleurs des informations.
Ja, lieber Diethelm, das waren Zeiten ...
EST-CE UN BIEN, EST-CE UN MAL ?
Un paysan chinois, dit-on, et son fils avaient pour seule richesse un cheval. Un jour, le cheval s’enfuit de l’enclos. Tous les villageois disaient : Quel malheur !
Le paysan répondit : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
Un jour, le cheval revint, suivi de trente chevaux sauvages. Tout le village disait : Quel bonheur !
Le paysan disait : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
Le lendemain, le fils essayant de dompter un des chevaux sauvages, tomba et se cassa la jambe. Le village : Quel malheur !
Le paysan : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
La semaine suivante, la guerre fut déclarée, et tous les jeunes gens valides enrôlés, donc pas le fils du paysan. Le village : Quel bonheur !
Le paysan : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas…
(d’après J.J. Crèvecoeur)
A quoi bon une Télévision d’Etat ?
Les Etats continuent d’entretenir des Télévisions, comme nos arrière-grands-pères entretenaient des danseuses. Et pas seulement en France, où les relents de dirigisme colbertiste auraient pu nous faire anticiper ce travers.
Quelle peut donc être la justification d’une telle ingérence, et d’une telle taxation ? En effet, que vous regardiez de temps à autre la Télévision d’Etat, ou que vous ne la regardiez jamais, vous êtes également ponctionné.
Certes, le niveau moyen des émissions est si lamentable que l’Etat se sent peut-être investi d’une mission pour offrir au public des spectacles moins navrants. On peut admettre ce point de vue, tout en se demandant pourquoi il n’y aurait pas , tout aussi bien, une littérature d’Etat, une peinture d’Etat, une sculpture, un cinéma, et un théâtre d’Etat, tous confiés à des fonctionnaires qui en assureraient la conception et la réalisation.
Mais si l’intervention de l’Etat se justifiait par une meilleure qualité des programmes, pourquoi tant d’émissions débiles sur les chaînes publiques ? Pourquoi cinq chaînes publiques ? L’Etat doit-il distraire (moins bêtement) le citoyen, ou se contenter de l’éduquer ? Quelle est la valeur ajoutée d’une chaîne publique quand elle diffuse d’abêtissantes séries américaines ?
Une chaîne, une seule, qui serait la chaîne de la culture, avec des programmes inspirés de ceux qu’offre Arte, suffirait largement à remplir cet objectif. En concentrant sur elle la totalité du produit de la redevance télévisuelle, on devrait trouver les moyens nécessaires à son existence. Elle serait sans doute assez peu regardée (comme Arte aujourd’hui), mais l’Etat aurait fait son devoir ( ?), et ne devrait pas plus s’en émouvoir qu’il ne s’émeut de voir RTL écouté davantage que France-Culture.
(20/09/2005)
PARITE, QUOTAS, BALIVERNES…
Si l’on peut comprendre les efforts faits par le monde politique pour assurer aux personnes de sexe féminin une présence plus équitable dans les différentes instances de la représentation populaire, par l’instauration d’un quota 50/50 sur les listes électorales, on peut avec justice se demander si ces tentatives sont bien celles qui seraient les plus déterminantes pour garantir au peuple une représentation la plus proche possible de la composition sociale de la Nation.
Car on pourrait aussi examiner s’il ne faudrait pas introduire des quotas pour que les blond(e)s soient aussi fidèlement présents que les brun(e)s, les unijambistes que les manchots, les fumeurs de cigares que les abonnés au gaz !
Mais plus important encore serait le dispositif qui permettrait aux différentes fonctions sociales le partage du pouvoir.
En effet, tout laisse à penser que la fonction publique est très lourdement surreprésentée au sein de l’Assemblée Nationale. Bien sûr, les statistiques officielles tentent, autant qu’elles le peuvent, de dissimuler ce fait, en concoctant des catégories qui masquent le phénomène. En essayant de les décortiquer, on arrive à la conclusion que les fonctionnaires, au sens juridique, qui comptent 5 millions de personnes (et 22%des salariés du pays) bénéficient de plus de 50% des sièges à l’Assemblée.
Cette proportion ne facilite pas – et peut-être empêche-t-elle – un grand nombre de réformes, et en premier lieu celles qui touchent à la modernisation de l’Etat. D’autant plus qu’au-delà des fonctionnaires proprement dits, sous des appellations diverses se dissimulent les professionnels de la politique. Si François Mitterrand, quand il était Député, était classé parmi les avocats, le scripteur de ce billet pourrait-il prétendre qu’il faudrait le ranger dans la rubrique des « premiers communiants » sous le fallacieux prétexte qu’il le fut … un jour ?
Aucun corps ne se réforme volontairement. Les entreprises le font sous la contrainte de la concurrence. Qui peut attendre de l’Etat qu’il se réforme lui-même, alors que tant d’avantages particuliers et occultes sont accordés à ses membres, sauf sous la pression de l’Opinion Publique ?
Et plus important peut-être encore que la préservation des avantages acquis de la classe politique, la profonde méconnaissance du monde réel – le monde économique – par le membre moyen de l’Assemblée est un obstacle aux réformes dont le pays a besoin.
En voulez-vous un exemple, un seul ? La Présidente de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité ( en abrégé : HALDE ! ) a modifié son opinion sur le curriculum vitae anonyme quand elle a appris, au hasard d’une conversation avec un journaliste que les employeurs avaient l’habitude de rencontrer les candidats avant de signer un contrat de travail ! On croit rêver !
Il est donc urgent de songer à ce qu’il faudrait faire pour encourager – sinon imposer – une participation plus raisonnable du pays réel dans la vie politique.
Comme, sauf à augmenter encore les charges des entreprises, on ne peut songer à doter les employeurs, cadres, et salariés du secteur privé des mêmes « bouées de sauvetage » que celles dont bénéficient les salariés du secteur public, c’est dans l’autre sens qu’il faut aller pour assurer l’égalité des chances, si chère aux tenants du « penser correct ».
L’afflux de fonctionnaires dans la représentation nationale serait certainement freiné si les élus issus de la fonction publique n’étaient pas assurés de retrouver leur corps d’origine, leur ancienneté et leur salaire après un échec politique.
Ce rééquilibrage semble encore plus vital pour le futur du pays que celui qui vise à obtenir la parité des sexes sur les listes électorales.
(décembre 2004)
How to live sumptuously
on nothing a-year?
Ça ne possède pas un sou, et c’est fier comme un Doge
Goldoni
Il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette,
et assez au-dessous pour pouvoir économiser chaque année
afin de rembourser les dettes anciennes
Turgot, 24 août 1774
Bien souvent, la littérature et la sagesse populaire se sont moqués de ceux qui vivent au-delà de leurs moyens, voulant cependant en imposer au monde. Si cette erreur est condamnable s’agissant d’un simple particulier, qu’en dirons-nous quand la majesté de l’Etat s’y livre ?
Et pourtant, c’est bien le cas de la France. Elle parle haut, donne des leçons à la Terre entière, et vit aux crochets de ses créanciers. Elle emprunte pour rembourser ses dettes, ce faisant les accroissant encore, à tel point que la charge de la dette est devenue son deuxième poste de dépenses. Et tout ceci en période de taux extrêmement bas (3,5%) ; dans quels abîmes plongerions-nous si ceux-ci venaient à remonter ?
Imaginez une seconde un quidam, convoqué devant une des fameuses Commissions de Surendettement et à qui l’on dirait :
- Combien gagnez-vous ?
- Je n’en sais rien en fait, car cela dépend … (de la pluie, du beau temps, de la conjoncture, …)
- Combien dépensez-vous ?
- Je le sais moins encore, car cela dépend aussi …
- Mais vos dettes représentent plus de trois ans de vos revenus !
- Qu’importe, je puis emprunter encore !
Vous riez, et pensez que le quidam est bon pour l’asile, puisque la prison pour dettes n’existe plus.
Cependant, la stabilisation de la dette, puis son remboursement sont une impérieuse nécessité, et passent bien avant notre panache de conservateurs immuables des Droits de l’Homme, et nos vains désirs de gloire et de puissance. Rétablissons l’ordre dans nos finances, et puis nous verrons si nous avons encore quelque chose à dire, et si d’aucuns seront là pour nous écouter. Sans vouloir ici en rechercher les causes, nous sommes devenus une puissance moyenne, et qui file un mauvais coton. Après avoir longtemps joué les héroïnes, il nous faut nous accoutumer au répertoire des suivantes. Soyons au moins respectables dans ce rôle nouveau, et ne prétendons pas être ce que nous ne sommes plus. Pour cela, commençons par rembourser notre dette, comme tout honnête homme. Or cette tâche n’est, semble-t-il, prioritaire pour personne : ni pour les gouvernants qui semblent avoir érigé en maxime la boutade de Louis XV (après nous le déluge), ni pour les gouvernés.
Les moyens de réduire drastiquement notre dépense existent, c’est le courage pour les mettre en œuvre qui manque. Cependant, même si cette volonté était présente, encore faudrait-il que le peuple soit convaincu que ses dirigeants sont fermement décidés à aboutir, et pour cela quelques mesures symboliques seraient nécessaires, sinon indispensables. On dirait à ce peuple, pour qu’il comprenne bien l’état calamiteux des finances publiques (c’est à dire les siennes, et celles de ses enfants) : « Il n’y a plus d’argent dans la caisse, nous sommes contraints de couper dans les dépenses improductives, jusqu’à ce que les voies d’eau soient bouchées. Nous ne fêterons plus le 14 juillet, toutes les dépenses somptuaires de l’Etat, et des collectivités locales seront réduites de 30%, nous allons vendre les biens nationaux qui ne sont pas strictement nécessaires au fonctionnement de la machine ; après le coup de plumeau qui a supprimé quelques dizaines de comités inutiles, nous allons donner un vrai coup de balai : ainsi les fonctionnaires qui sommeillent dans ces organismes pourront se consacrer à des tâches réellement utiles à la Nation. Bref, nous allons – enfin – faire vigoureusement ce que tout particulier ou toute entreprise au bord de la faillite doit et sait faire »
Dès que l’on se sera installé sur cette ligne de pensée, les opportunités de couper dans les dépenses tomberont comme la pluie à Gravelotte :
La recherche publique : nous considérons que nous n’avons plus les moyens de financer des expéditions pour investiguer les mœurs des antiques peuplades, les langages déchus, ou les accouplements des papillons tropicaux.
Les îles et autres territoires : elles sont plus de 10.000, réparties en différents groupes : la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Polynésie, la Calédonie, Mayotte, les Kerguelen, les îles Crozet, Wallis et Futuna, Saint-Paul, la Nouvelle Amsterdam, Saint Pierre et Miquelon, la Terre Adélie et … la Corse. Toutes émargent au budget de l’Etat, mais n’ont plus l’importance stratégique d’antan, grâce à l’arme nucléaire sous-marine, et nous arracheront de toute façon un jour ou l’autre, dans la douleur, leur indépendance que nous serions bien avisées, pour une fois, de leur offrir, comme l’ont fait avant nous la plus part des anciennes puissances coloniales.
Ainsi, entraînés dans ce cercle vertueux, nous réduirons la dépense dans un premier temps, puis apurerons la dette, puis diminuerons les impôts, rendant par-là le pays plus compétitif et plus attractif. Nous deviendrons une grosse Suisse, raisonnable. Chiche ?
(Janvier 2005)
L’AFFAIRE
Like all countries, Egypt has rich and poor,
the rich is Muhammad,
and the poor every one else.
Lord Palmerston
If a man learns the Law,
without intending to fulfil that Law,
it were better for him he had never been born.
Rabbi Hiyya
The licentiousness of the soldier is supposed to be approved
by the officer, when it is not corrected.
D. Defoe
Non, il ne sera pas question ici ni de l’Affaire Juppé, ni de l’Affaire Mazarine, ni de l’Affaire Elf, ni de l’Affaire Bérégovoy, ni des diamants de Bokassa, ni de l’Affaire Stavisky, ni de L’Affaire Dreyfus non plus que de celle du Canal de Panama, ni de celle du Collier, ni … ni de rien d’autre que de l’affaire Gaymard.
En effet, au-delà de l’anecdote tragi-comique du ministre, ce sont des thèmes plus graves que nous souhaitons aborder.
Mais tout d’abord l’anecdote : un ministre des finances ne pouvait pas s’installer dans un des deux logements de fonction du Palais Bercy, ceux-ci étant déjà occupés par deux des quatre ministres qui composent cette équipe, et doit donc se loger ‘en ville’ ; il a huit enfants et doit donc trouver un espace suffisant. Il loue donc, aux frais de l’Etat deux appartements de 300 m2 chacun qu’il fait relier, aux frais de l’Etat, par un escalier intérieur (c’est plus pratique) et qu’il fait ensuite, aux frais de l’Etat, modifier : il n’a quand même pas besoin de deux cuisines, l’une d’elles sera donc convertie en salle de gymnastique (ça, c’est pratique). Tout cela, non pas dans un quartier populaire (où l’on risque de rencontrer des citoyens, c’est embêtant), mais rue Jean Goujon, car c’est tout près de son bureau ( !?)
Voilà ! Il n’y avait pas de règle. Maintenant il y en a une.
De demi-mensonges en déclarations maladroites, voici notre ministre au bord de l’abîme.
Conclusion : l’absence de règles ne devrait pas proscrire le bon sens, et pour un ministre chargé de prêcher l’orthodoxie financière au citoyen-contribuable, quel manque de perception du sentiment populaire ! M. Gaymard n’est pas un bandit, c’est un maladroit.
Mais, mais surtout, quand notre classe polotico-administrative apprendra-t-elle à ne pas se servir de la caisse commune comme de sa propre bourse ? Quand l’Etat, et ses domestiques (car en effet, ministre signifie serviteur et plus spécialement celui devant passer les plats à table) apprendront-ils enfin l’économie (avec un petit e), et cesseront-ils de dilapider les fonds publics ?
Comment peut-on espérer inciter tout un peuple à faire les efforts nécessaires, indispensables, au redressement d’une situation calamiteuse quand les exemples sont si dévastateurs ?
Droite, Gauche et Centre confondus nous font la déplorable démonstration d’une gabegie généralisée. A tous les étages, de nos plus grands élus au modeste fonctionnaire municipal, aux Associations caritatives : abus de biens sociaux, détournements de fonds, enrichissements personnels, emplois fictifs. Dès que l’argent public circule, le risque de corruption existe ; et comme en France, 50% du PIB transite par l’Etat, ce ne sont pas les occasions qui manquent.
Aussi ne faut-il pas s’étonner si la France se retrouve au 21ème rang mondial de la corruption, derrière le Chili, mais, consolons-nous, mieux placée que le Botswana et le Costa- Rica. Certains pays portent au pouvoir des hommes très riches, partant du principe que même s’ils ont volé auparavant, ils seront moins tentés de se servir de leur position pour continuer à s’enrichir. A l’époque contemporaine, je ne vois guère que le Général de Gaulle dont on puisse dire avec plus que de la vraisemblance qu’il n’a pas détourné un seul centime.
Quel remède existe-t-il pour mettre fin à ce lamentable cambriolage généralisé ? Peut-être faudrait-il mieux payer les domestiques de l’Etat, et supprimer tous les avantages annexes, objets de tous les tours de passe-passe imaginables ? Faudrait-il que les condamnations pour abus de biens publics entraînent une inéligibilité définitive et un renvoi de la fonction publique ? Car il ne faut pas s’y méprendre : toutes ces économies de bouts de chandelles auraient tôt fait de remettre les finances publiques d’aplomb, et bien vite le budget serait en excédent. Vous avez oublié ce que cela veut dire ? C’est sûr, il y a si longtemps que ce n’est pas arrivé : dépenser moins que l’on ne gagne !
(février 2005)
Le temps de la déclaration…
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Avec vos feuilles de déclaration de revenus, vous avez reçu une lettre. Il s’agit bien évidemment d’une erreur : un chef de cabinet somnolant et distrait a recopié une missive écrite par le Ministre d’un autre pays à d’autres contribuables. Vous trouverez ci-dessous le texte qui vous est destiné :
REPUBLIQUE DU BANANA
Incurie, Incompétence, Impunité
Dépensez facilement vos revenus en ligne :
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Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Un petit encouragement sera, le pensons-nous, bienvenu au moment où vous vous apprêtez à abandonner à vos congénères la moitié du fruit de votre travail.
Avec l’impôt sur le revenu, que seule une infime partie d’entre vous règlera, nous favoriserons l’assistanat généralisé, la croissance de la Fonction Publique, et le maintien des situations acquises.
Parce qu’on sait bien que ça vous fait mal, nous voulons que 2005 soit l’année des gogos. Nous prenons devant vous l’engagement que chaque milliard d’euros dépensé, le soit de la façon la plus futile et la plus improductive , en hypothéquant au maximum les chances de redressement de notre pays, et en bouchant au mieux l’avenir de vos enfants.
Tout le Gouvernement est mobilisé autour d’un seul objectif : que cet effort colossal soit pratiquement consenti en pure perte, sauf la partie nécessaire au maintien du train de vie somptuaire de l’Etat et de ses serviteurs.
En tant que cons, tributaires, vous n’avez aucun droit, et on n’est pas prêts à vous rendre des comptes. En complexifiant sans cesse la réglementation fiscale, en changeant en permanence les règles du jeu, on espère bien que vous vous y retrouverez de moins en moins.
Nous nous engageons d’autre part, fermement, à ignorer totalement et définitivement les remarques absurdes que la Cour des Comptes s’évertue à répéter, d’année en année, depuis plus d’un siècle.
Comptez sur nous !
Félicien Ubu
Ministre de la Patafinance (1)
(1) la patafinance est à la finance ce que la pataphysique est à la physique
Besoin d’affection ?
X – ça va ?
Y – oui, très bien. Depuis que j’ai un chien ! Le soir, quand je rentre à la maison, il est là pour m’accueillir. Une petite promenade, puis on dîne tous les deux, moi mon assiette, lui sa gamelle. Après le dîner, on regarde ensemble la télévision. Cette présence affectueuse et confiante comble tous mes besoins.
X – tu ne crois pas que tu devrais penser à te marier ?
Y – ah, non ! Une femme, dans un appartement, à Paris ! Tu n’y penses pas !
HOMMES, FEMMES
MODE D’EMPLOI
D’après une conférence de Paul Dewandre, février 2003
Les hommes et les femmes sont différents ; et pour ce qui est des comportements, on a pu relever des traits de caractère qui sont « plutôt masculins » ou « plutôt féminins ».
La question n’est pas de savoir ce qui est mieux, ou moins bien, mais de comprendre ce qui est, afin de faciliter les relations au travail ou…à domicile.
Il faut aussi remarquer que les hommes peuvent développer, en permanence, ou dans certaines circonstances, des traits relevant plutôt des comportements féminins, et inversement.
En particulier, dans le monde de l’Entreprise, généralement imprégné de valeurs masculines, les femmes auront tendance à mettre en avant, ou à développer certains comportements masculins.
Les dichotomies suivantes permettent d’illustrer ce qui précède :
TRAITS MASCULINS TRAITS FEMININS
Agir, faire être, ressentir
Les faits les sentiments
La compétence l’émotion
Résoudre seul ses problèmes en parler
Individu groupe
Compétition relation
Satisfaire ses besoins satisfaire ceux des autres
Vision ‘’en tunnel’’ vision grand angle
(profond, étroit)
une chose à la fois plusieurs
pas de changement du changement
Si vous observez les comportements autour de vous, vous vérifierez facilement la pertinence des descriptions proposées.
Il en découle des besoins émotionnels différents :
HOMMES FEMMES
La confiance les attentions
L’acceptation la compréhension
L’appréciation le respect
On a pu assimiler les besoins d’un fournisseur ou d’un patron à ceux de l’homme, ceux d’un client ou d’un employé à ceux de la femme.
La question de savoir si ces écarts sont innés, et fruit des différences biologiques, ou acquises, résultat du milieu environnant, déterminera l’évolution des différences liées au sexe.
Dans le premier cas les différences subsisteront, dans le deuxième, elles finiront par s’estomper
(avril 2003)
Algarade
Récemment, au Salon de l’Agriculture, le Président Nicolas Sarkozy rétorque : « Casse-toi, pauvre con » à un quidam qui refusait de lui serrer la main, de peur de se salir.
Il parait que nous en avions soupé de ces représentants de l’Enarchie, qui parlaient un langage obscur, dont on ne savait pas, après un long discours emberlificoté (thèse, antithèse, synthèse), si c’était du lard ou du cochon. De quoi nous plaignons-nous ? Voici un personnage de l’Etat – et grands Dieux, lequel ! – qui s’exprime comme tout le monde (enfin … presque), et dont le langage peut être compris de Brest à Strassburg (en passant par Bobigny) et de Dunkerque à Mentone (en passant par Vaulx-en-Velin). Nous les voulions plus près du peuple ? Miracle ! Ils sont en plein dedans. Seule une minorité de Citoyens, attardés, devront prendre quelques cours de jargon pour interpréter le verbe présidentiel.
Ça, c’est bien vrai !
Je ne résiste pas à la tentation de transcrire ici le commentaire qu’a bien voulu m’adresser René V. suite aux Brevia de février 2008 :
Il paraît que ce sont maintenant les inspecteurs du permis de conduire qui se mettent en grève et, naturellement, obtiennent ce qu'ils souhaitent. Mais pourquoi conserver ce permis dont, parai-t-il, 2 ou 3 millions de français se passent déjà. Il me semble que certains pays étrangers s'en passent depuis longtemps. Les économies seraient certaines même en imaginant devoir augmenter les contrôles et la sévérité des peines en cas de non respect des règles de circulation.
Quant au fameux pouvoir d'achat en baisse il s'améliorerait sûrement si les français acceptaient de freiner leur course à l'obésité et diminuaient de 10% leurs achats de nourriture.
Tout le monde se porterait mieux.....
§
La vie trépidante de la Capitale allemande me laissant moins de loisirs pour l’écriture que ma retraite avesnoise, je me suis laissé aller à « bourrer » le présent Brevia de quelques textes épars et que je n’avais pas encore publiés dans cette Tribune. J’espère que mes lecteurs me pardonneront cette preuve manifeste de ma paresse, et voudront bien considérer que j’ai peut-être plus utilement employé un temps ainsi dérobé à l’éternité ?
§
(Numéro 36, Avril)
Les Allemands ont tendance à tout prendre au sérieux, et particulièrement la musique. Ils aiment celle-ci avec une tristesse obstinée, et écoutent le moindre violon avec un recueillement compassé. Ils la consomment comme une hostie, alors que les Italiens la dégustent en riant, comme on boit un bon vin.
§
Nizza revisited
(Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Nice)
Cela faisait quelques années que nous n’étions pas revenus à Nice ; nous y vînmes passer une dizaine de jours en mars 2008. Et nous y fîmes des constatations qui nous frappèrent d’autant plus que le temps qui nous séparait de notre précédente visite avait été long. Certaines, positives, sont à mettre au crédit du Maire qui vient pourtant d’être éjecté lors des récentes élections municipales.
Tout d’abord un vaste programme de ravalement qui a redonné à la ville un air de jouvence et de salubrité. Rares sont maintenant les immeubles qui présentent au passant une façade lépreuse et dégradée.
La place Masséna, dont les beaux immeubles à galeries, d’inspiration italienne, a été rendue à sa vocation primitive : elle est redevenue piétonne, superbement pavée de pierre sombre contrastant harmonieusement avec le rouge délavé romain des façades, et n’est plus traversée que par le nouveau tramcar qui la franchit sans caténaire.
Plus belle encore sera la Place Garibaldi, turinoise à souhait ; mais on murmure que la nouvelle municipalité en modifiera le dessin et bouleversera les travaux en cours. Enfin, le Musée Masséna (encore lui, quand on a un homme célèbre, il faut en tirer le maximum), après une longue réhabilitation, est à nouveau ouvert au public, et ses jardins ont retrouvé leur configuration originelle.
Malheureusement, à coté de ces incontestables efforts, les traits si particuliers du caractère méridional poursuivent leurs ravages : les stationnements en double file restent la règle la plus scrupuleusement respectée, les pistes cyclables sont abandonnées à leur solitude par les vélocipédistes qui leur préfèrent systématiquement les trottoirs, et les grèves de la SNCF sont plus fréquentes ici que dans le reste du territoire.
La Mairie devrait également revoir son système des ordures : les poubelles sont une invention qui ne semble pas encore avoir atteint la région (sans parler du tri sélectif !), et des sacs éventrés, des amas douteux encombrent les trottoirs dès le début de la soirée. Elle pourrait aussi prendre en compte les changements qui se sont produits à l’Est du continent, et rebaptiser la rue Stalingrad d’un nom moins offensant.
Quant à la chasse aux contrefaçons, cela semble être le tout dernier des soucis des édiles et de la police locale. Dès que tombe la nuit, la rue de France, dans sa section piétonnière, est tapissée de marchandises illicites, contrefaites et illégalement vendues. Une escouade de police aurait vite fait d’y remédier. La police touche-t-elle un pourcentage sur le produit des ventes ?
Enfin, dernier scandale : l’abondance envahissante des déjections canines sur trottoirs. Gare à vous si un instant vous levez les yeux : ça y est ! Vous avez mis le pied dedans. Et pourtant la solution est simple, simplissime. Et gratuite pour le contribuable, sinon pour le contrevenant : il suffit de créer un corps d’agents assermentés qui seraient rétribués en gardant pour eux-mêmes l’intégralité du produit des amendes (50 € par crotte non ramassée ?). Je vous garantis des trottoirs impeccables au bout e la quinzaine. Alors, les agents se retrouveront rapidement au chômage ? N’ayez crainte, les manquements aux disciplines élémentaires sont si nombreux qu’en les affectant à la répression d’autres infractions, on peut leur assurer un travail jusqu’à … la retraite, même si celle-ci devait être repoussée jusqu’à 70 ans !
Le laisser-aller, la négligence, le je-m’en-foutisme gagne même des organisations réputées sérieuses : Easy-Jet, connue dans tous les pays, pour l’application britannique stricte des ses procédures, fait preuve, à Nice, d’une nonchalance africaine.
§
L’exactitude est la première des politesses
Mardi, 1er avril 2008, Auditorium de l’Ambassade de France à Berlin. On y projette un film français. Les spectateurs ont été priés de prendre place dans la salle un quart d’heure avant le début de la projection, soit à 19h45.
20 heures : une soixantaine de personnes sont assises dans l’auditorium. 20h05 : rien. 20h10 : un jeune fonctionnaire (ou un stagiaire ?) arrive, prend le microphone pour lire les quelques lignes qui figuraient sur le Programme. C’est lui qu’on attendait pour commencer la séance !
Son retard n’était pas, comme il semblait le croire de 10 minutes, mais de 10 minutes multipliées par 60 personnes. C’est en effet 600 minutes qu’il a fait perdre à l’assistance. Cette façon de calculer les retards (retard multiplié par le nombre de gens que l’on fait attendre) est la seule qui rende vraiment compte de notre respect pour autrui ou de la désinvolture avec laquelle nous traitons les autres.
Parmi les spectateurs, quelques Français, mais beaucoup d’Allemands. Quelle plus éclatante façon d’étaler notre traditionnelle légèreté et notre amateurisme impénitent ? Ou bien, direz-vous que c’est justement ces relents d’une latinité indécrottable qu’étaient venus humer les participants non-français à cette soirée ?
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DE LEGIBUS AGITUR
Craignant que nos législateurs, dans une précipitation condamnable, n’aillent pas suffisamment dans des détails absolument nécessaires, nous soumettons ci-dessous une Proposition de Loi pour régler définitivement le flux verbal de nos Concitoyens dans leurs moments bien inexcusables d’énervement.
PROPOSITION DE LOI
Article 1er
Aucun propos péjoratif ne sera toléré vis à vis des Fonctionnaires, des Unijambistes et des Immigrés des Iles Fidji.
Article 2
Tout commentaire présentant le moindre caractère négatif à l’égard d’une personne âgée, d’un crypto-communiste ou d’un Pharmacien diplômé ne sera pas toléré.
Article 3
Toute insulte vis à vis d’un homosexuel, d’un Abonné au Gaz, même exprimée en langue étrangère, sauf le serbo-croate pour les ressortissants des Départements ayant un numéro impair (remarque étant faite que des Etrangers résidant en France mais ne pratiquant pas la langue de Molière pourront librement s’exprimer dans leur propre langue si un Traducteur juré n’a pas été convoqué en temps et en heure), sera sévèrement réprimée.
Article 4
Toute injure à l’égard d’un(e) hétérosexuel (le), d’une personne de couleur (quelle que soit la couleur, noir, rouge, jaune, blanc et toutes les nuances intermédiaires) tombera sous le coup de la présente Loi, dont les Décrets d’Application (à paraître avant mars 2049) préciseront les peines encourues.
Article 5
Toute parole (nom, adjectif, verbe, adverbe, interjection, onomatopée …) auquel son locuteur apporterait une connotation négative, tombera également sous le coup des Articles 1 à 4 ci-dessus.
Article 6
Les regards portés sur autrui seront considérés comme les paroles dont question à l’Article 5. Il en sera de même des non-regards, si le fait de ne pas regarder quelqu’un peut être considéré comme une manifestation d’hostilité.
Article 7
Seuls seront tolérés les injures, regards, paroles et non-regards au sein des Assemblées Nationales, Régionales, Cantonales et Municipales, sans lesquelles aucune vie politique ne serait plus possible.
Article 8
Toute opinion, exprimée verbalement, par écrit et même non exprimée du tout sera passible des foudres de la Loi
Article 9
Tous les Livres, journaux, brochures, disques durs et mous, détenus par l’Administration, et ceux détenus par les particuliers qui devront venir les déposer ( il ne sera pas émis de reçu ) aux endroits qui seront précisés par Décret, seront expurgés en tenant compte des Articles 1 à 8 ci-dessus. Les manuels scolaires devront dès la rentrée prochaine être mis en conformité avec les modifications apportées par la présente Loi, tant pour la littérature française qu’étrangère.
Article 10 et dernier
Afin de faciliter la tâche des Tribunaux, il sera demandé à l’Académie Française de revoir de fond en comble le Dictionnaire, sur la base d’un principe simple : chaque mot devra changer de sens : ainsi, Asticot deviendra Philosophie, Couillonnade deviendra Assiette à soupe, et ainsi de suite.
Seules les nouvelles définitions seront légales, tant pour les paroles, les écrits, les pensées conscientes et inconscientes.
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Nous avons soumis cette Proposition à un grand nombre de nos correspondants habituels qui n’ont pas tardé à nous manifester les opinions les plus favorables à son sujet.
Cependant, pour être conformes à l’Esprit de Vérité qui nous anime, et pour montrer à nos heureux concitoyens combien certains peuvent être habités de pensées malsaines et contraires au Bien Public (nous pouvons encore nous permettre de l’écrire, notre Proposition de Loi n’ayant pas encore été votée par le Parlement), nous publions ci-dessous la lettre que nous a adressée un fâcheux du plus mauvais aloi :
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Monsieur,
C’est avec une profonde tristesse que j’ai pris connaissance de votre Proposition de Loi. L’esprit humain en général, et celui du Législateur en particulier est-il tombé si bas ?
Que vous cherchiez à éviter que nos congénères ne s’abreuvent d’injures, ou ne se décochent de temps à autre quelque nom d’oiseau, je puis le comprendre, encore que je puisse aussi y voir un soulagement bien bénin auquel ils ont tous successivement recours pour égayer la difficulté des temps.
Mais enfin à quoi bon toutes ces distinctions ? C’est comme pour juger de l’odiosité d’un meurtre : est-il plus grave de tuer un adulte, un vieillard, un policier ou un contrôleur des chemins de fer ? Est-il plus répréhensible de traiter d’imbécile un percepteur, une femme ou un bouddhiste argentin ?
Ne sentez-vous point que là où la Règle prospère, le Sens défaille ?
Toutes ces catégories, et sous-catégories qui sans fin s’entremêlent font de notre corpus législatif un bric à brac infernal où ni les victimes ni les Juges ne se retrouvent.
Que la Loi se borne à établir simplement quelques grands principes, et laissez faire les Juges devant qui, de toute façon, viendra l’infraction. Laissez-les, en équité, décider de savoir s’il est plus grave, et quelle peine mérite, par exemple : le fait pour une femme androphobe de lancer à un automobiliste peu courtois l’insulte : « homme ! », ou le fait pour un homme pressé d’interjecter : « pétasse ! » à une femme qui obstrue depuis quinze minutes la caisse d’un supermarché en échangeant des recettes de cuisine avec la caissière.
Vous décarochez bien fort. Les rayons de la Bibliothèque Nationale seront vides, après votre purge, car ni Racine ni la Comtesse de Ségur n’y résisteront.
Mais la rage m’étreint, et votre absurdité me submerge. Laissez-moi donc, en guise d’adieu, et tant que je le puis encore, vous adresser cette double injure : pauvre fou !
(12/7/2004)
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La traversée de Paris
De notre Correspondant particulier à Paris, le 7 avril 2008
La Flamme olympique est arrivée aujourd’hui à Paris. Pour éviter les évènements fâcheux qui s’étaient produits à Londres auparavant, le Gouvernement français avait pris quelques mesures qui se sont révélées fort efficaces.
La Flamme a atterri à l’aéroport militaire de Villacoublay, aux abords duquel avaient été déployés deux régiments de parachutistes et un détachement du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale).
Le symbole olympique, transféré à bord d’une automitrailleuse, escorté de dix chars de combat, armés et prêts à ouvrir le feu à la moindre alerte, a emprunté l’autoroute (dont l’accès avait été interdit dès la veille à toute circulation), et a descendu les Champs-Élysées en toute sérénité. Seuls les réverbères, postés selon leur ancestrale coutume au long des trottoirs, ont pu bénéficier de cet exaltant spectacle, car un couvre-feu avait été décrété depuis vingt-quatre heures, et personne n’était autorisé à quitter son domicile pendant toute cette journée du 7 avril ; les SDF, qui auraient pu poser un problème, puisque, par définition, ils n’ont pas de domicile, avaient été regroupés deux jours à l’avance, et parqués dans les sous-sols de différents ministères.
Arrivé à la Concorde sans aucun incident, le convoi a fait le tour de la Place, et regagné l’aéroport militaire dans les mêmes conditions.
Les Autorités chinoises ont fait part de leur satisfaction au Gouvernement français, et se sont félicitées d’un passage de la Flamme dans une grande ville européenne qui n’a été émaillé par aucune démonstration hostile au régime de Pékin.
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O tempora, o mores !
Vous souvenez-vous de ce temps, si proche et si lointain, où, lorsque nous voyagions en métro ou en autobus, nos parents nous disaient, dès que nous étions assez grands pour nous tenir sur nos jambes : « Gaétan, laisse ta place à la dame ! ».
L’habitude se prenait, et nous laissions nos places assises aux femmes (quel que soit leur âge), et aux personnes âgées (quel que soit leur sexe).
Il en va bien autrement à cette heure, et il ne viendrait pas à l’idée de nos jeunes en casquette ou à capuche, affalés sur les banquettes et mettant les pieds sur celle d’en face, d’offrir leur place à qui que ce soit.
Il n’est pas à exclure que l’on en vienne à recommander, puis à obliger les gens d’un certain âge à céder leur place à tout individu de moins de vingt-cinq ans. Si les places assises venaient à manquer (par exemple à l’heure des sorties de classes), il faudra se résoudre à demander aux handicapés de se lever pour faire place à cette belle jeunesse, qui est, comme chacun sait, à la fois notre fierté, notre espoir et notre avenir.
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Papa, j’ai faim !
Comme au bon vieux temps, la Famine menacerait à nouveau des peuples entiers. L’équilibre entre l’offre et les besoins ne serait plus assuré.
Laissons un instant de côté la question de l’offre, qui soulève les questions de l’étendue des surfaces cultivables, et de l’affectation de ces mêmes surfaces aux besoins alimentaires ou énergétiques, des rendements (OGM, irrigation, professionnalisme des exploitants), et penchons-nous sur celle des besoins, c'est-à-dire sur le nombre de bouches à remplir.
Un récent reportage, sur la chaîne de télévision France 3, présentait aux téléspectateurs un fier Sénégalais, époux de quatre femmes, et père de vingt-quatre enfants. Il avait, disait-il, du mal à nourrir sa famille.
La plus élémentaire des réflexions n’est-elle pas de se dire qu’on ne procrée qu’autant d’enfants que ce que l’on est capable de nourrir, sans même parler d’éducation ?
Si la Chine a fait disparaître les famines, c’est bien sûr pour avoir amélioré sa production agricole, mais c’est sans doute aussi pour avoir freiné l’explosion de sa démographie.
Me dira-t-on que mon pauvre Sénégalais n’y voit point malice, que ses traditions, sa religion, l’incitent à se reproduire de façon irresponsable. Je l’admets. Mais alors qu’il nous soit au moins permis, sans soulever des raz-de-marée d’indignations vertueuses, de l’éduquer, de lui montrer les conséquences des ses copulations effrénées. Et s’il refuse cet enseignement, soit, mais qu’il assume alors pleinement les suites de ses comportements.
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Le poète est mort
Un poète est mort. Il était martiniquais, et a laissé quelques textes qui ne manquent ni d’intérêt ni de beauté (1). Et voila qu’on lui décrète des Funérailles Nationales !
Si nous nos souvenons que les seuls écrivains auxquels ont été accordés cette distinction posthume furent : Victor Hugo, Paul Valéry et Sidonie Gabrielle Colette, la perplexité nous étreint. Avec un demi-siècle de recul, il est évident que Colette ne méritait pas ces honneurs. Seule l’émotion mal contrôlée du moment a pu conduire à cette aberration. Les obsèques nationales d’Aimé Césaire soulèveront dans un siècle autant de stupeur que celles de Mme Colette.
On ne pourra y déceler qu’un effet malencontreux de cette « discrimination positive » dont le principe est d’accorder à certains des avantages immérités, sur la seule base d’une distinction raciale.
(1) Aimé Césaire (1913-2008). Membre du Parti Communiste français de 1945 à 1956. Inventeur du concept de « Négritude » : vision raciale et partisane du monde.
(Numéro 37, Mai)
L’Etat commence – enfin ! – à se réformer. Mais avec une telle lenteur et une telle frilosité qu’il y a fort à parier que le malade sera mort avant d’être guéri.
Alors, plutôt que de tâtonner, entre réformes abandonnées, avortées ou menées à demi, pourquoi ne pas demander le rattachement de la France à un des pays qui ont déjà effectué les changements que nous avons tant de mal à initier ? Pourquoi ne pas devenir la septième région finlandaise ? Nous bénéficierions d’emblée de toutes les dispositions dont on nous vante tous les jours les bénéfices : meilleur système éducatif, excellente protection sociale, chômage inexistant, comptes publics équilibrés.
Ou bien, si cela nous paraît quand même par trop « froid », nous pourrions suggérer notre rattachement au Royaume Uni. Cela avait été envisagé à la veille de la seconde Guerre Mondiale, et, à la fin du XIXme siècle, J.K. Huysmans avait déjà regretté les malencontreuses prouesses de Jeanne d’Arc qui avaient mis un terme à la constitution d’un royaume anglo-français qui eut été la puissance dominante en Europe, et qui eut évité les deux cents ans (1688-1815) de guerres qui ont ruiné notre pays.
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Faire et défaire, dit la sagesse populaire, c’est toujours travailler. Nos députés le savent bien qui sont sans cesse obligés de rebricoler ou d’annuler des lois ineptes, votés par des représentants ignorants des mécanismes les plus élémentaires de l’économie.
Deux exemples : La loi Galand (1996) qui prétendait s’immiscer dans le calcul des prix de vente des grandes surfaces, et qui a conduit à une dégradation du pouvoir d’achat. La loi Delalande (1987), qui sous prétexte de protéger les « seniors » a eu pour conséquence leur éviction du marché du travail.
Quand comprendrons-nous qu’à vouloir encadrer – pour ne pas dire entraver – les libres jeux du marché, on en arrive toujours à des maux pires que ceux que l’on voulait éviter ?
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J’ai oublié qui a dit du Rapport Attali qu’il contenait des choses neuves et intéressantes, mais que, malheureusement ce qui est intéressant n’est pas neuf, et que ce qui est neuf n’est pas intéressant.
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Où se situe la limite entre le sport et la haute technologie ? La question s’est récemment reposée quand notre nageuse fétiche (Laure Manaudou) a mis en cause son maillot de bain pour expliquer des résultats décevants. La France entière en fut émue. Si l’on considère que les compétitions sportives sont davantage destinées à mesurer les performances des athlètes que celles de leur équipement, pourquoi ne pas faire nager les nageurs – et les nageuses – tous nus ? On évacuerait ainsi l’ambiguïté des équipements, et l’on pourrait apprécier la qualité intrinsèque des compétiteurs.
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Un an, déjà !
Voici un an que M. Sarkozy est à la manœuvre, et nous pouvons déjà faire un bilan – partiel – de son activité (pour ne pas dire de son activisme) à la tête de l’Etat. Evacuons tout d’abord ce qui tient au style de la présidence. Le moins que l’on en puisse dire est qu’il y a un bien grand changement – une rupture ! – par rapport à celui de tous ses prédécesseurs. C’est moins compassé, plus populaire, mais finalement bien indifférent. Entre proximité et vulgarité, chacun fera son marché. Par contre, ni sa vie privée, ni ses histoires de cœur ne nous intéressent, aussi longtemps qu’elles n’embarrassent les affaires du pays. C’est le cas, passons.
Premier sujet sérieux : les réformes. Reconnaissons un mérite initial : avoir eu le courage de dire qu’elles étaient nécessaires, avoir eu le courage de les entamer et d’avoir abordé à des côtes réputées intouchables. Mais – est-ce parce que la politique n’est que l’art du possible ? – comme on pouvait le redouter (voir Brevia Novembre 2007), l’abcès n’est pas purgé : on s’est contenté d’en effleurer les contours.
Prenons l’exemple du Service minimum dans les services publics : dans les transports, c’est le flou (artistique ?) qui règne ; à l’éducation nationale, ce sont d’autres fonctionnaires qui seront en charge de pallier à la défaillance des enseignants. C’est ridicule : pourquoi ne pas demander aux cheminots de garder les enfants et aux professeurs, de conduire trains et métros ? Quant à la réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF, GDF), les contreparties souterraines concédées aux syndicats sont enveloppées dans un tel brouillard qu’on en vient à se demander si quelque chose a réellement changé. Les régimes spéciaux restent encore largement supérieurs au régime général des fonctionnaires, lui-même infiniment plus favorable que celui des salariés du secteur privé.
L’immigration, qui devait être maîtrisée et choisie, reste encombrée par la pratique du regroupement familial qui représente encore à ce jour 90% des entrées licites sur le territoire.
Enfin, on attend encore la réforme fiscale, mais entre-temps l’imagination débordante de nos élus et de nos fonctionnaires n’a pas été, elle, au chômage. Rien que depuis 2007, nous avons été dotés d’une taxe de solidarité sur les billets d’avion, d’une taxe sur le charbon, d’une taxe sur les poissons, les crustacés et les mollusques, d’une écopastille sur les véhicules polluants, d’une taxe exceptionnelle sur les compagnies pétrolières, d’une contribution exceptionnelle de régulation des entreprises de vente en gros de spécialités pharmaceutiques, d’une contribution sociale sur les stock options, d’une taxe sur les huiles et les lubrifiants à usage perdu. Pour l’avenir immédiat, on nous annonce la taxe sur les chaînes de TV privées, sur les opérateurs de télécommunication, sur les fabricants d’électronique, sur la publicité Internet, sans oublier l’inénarrable taxe sur les nuitées dans les 4 étoiles destinée à financer nos musées et bien sûr, pour couronner le tout, la fameuse taxe carbone. In fine, toutes ces taxes se retrouvent dans les prix pour diminuer d’autant le pouvoir d’achat des consommateurs. (1)
En effet, pour ce qui est du pouvoir d’achat, il ne peut être amélioré qu’en libérant les forces économiques, et en réduisant le train de vie de l’Etat. Créer de nouvelles aides, (aux pêcheurs, demain aux transporteurs routiers, aux taxis, aux ambulanciers …) ne fait que surcharger la barque, et enfoncer davantage encore le déficit et la dette.
Quant aux engagements de diminuer la dette et à celui de baisser le taux des prélèvements obligatoires, on en est loin. Il est vrai que c’étaient les moins crédibles, et ceux auxquels les Français étaient les plus indifférents.
En guise de conclusion – provisoire – force est de constater que le Pouvoir, que ses détracteurs qualifient de libéral, voire d’ultra-libéral, ne s’est pas départi des travers anciens du colbertisme e de l’interventionnisme. Il veut changer les choses, et il a raison. Mais il n’a pas compris que pour que les choses changent, encore faut-il qu’elles soient libres de changer, et que l’omniprésence de l’Etat n’est pas un garant du changement, vu qu’il éprouve tant de mal à se changer lui-même.
(1) Bulletin du GEFIP, mars 2008
(Numéro38, Juin)
On se plaint parfois de travailler trop. Mais un salarié qui vit jusqu’à 75 ans, qui consacre 41 ans à sa vie professionnelle à raison de 35 heures par semaine, qui bénéficie de 8 semaines de congés par an (RTT compris) n’aura travaillé que moins de 10% du temps qu’il aura passé sur cette terre. Est-ce trop pour subvenir à ses propres besoins, à ceux de sa famille et à ceux de la collectivité ?
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Quel meilleur moment, quand on est au plus bas dans les sondages, pour se lancer hardiment dans les réformes. On n’a plus rien à perdre.
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La contrepèterie à la mode en France entre 1940 et 1944 : les femmes garderont toujours leur cœur pour les vaincus.
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Quand la France est très ambitieuse, elle aspire à rejoindre la moyenne européenne : pour le déficit, le chômage, l’efficacité du système scolaire, les taux de prélèvements obligatoires. Il est vrai qu’à ce jour, elle est dans les derniers pour ce qui est bon, et dans les tous premiers pour ce qui est mauvais. Mais pourquoi la Grande Nation ne viserait-elle pas les meilleures places. Plus on se fixe un but élevé, plus on a de chances de terminer moins mal.
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Le prix du pétrole s’envole. Les pêcheurs ne s’en sortent plus. Qu’à cela ne tienne. Bien qu’ils ne comptent que pour 15% du poisson consommé en France, on va les subventionner. C’est ainsi le contribuable, même si de sa vie il ne consomme des produits de la mer, qui paiera. Il en ira de même pour le transport routier, les ambulances, les taxis …Quand tout un chacun paye pour tous les autres, où reste le bon sens ? Sauf à créer de l’occupation pour les armées de fonctionnaires employés à imaginer ces mécanismes complexes, à les faire tourner et à corriger leurs prévisibles dérives et autres contre-effets.
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En l’an de grâce 1987, devant envoyer nos filles, alors âgées de 18 et 17 ans, poursuivre leurs études dans la capitale, nous avions loué à cet effet un charmant petit appartement, 24 rue du Cherche-Midi. Redoutant tous les dangers qui pouvaient menacer – et distraire – deux jeunes filles esseulées au sein de la jungle parisienne, je m’avisai de rédiger, de leur soumettre, et de leur faire signer un code de (bonne) conduite, dont je me flattais qu’il leur épargnerait les déboires habituels à leur périlleuse situation.
Voici ce texte :
Préambule
L’installation au Cherche-Midi n’a pas d’autre but que de faciliter les études et l’obtention des diplômes visés ; la non-réussite dans celles-ci – en particulier pour cause de travail insuffisant – peut remettre en cause le présent arrangement.
Titre 1 : De l’appartement
· L’appartement est celui des parents. Ils peuvent donc s’y rendre ou y résider quand bon leur semble.
· Le plus grand soin sera apporté à ne pas dégrader les lieux. Le coût des dégradations qui seraient le fait de la négligence ou de l’inattention sera prélevé sur les allocations mensuelles dont question plus bas.
· Personne ne sera reçu pour dormir dans l’appartement sans l’accord express des parents.
· Les éventuels visiteurs mâles quitteront les lieux au plus tard à 20 heures, sauf en cas de dîner en groupe (minimum 4 personnes).
· Les parents devront être prévenus – et donner leur accord – en cas de découchage éventuel.
· L’heure de rentrée du soir n’est pas fixée. Mais les excès ne seront pas tolérés. D’autant plus que pour la première année, il a été convenu qu’Ursula assurera une présence régulière auprès de sa sœur dans l’appartement.
Titre 2 : De l’allocation mensuelle
· Une somme de …F est versée mensuellement à chacune des filles. Elle correspond aux dépenses engagées pour :
· La nourriture
· L’habillement
· Les produits de toilette
· Les produits d’entretien
· Les transports à Paris
· Les fournitures scolaires
· L’argent de poche
· Le téléphone
Cette liste n’est pas limitative.de fait, les parents ne payeront QUE le loyer, les charges d’immeuble et les taxes, l’eau et l’électricité. Toutes les autres dépenses sont comprises dans l’allocation.
· Les sommes complémentaires qui pourraient être rendues nécessaires pour faire face à des dépenses non absolument indispensables (vacances, investissements, argent de poche supplémentaire) seront procurées par des travaux rémunérés accomplis pendant les vacances ou en dehors du temps d’étude. Le travail envisagé devra recevoir l’approbation des parents.
· L’allocation mensuelle pourra être révisée. Dans ce cas, un détail des dépenses de deux mois représentatifs devra être fourni à l’appui de la demande.
· Elle peut également être diminuée ou supprimée en cas de désaccord sur des points importants.
Conclusion
D’une façon générale, il est rappelé qu’il n’y a de véritable indépendance qu’économique. L’apprentissage de celle-ci doit se faire progressivement, et en acceptant les contraintes qui sont liées aux avantages que procure un certain degré de liberté.
Enfin, aussi longtemps que les parents sont sollicités pour accomplir leur devoir nourricier, les agissements des enfants ne peuvent se faire qu’en accord avec eux, et en tenant compte des aspirations de chacun.
Lu et approuvé
(signé) (signé)
Eva Aureau Ursula Aureau
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L’affaire de Lille
Un Français musulman obtient la nullité de son mariage parce que sa future femme l’avait assuré qu’elle étai vierge, ne l’étant point. Le tribunal prononce la nullité du mariage, estimant qu’il y avait eu tromperie sur une qualité qui, pour le demandeur, était essentielle.
Jusque là, et dans l’état actuel de la législation (code civil), tout va bien. La loi a été appliquée.
Mais si le plaignant avait été un Français de souche, non musulman, et avait demandé, se fondant sur les mêmes motifs, l’annulation de son mariage, le Tribunal aurait-il accédé à sa requête ?
Si la réponse est oui, tout va toujours bien. Mais si la réponse est non, alors, rien ne va plus ! Car cela indiquerait que le Tribunal considère qu’il y a un arrière-plan différent, et que compte tenu de l’importance accordée à la virginité de l’épouse dans deux systèmes de valeurs dissemblables, il y a lieu de rendre deux jugements opposés, ouvrant ainsi la porte à l’intrusion de conceptions morales et religieuses dans l’interprétation de la Loi, au grand mépris du principe que celle-ci doit être égale pour tous les citoyens.
Et puis, pour faire bonne mesure, voici la polémique autour de l’ouverture d’une piscine municipale, réservée à certaines heures aux femmes. Rien ne serait choquant si cette mesure correspondait à des soucis sécuritaires ou hygiéniques.
Mais il n’en est rien, et il transparait clairement qu’il s’agit d’une disposition prise pour respecter des préoccupations liées aux coutumes musulmanes. Grande doit être notre vigilance, pour qu’à petits pas sournois, ne s’installe dans notre pays – avec la complicité des autorités – une reconnaissance de droits et de mœurs qui n’ont rien à voir avec les fondements de notre civilisation.
Que ceux qui veulent s’y soumettre aillent les pratiquer dans les pays d’où ces lois et ces mœurs sont originaires.
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Rien ne corrompt davantage que le pouvoir.
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Pourquoi tant de bruit et de clameurs autour de la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Bétancourt, et cet assourdissant silence autour de celle de l’otage franco-israélien Gilad Shalit ?
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Berlin, juin 2008
(Numéro 39, Juillet)
Vignettes berlinoises
L’automobiliste étranger, à Berlin, doit s’habituer à la présence souveraine des bicyclettes, qui jouissent, de fait, d’une sorte de priorité permanente et absolue. Gare en virant à droite : la chaussée que vous quittez est immanquablement doublée d’une piste cyclable, et le cycliste qui en déboule, dans le même sens que vous – et que vous ne pouvez pratiquement pas apercevoir – s’attend à ce que vous vous arrêtiez pour lui laisser le champ libre. Les piétons doivent faire preuve de la même prudence perpétuelle : vous descendez d’un autobus et vous êtes sur la piste à vélos. Ils ne ralentiront pas, et rouspètent bruyamment si vous empiétez sur leur domaine sacré. Ce qui ne les empêche pas de considérer les trottoirs réservés aux piétons comme une annexe de leur propre territoire.
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La France a été le royaume de la 2 CV dans les années 50 et 60. Mais aujourd’hui, le « canard » (die Ente) se survit à Berlin. On les découvre fréquemment, sobres dans leur peinture d’origine, hommage à la francophilie si répandue sur les bords de la Spree, ou bizarrement peinturlurées, relents des protestations altermondialistes et révolutionnaires de contestataires attardés.
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L’Allemagne est – encore – le pays de l’ordre. On y numérote les réverbères, les poteaux télégraphiques, les ponts, les arbres des jardins, et tout ce qui se prête à y apposer une étiquette. De même, dans les parcs, on trouve, clairement identifiés, les Liegewiesen. Ce sont les espaces où l’on peut s’étendre sur l’herbe. Je suis étonné que l’on n’ait pas encore officialisé, juste en face de la résidence du Président de la République (le Schloss Bellevue), la Barbecuewiese. C’est une vaste clairière dans le Tiergarten, que, dès que reviennent les beaux jours, toute la population turque de la capitale envahit, munie de barbecues qui bientôt enfument tous les environs. Quand vient le soir, dans le rougeoiement des braseros, cette foule grouillante rappelle les campements barbares d’un autre âge.
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En France, tout ce qui n’est pas interdit est permis. Ici, tout ce qui n’est pas permis est interdit.
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Au cœur du centre historique, les Berlinois veulent reconstruire le château des Hohenzollern qui avait été endommagé pendant la guerre et rasé en 1950 par le régime communiste, qui avait utilisé l’emplacement ainsi libéré pour édifier le Palais de la République (Palast der Republik) et une place de parade pour ces manifestations militaires ou de prestige dont les régimes totalitaires sont si friands. Le « Palais de la République » est en cours de démolition, et les esprits s’échauffent sur ce qu’il y aura lieu de faire de la vaste aire rendue disponible au « centre du centre ». Le projet de reconstruire le château, ou tout au moins les façades et la grande cour intérieure, semble pour l’instant tenir la corde, face à des suggestions plus futuristes, mais reste suspendu à la mise en place d’un financement privé. Les réticences les plus vives viennent des supporters de l’ancien régime communiste qui voient avec nostalgie éraser un des symboles de la RDA, et resurgir le symbole du pouvoir prussien et impérial. Quoi qu’il en soit, il faut reconstruire cet espace, donner un aboutissement à l’avenue Unter den Linden, et continuer de réhumaniser l’hypercentre qui ne pourrait s’accommoder d’un nouveau vide, juste à coté de celui qui existe déjà au pied de la tour de télévision (Fernsehturm), et qui est lui aussi un héritage des destructions de la guerre et du régime de table rase qui a sévi ensuite dans cette partie de la ville pendant presque un demi-siècle.
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Le nombre de Kinderspielplätze (aires de jeux pour enfants) à Berlin est surprenant. On en découvre dans –quasiment – chaque pâté de maisons. Ils sont souvent aménagés entre deux immeubles, là où une bombe a laissé un vide, qui pour des raisons qui m’échappent, n’a pas été réoccupé par une construction ; équipés avec une débauche de balançoires, agrès de toutes sortes, maisonnettes et toboggans, ils ne présentent qu’une seule incongruité : ils semblent être plus nombreux que les enfants susceptibles de venir s’y ébattre !
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Dans une rue voisine du château de Charlottenburg, la Gipsformerei (atelier de moulage) a survécu aux destructions alliées. De véritables artistes y coulent en plâtre ou en bronze des répliques de la statuaire antique et classique ; plus de 8000 moules y sont utilisés pour reproduire, à des échelles variées, les éléments du catalogue. On y apprend aussi que certaines pièces ne quittent JAMAIS leur musée d’origine, et qu’ainsi lorsqu’on voit à Paris ou à Londres la célèbre Néfertiti, prêtée par les musées berlinois, il ne s’agit, en fait, que d’une copie ! Le Louvre et le British Museum disposent également d’une institution semblable, mais c’est celle de Berlin dont la collection de moules serait la plus riche.
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Il est de notoriété publique que Berlin est plus « champêtre » que Paris. La meilleure preuve que l’on en puisse donner est que pour la saison 2007/2008, plus de 2000 sangliers y ont été abattus, dont 500 en zone proprement urbaine, pour contenir les hordes dans des limites raisonnables( ?).
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A deux pas de l’Opéra Comique (Komische Oper), dans la Behrenstrasse, se trouve un curieux magasin (Fundus) où l’on vend les décors et costumes de théâtre qui ne sont plus utilisés. Vous pouvez y faire l’acquisition d’un trône, d’une cariatide ou, beaucoup plus pratique, d’un … casque à pointe. Mais l’élégante bergère, style empire, où vous pourriez délicieusement vous allonger, « à la Récamier », est en … plastique dur. C’est le capharnaüm du faux dans toute sa vérité dorée. Faux marbres, fausses pierreries, tout y est plus toc que toc.
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Au bord du Landwehrkanal, une ancienne station de pompage abrite un lapidarium. Y reposent les statues colossales des anciens Electeurs de Brandebourg et des Rois en et de Prusse. Ces œuvres ornaient autrefois une des sections de la Siegesallee (aujourd’hui Strasse des 17. Juni), et les Berlinois qui aiment à donner des surnoms, souvent irrespectueux, aux monuments de leur cité, l’avaient appelée la Puppenallee.
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Les ravages de la guerre ont laissé de nombreux emplacements dénudés, après qu’eussent été enlevées les ruines irrécupérables. On a donc construit « du neuf ». Mais parfois, à proximité, et même de façon contigüe à des édifices anciens qui avaient pu être conservés. Cela donne à la ville un aspect très particulier et qui surprend de prime-abord. Je dois cependant, à mon corps défendant, reconnaître que l’on s’y habitue, et que l’on finit même par ne plus être choqué. Il est vrai que quand on a commis le centre Beaubourg à deux jets de pierre de Saint Eustache, on est mal placé pour donner des leçons et pour se montrer soit trop puriste, soit trop délicat !
Cette juxtaposition a été la conséquence de la nécessité, mais aussi, parfois, d’une décision délibérée qui est, me semble-t-il, un trait révélateur de la largesse d’esprit des Allemands d’aujourd’huy, et plus encore de l’esprit de tolérance de l’ancienne Prusse. Frédéric II ne disait-il pas : Hier kann jeder nach seiner Façon selig werden (1).
N’étant – hélas – pas doué de la même bienveillance, j’avoue que j’ai encore un peu de difficultés à accepter comme « œuvres d’art » des amas de ferrailles, plus ou moins contorsionnés, plus ou moins rouillés, réalisés par des artistes( ?) plus ou moins connus, et que l’on rencontre fréquemment sur des places ou dans des jardins berlinois, et qui semblent recueillir l’approbation compréhensive de la population.
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Les Français qui visitent Berlin s’émerveillent de la courtoisie des Berlinois qui ont appelé « Place de Paris » (Pariser Platz) un des plus beaux sites de leur ville. La plus part ignorent que ce nom a été attribué à cette place en 1814 pour commémorer l’occupation de Paris par les Prussiens et leurs alliés en mars 1814.
Trois places de Berlin qui auparavant s’appelaient Quarree, Octogon et Rondell ont été consacrées au souvenir de la victoire sur le Corsican Upstart. Le Quarree est devenu le Pariser Platz, l’Octogon le Leipziger Platz en mémoire de la défaite des troupes impériales à Leipzig les 16, 17, 18 et 19 octobre 1813 ; quant au Rondell, faute de s’appeler Waterloo Platz, il a porté le nom de Belle-Alliance Platz (maintenant Mehringer Platz), en souvenir d’un lieu particulier de cette définitive bataille qui mit un terme aux ambitions du bandit corse.
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Berlin, juillet 2008
(1) Ici, chacun peut devenir heureux à sa mode.
( Numéro 40, Août )
JOURNAL PERPETUEL
Comme un calendrier perpétuel, le Journal Perpétuel est toujours à la page. Si vous n’avez pas le temps d’éplucher la presse, ni celui d’écouter la radio, ou pas envie de regarder la télévision, le Journal Perpétuel vous permettra cependant d’être toujours au fait des derniers évènements. Vous pouvez l’utiliser de plusieurs façons : soit vous y reporter quand vous êtes en manque d’informations, soit y jeter quotidiennement un rapide coup d’œil, soit, et c’est la méthode qui a notre préférence : l’apprendre par cœur. En voici la première – et dernière – édition, non datée, puisque par définition, toujours à jour, toujours à la pointe de l’actualité.
ECONOMIE - FINANCES
· Un communiqué de presse conjoint du Cabinet du Premier-Ministre et de celui du Ministre de l’Economie indique que la date du retour à l’équilibre des Finances Publiques devra être repoussée. Cet équilibre ne sera atteint ni en 2010, bien sûr, pas plus qu’en 2012. On apprend par ailleurs, de source bien informée, qu’une Commission, composée d’experts indépendants, mandatée par le Gouvernement pour estimer, au rythme actuel des économies, la date du retour à l’équilibre, a livré le résultat de ses savants calculs : l’évènement tant attendu se produira très exactement dans … 357 ans.
· De notre Correspondant à Berlin : Pour la seconde fois depuis la réunification, l'Allemagne est parvenue à ramener son budget dans le vert. Les finances publiques ont ainsi affiché un excédent budgétaire de 1,2 milliard d'euros au premier semestre, au lieu des 23 milliards d'euros de pertes enregistrés l'année dernière. L'excédent, qui recouvre les comptes de l'Etat fédéral, des Etats régionaux, des communes et des caisses de sécurité sociale, équivaut à 0,1% du PIB
· Un mouvement de grève illimité et reconductible vient d’être décidé par les agents SNCF de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. La raison invoquée par les grévistes est le considérable dérangement de leurs habitudes domestiques causé par le retour au horaires d’été (ou d’hiver), et cela bien qu’ils aient déclenché il y a six mois un mouvement analogue pour s’opposer farouchement au passage aux horaires d’hiver (ou d’été).
· Pour compenser les pertes d’exploitation des marins pêcheurs dues à l’augmentation des prix du carburant, une aide leur sera attribuée. Elle sera financée par une taxe sur le chiffre d’affaires des taxis qui, en contre partie, se verront également accorder une aide financée par une taxe sur les produits de la pêche française.
· Lors de sa prochaine conférence de presse, le Président de la République fera, parait-il, une annonce capitale. Si nous sommes bien renseignés, il proposera, afin d’économiser les deniers publics, de ne plus signaler par des centaines de milliers de panneaux les millions de kilomètres de « routes dégradées », mais de se contenter de signaler à l’attention des automobilistes les quelques centaines d’hectomètres du réseau qui sont à peu près en état.
SOCIETE
· Un terrible accident de la route s’est produit samedi soir en banlieue parisienne, sur la commune de X. Un automobiliste a fauché une foule qui sortait d’un cinéma : 7 morts et 15 blessés graves.
Le jeune chômeur qui conduisait sans permis une voiture volée était sous l’emprise de la boisson (2,3 gr.), avait consommé des drogues fortes et roulait à une vitesse excessive (117km/h au lieu de 50) sur une chaussée fortement dégradée aux abords des lieux de l’accident.
On apprend à l’instant que le Sous-Secrétaire d’Etat aux Transports privés dans les quartiers… quartiers vient de mettre sur pieds une Commission d’experts pour valider la cause à laquelle sera attribuée l’accident (alcool, drogue, vitesse excessive, état de la route ?) afin que les statistiques routières ne soient point perturbées. Pourtant, une solution plus simple, moins couteuse et qui aurait satisfait (presque) tout le monde aurait consisté à mettre à la charge du propriétaire de la voiture volée le lourd bilan de cette catastrophe : en effet, sa voiture avait des pneus qui présentaient une usure anormale.
· Le Ministre de l’Intérieur, interrogé hier soir sur Antenne 2, s’est félicité des résultats encourageants enregistrés en ce qui concerne les incendies de voitures, et a transmis ses compliments à la Police et aux Associations de quartiers. En effet, sur les 6 premiers mois de l’année, une baisse de cette forme de délinquance a pu être notée. Contre une moyenne de 124,8 voitures brûlées par jour pour la période précédente, on n’enregistre sur les premiers mois de cette année QUE 124 brûlages par jour, soit une baisse significative de 0,6 %. Le Ministre a assuré les téléspectateurs que les efforts seraient poursuivis (contrairement aux délinquants responsables) et que l’Etat serait à la hauteur. Cependant, le Ministre a conseillé aux Français qui habitent en « zone sensible » et qui veulent à tout prix éviter ces incivilités, d’aller garer leur véhicule à la campagne, chez un cousin ou un ami disposant d’une cour fermée, et d’aller y chercher leur voiture chaque fois que le besoin s’en fera sentir.
· Le Comité National d’Ethique, après plusieurs mois de réflexion et de nombreuses consultations vient d’autoriser le mariage d’un retraité avec une ânesse du Poitou. Le mariage sera célébré dès le mois prochain par M. Alain Bonfoin, Maire de Trifoully-la Branlette, où se réuniront tous ceux qui depuis longtemps attendent cette décision avec impatience. Le futur marié, bien qu’âgé de 72 ans est vert encore ; quant à l’ânesse, elle est tout juste nubile. On peut donc espérer que le jeune ménage verra ses louables efforts couronnés d’une descendance méritée. Déjà les scientifiques s’interrogent pour savoir s’il y aura dans ce rejeton plus d’homme ou plus d’âne. Qu’importe, dans le premier cas on en fera un Contribuable, et dans le second un Député.
· Les Faucheurs Volontaires ont à nouveau sévi dans la région d’Agen. Au nombre d’une centaine, ayant à leur tête le tristement célèbre José Môvé, ils ont ravagé 17 hectares de cultures. La gendarmerie, présente en grand nombre sur les lieux, s’est contentée de prendre quelques clichés photographiques. Un gendarme, se croyant des dons artistiques particuliers, aurait même réalisé une assez jolie aquarelle de la scène.
ETRANGER
· De notre correspondant à Bimboulala : Le Chef d’Etat du Zimbouka qui était arrivé au pouvoir il y a deux ans après avoir renversé par un coup d’état son prédécesseur, vient d’être lui-même victime d’un pronunciamiento militaire. Le Colonel Cornélius Conga s’est emparé de la Capitale, et a sollicité l’aide de l’Armée française pour achever de réduire les poches de résistance qui restent favorables au dictateur déchu. Le ministre français de la Défense s’est dit préoccupé par le sort du Français qui réside dans la Capitale, mais a affirmé qu’une intervention était impossible : aucun des avions, chars et hélicoptères sur zone n’étant en état de fonctionner.
POLITIQUE
· Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale a passé un coup de téléphone à la Marquise et l’a assurée que tout allait très bien.
· Le Parti Socialiste a décidé de changer de nom et de s’appeler dorénavant : le Parti Diogène, parce qu’il cherche un homme.
· Un des candidats aux élections législatives partielles, et dont l’identité n’a pas été révélée, vient de faire l’objet d’un contrôle anti-dopage : le résultat serait positif.
EN VRAC
· La nuit dernière a été agitée en Corse : une gendarmerie, une perception et deux villas appartenant à des célébrités du show-business sont parties en fumée. La police ne dispose d’aucun indice, la population locale est muette comme une carpe, et il est peu probable que les criminels soient jamais retrouvés. Les contribuables et les Compagnies d’Assurances (qui n’étant pas des Œuvres philanthropiques répercuteront la perte sur les primes de tout le monde) remettront une fois de plus, tout en état.
· Un attentat particulièrement meurtrier a eu lieu ce matin à Bagdad. Une voiture piégée a explosé à proximité d’un poste de police, faisant 53 morts et 64 blessés.
· Un autre attentat s’est produit dans la banlieue d’Alger, faisant 13 morts et 28 blessés. Cet acte a été revendiqué par la branche d’Afrique du Nord d’Al-Qaïda.
ET POUR TERMINER, LES PREVISIONS METEO
· Une perturbation traversera à nouveau la France. Au nord d’une ligne Carcassonne/ Digne-les-Bains, le temps sera maussade et les températures sensiblement en dessous des normales saisonnières. Le ciel sera couvert et des averses parfois violentes sont à craindre. Au sud de cette ligne, c’est un soleil sans partage qui réchauffera de ses rayons bienfaisants toute la population russe de la Côte d’Azur.
( Numéro 41, Septembre )
Les sports ne m’intéressent pas. Pas du tout. Ni pour les pratiquer (Cf. Winston Churchill ), ni pour en faire … en fauteuil. Cependant, même d’un point de vue aussi peu important que celui du « sport de haut niveau », les résultats définitifs des Jeux Olympiques 2008 de Pékin, montrent ce que pourrait être l’Europe si elle était … l’Europe ! Voici, dans cette hypothèse à quoi ressemblerait le classement :
Or Total
Europe ( 1) 87 280
Chine 51 100
USA 36 110
Russie 23 72
Autres 105 396
TOTAL 302 958
L’Europe dominerait, et de loin, les autres grands ensembles. Il en serait de même en économie et dans tous les autres domaines. Qu’attendons-nous ? A quand la Nation Europe ?
( 1 ) Bien sûr, en se présentant sous un seul drapeau, l’Europe n’aurait pas pu mettre en piste autant de compétiteurs qu’elle l’a fait en participant aux Jeux en ordre dispersé. Mais il aurait suffit que la sélection ait été suffisamment bien faite, et qu’on eut choisi pour défendre nos couleurs ceux qui, justement ont remporté les prix.
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Instead of « Beware of Pickpockets », should we not preferably advertise, in all places of public resort: Beware of Governments?
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En multipliant en faveur du Tiers-Monde les aides alimentaires et médicales, ne sommes-nous pas en train d’accroître dramatiquement le nombre de ceux qui, demain, mourront de soif et de faim ?
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Monsieur Rossi, Coordinateur de Forces de Sécurité en Corse vient d’être sanctionné parce qu’une bande d’énergumènes s’est introduite dans le jardin d’une propriété d’un « people », par ailleurs ami intime de notre Président. La mesure est admirable, et devrait être étendue systématiquement : Renvoi du Directeur Général de la Poste dès qu’une lettre est perdue ou arrive en retard ; mise aux oubliettes du Président de la SNCF au premier incident, et limogeage du Ministre de l’Intérieur dès qu’un gamin du village s’oublie contre le mur de ma grange.
Dans le cas de M. Rossi, la « sanction » a été fidèle aux pratiques administratives : promotion et octroi d’une confortable sinécure.
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La Belgique serait au bord de l’implosion. Un sondage effectué en Wallonie indique que 46% des sondés seraient favorables à un rattachement de leur province à la France. Je suppose que sur cette question, 80% des Flamands seraient eux aussi favorables à cette solution. Curieusement, 62% des Français y apporteraient également leur soutien. Dieu nous en garde ! N’avons-nous pas assez, déjà, de régions pauvres et attardées ? En Métropole, sans compter la Corse et tous nos territoires exotiques qui ne cessent de pomper à leur bénéfice les maigres ressources de la Mère-Patrie.
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La perversion de la Cité commence par la fraude des mots
Platon
Le Ministre de l’Education Nationale veut mettre en place un « Code de la Paix scolaire » ; c’est assez dire où nous en sommes ! Et c’est aussi participer à cet affadissement des réalités qui veut qu’on nomme les choses et les gens par des vocables dont la fonction est essentiellement de travestir leur nature. Pourquoi, tout crument, ne pas parler d’un Code de Discipline scolaire ? Cela choquerait-il nos âmes sensibles ? Le vieux Platon avait diablement raison.
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Les crises, financières, alimentaires, … ne sont que les mécanismes naturels d’ajustement et de correction des marchés libres. Parfois douloureux, mais combien moins durablement traumatisants et appauvrissants que les résultats des économies encadrées, pour ne pas dire étouffées par les camisoles étatiques.
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Puisque nous en sommes réduits à chercher désespérément des moyens de réduire la dépense publique, ( ayant renoncé, semble-t-il, à supprimer les départements, le Sénat, l’inextricable maquis des aides sociales, et à nous séparer de nos couteuses possessions d’Outre-Mer ), alors : supprimons l’Armée. Non que je sois un adversaire de cette institution sacrée, ou que, comme le déconseillait le Colonel Dommanget, j’aie décidé de vivre en agneau avant de m’être assuré que mes voisins ne voulaient pas vivre comme des loups. Mais tout bonnement parce qu’il est déraisonnable de consentir des dépenses importantes pour un outil qui n’est pas en état de remplir sa mission. L’article du Canard Enchaîné du 11 juin 2008 qui relate les dysfonctionnements successifs de l’opération de récupération des otages du Ponnant ( véhicules qui tombent en panne les uns après les autres, systèmes de communication déficients, …) illustre cette infirme misère de nos Armées, dans une opération pourtant de bien faible envergure. Et que dire de l’élément central de notre « capacité de projection », le porte-avions De Gaulle, qui parce que seul, n’est en fait disponible que moins de la moitié de l’année : pourvu que nos adversaires potentiels soient assez obligeants pour nous menacer quand ce navire est en état de prendre la mer, et qu’ils n’aient pas le mauvais goût de prolonger un conflit jusqu’à ce que notre bâtiment doive retourner au port pour entretien ou révision. Une Armée chère mais qui fonctionne : oui. Une Armée quand même chère mais qui ne peut pas remplir ses missions : non.
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Ce mois de septembre 2008 ne m’ayant laissé qu’assez peu de loisirs, j’inclus dans ces Brevia deux textes plus anciens. Le premier contient quelques réflexions que je laissai à mon successeur en quittant mes fonctions chez Myriad. Le deuxième est l’allocution que je prononçai le jour même de mon départ de cette Société :
I
QUELQUES PENSEES PROFONDES….
D’AUTRES, MOINS.
La confiance ne se gagne pas : elle peut se perdre. Il faut faire confiance à 100%, au départ. Partant de là, la confiance ne peut plus augmenter, elle ne peut que fondre. Il faut donc indiquer clairement ce qui peut la faire perdre. Essentiellement, c’est le mensonge : ne pas dire la vérité. Il faut aussi fixer les niveaux à partir desquels on veut être alerté, pour que les zones où on n’a pas besoin d’alerter soient bien définies.
On ne motive pas les collaborateurs : ils doivent se motiver eux-mêmes. Par contre il faut créer les conditions et l’environnement pour rendre cela possible.
Le chef sourit : un chef triste ne peut pas entraîner les troupes.
Le chef félicite : il faut le faire fréquemment, chaque fois que cela est justifié. Les remarques négatives n’en acquièrent que plus de poids.
Le chef ne décide pas, il conseille (1). Si l’équipe est suffisamment solide, et bien constituée, les gens savent ce qu’ils doivent faire. Ils ne doivent aller vers le chef que pour s’assurer que leur solution est la bonne.
Dans 95% des cas, les gens qui viennent vous voir avec un problème, ont la solution. Dans 5% des cas, un échange d’idées ou d’expérience permettra d’améliorer la solution initiale.
Pour que les gens se défoncent pour vous, il faut qu’ils sachent que l’inverse est vrai. Ne dites jamais : Mme X a fait une erreur. Dites : « J’ai fait une erreur». Au pire, dites : « nous ». Car, de fait, vous êtes responsable de tout ce qui se fait de bien…et de moins bien. Tout repose sur vous. A l’inverse, quand un exploit a été achevé par le Service, ne dites jamais « je », dites : « ils ont réussi ». Au pire : « nous ». Rien ne motive davantage les collaborateurs que d’être mis en valeur face au reste de l’entreprise, face aux clients (2). On ne perd jamais rien à souligner leurs mérites.
Vous vous souvenez peut-être de cette phrase du Maréchal Joffre que j’aime à rappeler : « Un chef se juge à la qualité de son Etat-Major ».Que penser en effet d’un chef qui se plaint continuellement d’être entouré d’imbéciles incapables ?
N’est-il pas, au fond, responsable de cette situation ? Notre expérience quotidienne nous montre que ces chefs-là sont bien souvent eux-mêmes conformes à l’image qu’ils voudraient donner de leur entourage.
Jusqu’où est-il raisonnable, et souhaitable, de promouvoir ses collaborateurs ? Les philosophes orientaux nous répondent : le but ultime du Maître est d’être dépassé par l’Elève. La fin de l’histoire, c’est alors que le Maître devient inutile. Mais s’il a fait progresser toute son équipe, doit-on pour autant le jeter au rebut ? Il a sans doute, ce faisant, bien mérité et devrait être doublement récompensé. Michel Corpet nous disait (au siècle dernier) : « Quand vous n’aurez plus rien à faire (étant cependant sous-entendu que tout soit fait, et bien fait), vous aurez une augmentation et une promotion ». C’est la même idée, mais je reconnais que par les temps qui courent elle présente quelques dangers !
Pourquoi travaillons-nous ? Dans les « Propos de O.L.Barenton, confiseur », Auguste Detoeuf prétendait que nous finissons par travailler pour…travailler. En ce qui me concerne, j’ai toujours considéré que l’on devait travailler pour :
Prendre du plaisir
Apprendre (et/ou enseigner, voir ci-dessus)
Assouvir des besoins matériels
Je pourrais y ajouter :
Exercer le pouvoir,
Mais ceci est moins vrai des fonctions de l’entreprise. Cela est vrai davantage de la Politique ou du Métier des Armes. Vous remarquerez que tant que mon trépied est bien posé, la situation est vraiment agréable. Elle reste supportable quand il n’y a plus que deux pieds (d’ailleurs l’expérience prouve que sur deux pieds on se tient debout !). Mais s’il n’y en a plus qu’un seul, c’est le signe infaillible qu’il est temps de songer à autre chose.
Les livres de Management.
On en a écrit des montagnes, et la mode n’est pas prête de s’en achever. J’en ai moi-même lu un certain nombre et je partage avec Casanova l’opinion du proverbe qui dit : « Guardati da colui che non ha letto che un libro solo » (3).
Jamais je ne pourrais assez vous conseiller de lire, et de relire l’ouvrage d’Auguste Detoeuf dont j’ai déjà parlé.
Tout, ou presque, de ce qu’il faut savoir de la conduite des Entreprises et des Hommes s’y retrouve, et même des notions très modernes telles que la production « lean and mean », même si parfois de façon très allusive. De plus, il est remarquablement écrit, dans un français dont le classicisme ne retire rien à la vigueur. Cette vertu est aujourd’hui bien rare et pourrait à elle seule recommander l’ouvrage. Je n’ai pas cru devoir moins faire que de vous en joindre un exemplaire.
Relations personnelles, relations professionnelles.
La question de savoir jusqu’où il est souhaitable que s’interpénètrent des relations amicales et des relations de travail, parfois se pose. Je crois qu’il ne faut pas mélanger les genres. Des relations amicales, ou qui impliqueraient les familles peuvent faire perdre l’objectivité. De toute façon, elles limitent nos possibilités d’action et peuvent transformer une contrainte en un obstacle insurmontable. Pour ma part, j’ai observé que quand cette règle n’est pas respectée, cela conduit presque toujours à des désagréments. Il est plus facile, finalement moins dangereux – et parfois plus utile – d’être ami avec un concurrent !
F. Aureau, été 2002
( 1 ) Je parle ici d’un responsable d’opérations. Pas d’un stratège.
( 2 ) Charles Ier d’Angleterre disait : « Publick Commendations are a great
Encouragement to Valour ».
( 3 ) Méfie-toi de celui qui n’a lu qu’un seul livre.
II
L’Adieu aux Armes,
ou
Je suis venir te dire que je m’en vais
J’ai passé 1031 semaines parmi nous, et c’est une des meilleures parties de mon existence.
Car, si pour travailler il faut réunir 3 conditions :
S’amuser, apprendre, gagner l’argent dont on croit avoir besoin,
ces trois conditions ont été réunies pendant la plus grande partie de cette période. Il est vrai que ces dernières années, la composante amusement avait décliné.
Vous vous souviendrez sans doute de ce que disait le grand philosophe et lexicographe anglais du XVIIIème siècle :
Marriage has many pains, but celibacy has no pleasures
En le paraphrasant, je pourrais dire :
Myriad may have pains, but Corus has no pleasures
L’Aventure Myriad (FFM-Myriad) a de fait été passionnante.
Nous avons, tous ensemble fait passer une Société du XIXème au XXIème siècle.
Nous avons progressé :
En termes industriels, dans la conduite des Hommes, et dans celle des femmes, en termes de position sur le Marché (en qualité et en importance).
Nous avons aujourd’hui un meilleur outil en mains, le maintenant fameux global concept, et il faut espérer que nous allons à nouveau pouvoir nous concentrer sur l’ESSENTIEL : nos clients, nos collaborateurs
En ce qui concerne le Service dont j’ai eu la fatuité de croire que j’étais responsable, j’ai la joie de le voir aujourd’hui dans son plus bel état : bien dimensionné, bien encadré, bien piloté et en d’excellentes mains.
C’est un outil redoutable, et dont nos concurrents n’ont pas fini de devoir se méfier.
J’ai entière confiance dans l’équipe. J’ai avec chacun d’entre vous des souvenirs d’épopées en commun, et je n’en rappellerai aucune aujourd’hui, pour rester dans les limites que je me suis imposées. Je voudrais, par contre, faire amende honorable ( ?) si les principes de management que j’ai pratiquées vous ont parfois confronté à trop de difficultés.
Ces principes étaient simples, et s’inspiraient de la trop galvaudée Pyramide inversée : J’ai toujours considéré que ceux qui sont au front ont, en fait la solution aux problèmes. Il faut, parfois, simplement aider à l’accouchement. C’est la technique socratique de la maïeutique.
J’ai donc essentiellement borné mon rôle à inciter, à être disponible, à aider, en mettant en pratique la politique de la porte ouverte. Je prie ceux pour lesquels une autre attitude eut été préférable, de bien vouloir m’excuser.
Et je résumerai ma philosophie de la Pyramide inversée en disant que les insuffisances et les échecs sont miens, tandis que les réussites sont vôtres.
Si maintenant certains d’entre vous sont curieux de savoir comment je vais occuper le temps dont notre système de retraites me gratifie, je vous dirai tout d’abord, en paraphrasant Sacha Guitry qui définissait une femme fidèle comme celle qui ne s’acharne que sur un seul homme, qu’un homme en retraite est celui qui ne s’acharne que sur une seule femme.
Et la mienne, qui m’a tant aidé durant toute ma vie professionnelle, va donc devoir affronter de nouvelles épreuves.
Mais cet envahissement sera limité par le fait que je compte continuer à sévir dans le monde économique, en exerçant à titre de travailleur indépendant une activité de consultant avec des amis qui sont déjà dans cette activité.
Mes engagements dans ce domaine sont déjà peut-être au-delà de ce qui serait raisonnable.
Ce que l’on pourrait appeler mon temps libre résiduel sera consacré à des occupations plus ou moins ésotériques, telles que la lecture, la peinture, et le réapprentissage du latin !
Sans parler des voyages, qui prennent beaucoup de temps, car, comme le disait Jean-Jacques Rousseau, il ne suffit pas de voir du pays, il faut savoir voyager…
Merci à tous pour ces années de sueur et de passion !
François Aureau, 27 juin 2003
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Enfin, et pour en terminer, un échange de correspondance que me valut le Brevia No. 40 et qui était consacré au « Journal Perpétuel ». Un de mes fidèles lecteurs, et contradicteur assidu, m’écrivait à ce sujet :
J'avoue que je crains le pire quand je vois l'adjectif "perpétuel" et que j'éprouve un peu de gêne, moi qui suis fils d'immigrés, à voir écrire perpétuellement à longueur de lignes, des critiques sur la France, les Français, les hommes politiques (français évidemment), les budgets, etc,etc....
C'est pire que "La Voix du Nord" ou que " Libération"! Critiquer, soit; c'est normal; comparer avec nos voisins, oui. Mais pourquoi toujours adopter les 2 ou 3 mêmes critères sans mettre en valeur aussi les indicateurs favorables:
- La relative indépendance énergétique avec les centrales nucléaires (loin devant l'Allemagne et la Grande Bretagne).
-Notre très bon indice de pollution en CO2, le meilleur en Europe, loin devant l'Allemagne et la Grande Bretagne.
-Le très bon indicateur de fécondité à 2 doigts du taux de renouvellement et loin devant les plus mauvais qui sont l'Allemagne (1,32) et l'Italie(1,35). Or cet indicateur est généralement reconnu comme le "Signe fondamental de confiance en l'avenir" au delà des sondages plus ou moins bidonnés!Etc, etc…On pourrait en citer des masses, mais dans les deux sens.
De la part de l'immigré de service.
Ce à quoi je répondis :
Ô le plus francophile de tous les Français !
Oui, c’est vrai, je fustige mon pays. Mais c’est parce que je l’aime (qui bene amat, bene castigat !), et que j’enrage de le voir prendre TOUJOURS les voies en cul de sac, alors qu’ici ou là, les exemples nous montrent les voies du redressement et de la réussite ; j’enrage de le voir englué dans un colbertisme dépassé, freiné par un interventionnisme d’Etat omniscient ( ?) et omniprésent. Oui aux centrales nucléaires ; ce fut une sage orientation ; mais à quand remonte celle-ci ? Depuis quand n’avons-nous pris une décision fondamentale aussi significative ? Pour ce qui est du CO2, n’oublions pas que nous avons une population sensiblement inférieure à l’Allemagne, et que notre industrie est beaucoup plus faible : ceci explique peut-être cela ? Où tu as raison, et où nous sommes vraiment en pointe, c’est le taux de fécondité de nos énergiques épouses. Je crois que se contenter de nos (maigres) avances est moins stimulant que rappeler (sans cesse) les efforts qui sont à faire, les changements de mentalité indispensables si nous ne voulons pas (sans cesse) perdre du terrain dans le concert des nations. C’est à cette prise de conscience que pour ma modeste part je tente de contribuer.
Merci cependant à « l’immigré de service » de si fort défendre son pays !
Berlin, le 24 septembre 2008
(Numéro 42, Octobre)
Monologue berlinois
Comment, ma belle cousine, vous n’êtes point lasse encore de m’entendre vous parler de Berlin ? Et les Vignettes berlinoises que vous lûtes avec tant d’attention dans les Brevia de Juillet n’ont pas épuisé votre curiosité ? Vous en redemandez ? Vous voulez du vécu, et que je vous entretienne de la Vie quotidienne à Berlin ? Soit, et puisque votre soif d’informations n’a d’égale que mon plaisir à vous les procurer, installez-vous dans cette bergère, et m’écoutez.
Figurez-vous un voyage en Allemagne que nous entreprendrions ensemble. Nous sommes sur l’autoroute et pénétrons sur le territoire de la République Fédérale. La vitesse n’y est théoriquement pas limitée. Non, ce panneau bleu que vous voyez, c’est seulement la vitesse recommandée ! Mais vous verrez, les incessants travaux de rénovation ou d’élargissement, l’abondance de tronçons dangereux font, que de fait, la vitesse est limitée à 100 ou 120 km/h sur une portion non négligeable du réseau. Il y a encore quelques années, le chauffeur allemand roulait pédale d’accélérateur à fond, jusqu’au panneau indiquant une limitation de vitesse, freinait brusquement, et laissez-moi vous dire, non sans danger, à la hauteur du panneau, et ne reprenait son allure qu’à la fin de l’interdiction. Aujourd’hui, il ne VOIT pas le panneau, et celui-ci n’a plus aucune influence sur la rapidité de son déplacement. Tenez ! Que vous disais-je ! Vous aurez sûrement remarqué que les contrôles-radar sont beaucoup moins fréquents que sur le réseau autoroutier français ?
Mais puisque nous voici arrivés en ville, abandonnons la voiture et partons à pied en exploration. Laissez-moi auparavant vous donner quelques salutaires conseils, car vous savez combien je tiens à votre santé et à votre intégrité corporelle. Pour traverser une rue, gare à vous si vous n’êtes pas sur ce que l’on appelait de mon temps un passage clouté, ou si le feu de circulation ne vous donne pas le droit de traverser la chaussée. Les automobilistes foncent sur la cible piétonne, et je n’ai jamais tenté l’expérience de savoir quand il commenceraient à freiner pour m’éviter. Ne la tentez pas non plus, je crois que c’est un essai que vous n’auriez pas l’occasion de faire deux fois. Regardez ! Le piéton ne s’aventure pas quand le petit Ampelmann n’est pas au vert, et vous verrez fréquemment des groupes attendre le signal alors que manifestement un kilomètre de chaussée est totalement libre à droite et à gauche. Merveilleux, n’est-ce pas ? Seuls quelques touristes moins informés que vous, ou quelques autochtones voulant faire preuve d’indépendance d’esprit contreviennent à cette règle.
Ah ! Pour ce qui est de la difficile cohabitation des cyclistes et des autres usagers de la voie publique, vous n’avez certainement pas oublié, chère cousine, ce que j’en disais il y a trois mois ? Je sais qu’il est détestable de se citer soi-même, mais pour un coup, passez-moi cette faiblesse, et me laissez vous relire ce passage :
« L’automobiliste étranger, à Berlin, doit s’habituer à la présence souveraine des bicyclettes, qui jouissent, de fait, d’une sorte de priorité permanente et absolue. Gare en virant à droite : la chaussée que vous quittez est immanquablement doublée d’une piste cyclable, et le cycliste qui en déboule, dans le même sens que vous – et que vous ne pouvez pratiquement pas apercevoir – s’attend à ce que vous vous arrêtiez pour lui laisser le champ libre. Les piétons doivent faire preuve de la même prudence perpétuelle : vous descendez d’un autobus et vous êtes sur la piste à vélos. Ils ne ralentiront pas, et rouspètent bruyamment si vous empiétez sur leur domaine sacré. Ce qui ne les empêche pas de considérer les trottoirs réservés aux piétons comme une annexe de leur propre territoire ».
Et puisque nous voilà dans la rue, prenons un instant pour vérifier le respect des règles de stationnement. Vous remarquez que cela est encore assez policé, mais il me semble qu’il y a un peu de relâchement et que les stationnements irréguliers se font plus fréquents. Tenez ! Ne voila-t-il pas deux automobiles en double file !? Et là-bas, voyez donc, une camionnette de livraisons arrêtée dans la voie réservée aux autobus ! Je vous le dis tout net, ma chère : tout fout le camp !
Heureusement, voici un petit parc, où nous allons pouvoir nous reposer quelques minutes, et nous remettre des émotions que nous ont causées tous ces désordres. Mais auparavant, nous allons lire ce panneau. C’est la Parkordnung, le règlement du parc. Un tel panneau se trouve à chacun des accès de tout square, jardin ou parc. On y apprend si les chiens sont autorisés, avec ou sans laisse, si les vélocipèdes ont le droit d’y circuler, et si oui, sur quelles allées, si l’on peut jouer au ballon, et mille autres détails intéressants. Vous verrez que certains parcs disposent de Liegewiesen, c’est là que l’on peut s’étendre sur l’herbe. Les barbecues et autres activités de cuisine en plein air sont interdits, mais non loin d’ici, je vous montrerai un petit parc dans lequel un espace a été délimité pour permettre ces activités primitives. N’est-ce pas remarquable ?! Et, de vous à moi, vous conviendrez que même si toutes ces règles ne sont pas respectées avec toute la pointilleuse attention qu’elles mériteraient, l’impression générale d’ordre et de civilité prévaut très largement.
Là, comme dans les rues, les papiers et autres déchets sont rares, même dans les quartiers défavorisés. Les poubelles sont nombreuses. Tenez, en voici une, et une autre là-bas. Si parfois, en fin de weekend, elles ont une tendance prononcée au débordement, cela prouve au moins que l’on a cherché à les remplir, plutôt que d’abandonner aux caprices du vent fripon – qui soit dit en passant, joue si joliment dans les plis de votre jupe – les excédents d’emballages et autres mouchoirs jetables.
Et puisque le sujet des immondices semble tout particulièrement retenir votre attention… non ! Ne le niez point ! Il n’y a d’ailleurs rien de blâmable à cet intérêt ! Laissez-moi vous dire que le tri sélectif des ordures est appliqué en ce pays, avec le plus grand sérieux. Le croiriez-vous, les mauvaises langues vont jusqu’à prétendre que les voisins se surveillent, et qu’ils dénoncent aux autorités compétentes toute erreur de manipulation ?
L’Allemand, acharné au travail et respectueux du moindre règlement, celui qui par un labeur incessant avait reconstruit l’Allemagne dévastée par la guerre, et l’avait portée au pinacle, cet Allemand-là, voyez-vous, je crains bien qu’il n’ait disparu. S’est-il laissé contaminer par des mœurs plus latines ? J’en ai bien peur. Peut-être l’avez-vous déjà remarqué : dans le travail, l’Allemand se hâte … lentement, et suit rigoureusement l’antique précepte : festina lente. Bien sûr, il n’est plus ce workalcoholic des années 50. Lui aussi a bu à la coupe enivrante du « temps libre ». Pire encore, il a découvert les saveurs empoisonnées de la grève, dont les effets délétères se font ressentir jusque dans les services publics qui, là comme dans notre douce France, sont à la pointe du « progrès » dans ce funeste domaine. Et dire que pendant des décennies, la grève des fonctionnaires était en Allemagne un phénomène inconnu ! Et que les Allemands, comme tous les autres étrangers, s’étonnaient de tomber toujours au plein milieu d’un arrêt de travail du métropolitain, des autobus ou des aéroports chaque fois qu’ils avaient la courtoisie de nous rendre visite !
Ce mimétisme fâcheux n’a cependant pas encore entamé la serviabilité du personnel des transports et des administrations, souvent prêt à aider un voyageur désorienté ou un administré perplexe. Dans les magasins, les restaurants, le personnel est attentif et prévenant, et dans la rue, les passants sont toujours disposés à vous remettre sur la bonne voie.
Mais voyez-vous, ma chère, cette courtoisie, bonhomme, même si parfois un peu rugueuse, s’accompagne d’une grande incuriosité vis-à-vis de ceux qui vous entourent. Alors qu’en France – vous le savez bien, polissonne – dans la rue, le métro ou au restaurant, nous dévisageons, nous jaugeons et jugeons les passants, rien de tel à Berlin. Non, votre charmant minois lui-même n’attirera aucun regard admiratif, aucune de ces œillades que l’on dit déplacées et qui cependant vous font si plaisir. Ni les accoutrements les plus inattendus, ni les attitudes les plus étranges ne susciteront le regard de l’Autre. J’ai pour ma part tendance à y voir un vieux fond de l’esprit de tolérance de la Prusse du Grand Frédéric.
Que diriez-vous, puisque le temps se couvre et que voici déjà les premières gouttes de pluie, d’une séance de cinématographe ? Justement, nous n’avons qu’à traverser le Kurfürstendamm, voici une salle de cinéma, et c’est pile l’heure du film. Là, à coté de la caisse ? C’est un comptoir qui débite boissons et popcorns. Au moins une personne sur deux qui entre dans la salle tient à la main une bouteille de bière ou un verre de vin.
Ah ! Je suis heureux que vous m’en fassiez la remarque : oui, Berlin est une ville verte ; pas seulement grâce à ses forêts, ses parcs, ses squares et ses innombrables aires de jeux, mais aussi parce que la plus part des rues sont plantées d’arbres. La « coulée verte » de la rue Caulaincourt qui enchantait Marcel Aymé, est ici monnaie courante, assombrissant les trois ou quatre premiers étages des immeubles, et produisant en automne une monstrueuse avalanche de feuilles mortes que les équipes de la BSR combattent sans relâche.
Alors, charmante enfant, qu’en dites-vous ? Berlin n’est-elle pas une ville admirable et plaisante ? Et puisque notre voyage imaginaire touche à son terme, ne diriez-vous pas avec moi, que si l’on compare Berlin à d’autres grandes villes européennes, il s’en dégage un parfum de calme, de tranquillité, d’apaisement ? Les bousculades et les encombrements y sont une denrée rare, voire inconnue. Car les rues sont larges, tant à cause des ravages de la guerre que grâce à la volonté des anciens urbanistes. Ne croirait-on pas une ville de province, ou bien plus l’assemblage de plusieurs villes provinciales, chacune avec son atmosphère et son cachet particulier, mais jouissant cependant de tous les attributs de la Capitale d’un grand pays ?
Bien sûr, je ne vous entretins point de l’eau, omniprésente, ni du sable, lui aussi omniprésent (ne disait-on pas que le Brandebourg était la sablière de l’Europe ?), ni de l’Histoire qui vous saisit à la gorge à chaque pas. Il existe sur ces sujets d’excellents ouvrages que je vous indiquerai si vous m’en faites la demande.
Le dernier point sur lequel je désire attirer votre attention, c’est que Berlin ayant peu à peu incorporé toute les bourgades et villages avoisinants, il faudrait, pour la comparer à Paris imaginer que celui-ci s’étendrait de Versailles à Lagny : une sorte de Gross Paris ! Mais au demeurant, la densité de la population est à Berlin cinq fois moins forte qu’à Paris. Quoi ! Vous voulez des chiffres ? Je ne vous connaissais pas un appétit si vorace pour ce qui ressemble tant à la mathématique ! Soit. Sachez donc, ma cousine, que Berlin mesure d’est en ouest quelques 34 kilomètres, alors que Paris n’en compte que 12. sachez encore que la superficie de Berlin est de 890 km2, pour 105 à Paris, et que les populations étant respectivement de 3.400.000 et 2.166.000 habitants, il en ressort, suivant les principes les plus sacrés de l’arithmétique des densités de 3.820 habitants au kilomètre carré pour Berlin contre 20.628 pour Paris. Là ! Etes- vous satisfaite ?
Vraiment, ma chère, vous m’avez épuisé. Il est temps que s’arrête ce voyage dans un fauteuil. Ne me serviriez-vous pas un gros doigt de whisky ? Bien que ce ne soit point un breuvage fort en usage à Berlin… Merci, sans eau, sans glace. Il me semble que je l’ai bien mérité ?
François Aureau
Berlin, octobre 2008
(Numéro 43, Novembre)
Allons enfants …
Une compétition internationale de balle au pied. Les hymnes nationaux sont joués. La Marseillaise est sifflée. Evitons de nous poser la question de savoir dans quels cas ; on nous accuserait encore des pires arrière-pensées. Pour mettre fin à ces pratiques pour le moins désobligeantes, plusieurs solutions, plus ou moins radicales, sont envisageables :
1. Supprimer les compétitions.
2. Supprimer l’exécution (le terme est bien trouvé !) des hymnes nationaux.
3. Jouer une musique neutre, du genre de l’Hymne à la Joie ; mais quand l’Allemagne sera sur le terrain, ne se sentira-t-elle pas soutenue ?
4. Jouer une rengaine idiote : « Tous nus et tous bronzés » ou « La marche des canards », bien dans les goûts relevés de l’assistance.
5. Ou bien (et j’ose le dire : trait de génie !) : jouer en même temps les hymnes nationaux des deux équipes. On ne pourrait alors siffler la Marseillaise qu’en sifflant simultanément l’autre hymne, ce qui découragerait vraisemblablement les sibilants.
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Le pompier pyromane
Tout est parti de la crise des subprimes. J’aurais tendance à traduire par : prêts foireux. Par la titrisation, les banques qui s’étaient prêtées à ces manœuvres imprudentes, ont pu repasser le mistigri à d’autres banques. Dès que la machine s’est grippée suite au retournement du marché de l’immobilier, la répercussion sur l’ensemble du système était inévitable.
S’agit-il là, au-delà des fluctuations normales des marchés et de leurs ajustements sains et nécessaires, d’une défaillance du capitalisme libéral ?
A y bien regarder, on découvre que Fannie Mae et Freddie Mac, deux sociétés au cœur du tremblement de terre dont l’épicentre est aux Etats-Unis, sont des entreprises semi-publiques, liées au parti Démocrate et ayant bénéficié de faveurs très particulières. Encore une fois, là où la politique côtoie de trop près l’économie, les conséquences sont toujours désastreuses.
Et ceux qui maintenant crient au scandale de marchés débridés et hors contrôle, oublient-ils que la crise actuelle s’est déclenchée et déroulée sous l’égide d’un arsenal de lois et de règlements concoctés par les politiques ? N’est-ce pas au contraire le nombre trop important de soi-disant garde-fous qui a rendu cette crise possible ? Tous les Etats veulent maintenant « refonder le capitalisme ». Ils oublient, eux aussi, que c’est à l’intérieur d’un corset qu’ils lui ont imposé que les évènements actuels se sont produits. Nous n’avons aucune garantie qu’ils feront mieux avec leurs dispositions nouvelles. Peut-être même feront-ils pire.
Je m’interroge également sur la pertinence des « plans de relance ». A-t-on déjà vu ces dispositifs keynésiens fonctionner ? Ils seront sans doute encore moins opérants dans une économie mondialisée.
On en vient à se demander s’il n’eut pas mieux se résigner à la faillite de quelques banques mal gérées, ayant bénéficié de l’incompétence ou de la collusion des Organismes de Notation. Sans parler de la totale inefficacité des multiples agences officielles censées surveiller les marchés financiers.
Enfin, cette crise est pain béni pour les gouvernements qui n’avaient pas su, ou pas voulu, procéder aux réformes depuis longtemps nécessaires, pour ne pas dire impérieusement indispensables, et qui vont ainsi trouver de bien faciles excuses pour accroitre leurs déficits et enfoncer un peu plus encore une dette déjà insupportable. Les interventionnistes de tous poils jubilent : ils vont à nouveau pouvoir s’immiscer dans l’économie, et lui faire subir tous les maux dont s’accompagnent toujours les velléités étatistes. Vous ne voyez pas à qui, en particulier, je fais cette discrète allusion ?
Heureusement, malgré tout, qu’il reste un peu d’Europe : celle-ci nous empêchera, peut-être, d’aller trop loin dans l’errance.
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Saynète
« Je suis prête », me dit-elle.
Il est quatorze heures trente. Je saisis ma canne et mon chapeau ; je suis déjà à la porte, clés en main.
« Ah ! Où ai-je mis mon écharpe ? Ici ? Non … Là, peut-être ? »
L’écharpe est retrouvée.
« Oh, mon Dieu ! Mais ce pullover ne va vraiment pas avec mon manteau. Attends, il faut que je change ».
Elle retire son manteau, son pullover et en cherche un autre, mieux assorti. Il est trois heures moins vingt.
A mon humble et marital avis, quand il y a dix minutes elle m’a dit : « je suis prête », elle n’avait sans doute pas mesuré très précisément tous les degrés de la prêtitude. Etait-elle « prête », ou prête à être presque prête, quasiment prête, ou prête de chez prête, prête à partir ?
« Ça y est », s’écrie-t-elle. « Oh ! Non ! Regarde mes ongles : il faut absolument que je remette une couche de vernis ».
Trois heures moins dix : ça y est, on est partis !
NB : Toute ressemblance avec une personne de votre connaissance ne serait, évidemment, qu’une malencontreuse coïncidence.
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Les femmes sont si bavardes que, parfois, elles arrivent à se couper elles-mêmes la parole.
La femme propose, et puis … la femme dispose.
De sujets, nous sommes devenus citoyens, puis contribuables, assujettis, administrés et assistés. Voyez-vous vraiment une progression ?
SDF
Comme chaque hiver, les déboires des Sans Domicile Fixe refont la une de l’actualité, et deux questions se reposent avec la même intensité toujours renouvelée :
1. Il n’y a pas suffisamment de places adaptées pour les SDF.
Solution : Limiter l’accès aux HLM aux personnes ayant des revenus véritablement faibles (deux fois le SMIC pour un couple avec deux enfants ?) ; les occupants indus disposeraient d’un court délai pour se reloger dans le parc locatif privé, ce qui aurait pour effet collatéral bénéfique de relancer le marché immobilier.
2. Peut-on contraindre les SDF à se mettre à l’abri ?
Solution : On ne peut contraindre par corps que l’auteur d’un délit. Donc, il faut réinventer le délit de vagabondage, qu’on a effacé dans la plus grande discrétion en 1994. Si, de plus, la solution au premier problème avait été mise en place, les scrupules que certains pourraient avoir vis-à-vis de cette contrainte n’auraient plus lieu d’être.
F. Aureau, Obrechies, Novembre 2008
(Numéro 44, Décembre)
La responsabilité des mineurs vient de faire l’objet d’un débat très public. Peuvent-ils être pénalement responsables et susceptibles d’être condamnés, éventuellement à des peines de prison ? Si la réponse de la société est : non, alors, ce sont les parents (ou le gardien) qui doivent être pénalement et financièrement responsables et éventuellement condamnés en lieu et place des mineurs qu’ils n’auraient pas su maintenir dans le droit chemin.
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Où vous êtes, il pleut & il fait froid. Vous voulez prendre un peu de soleil ? D’accord, mais où ? Je vous déconseille le Maghreb, la Lybie, l’Egypte. Les Caraïbes ne semblent pas une destination très calme, ni l’Irak et l’Iran. Pas plus que les dictatures musulmanes issues des anciennes Républiques de l’ex-Union Soviétique. Saint Petersburg et Moscou : à éviter. N’allez pas bien sûr au Yémen, ni au Liban, en Syrie ou au Kurdistan. L’Inde ? Non. Le Tibet : pas davantage. Birmanie, Thaïlande : mieux vaut être ailleurs. La Corse, la Colombie seront soigneusement contournées. Les Bretons sont violents et les Irlandais sanguinaires. Je connais un petit village … Non, je plaisante, en plus il y pleut toujours. Et puis, comme le jour de votre hypothétique départ la SNCF ou Air-France seront en grève : restez chez vous !
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La diversité ethnique est à la mode. Il faudrait qu’elle soit partout dignement représentée : dans les Entreprises, dans l’Administration, le personnel politique, l’Armée, la Marine et jusque chez les artisans charcutiers. Mais pour savoir si, un jour, le but est atteint, il faudrait savoir quel est le chiffre visé. Et pour le savoir, seuls des recensements intégrant les critères ethniques, pourraient donner la réponse. Or ceux-ci, en France, sont interdits, donc…
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L’Etat ne cesse d’infantiliser les citoyens qui deviennent chaque jour davantage des administrés débiles. On veut maintenant « réguler », c’est en langage soft réglementer les crédits à la consommation. Plus on en fera, et moins les gens seront à même de se prendre en charge eux-mêmes. Eduquer oui, réglementer : non ! Que l’Etat règlemente quand nos actions peuvent nuire à autrui, soit. Qu’il nous dise à quelle vitesse rouler, soit encore. Mais qu’il nous impose combien d’heures il faut travailler, quels jours, et jusqu’à quel âge ! Et ces populations incapables de gérer un (souvent mince) budget familial vont être appelées, par le vote, à se prononcer sur le budget d’une Nation ? Quelle sinistre blague.
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La réforme est-elle en panne ? Oui, sans doute ; mais a-t-elle été entreprise ? Je crois que non. La réforme des Régimes spéciaux de retraite semble n’avoir été qu’une vaste mascarade, où ce qui a été obtenu des bénéficiaires aurait été plus que largement compensé par de nouveaux avantages négociés avec les syndicats dans la pénombre la plus impénétrable. Une étude officielle serait actuellement en cours et montrerait que cette réforme coûtera plus au contribuable qu’elle n’est censée lui avoir rapporté. Sera-t-elle rendue publique ?
L’instauration du Service minimum dans la fonction publique est un autre exemple d’une réforme soi-disant faite, mais qui n’est qu’un vaste & inefficace machin. La réforme du travail dominical n’est que le pâle avorton de ce qu’elle aurait du être, comme celle de la réforme de la carte scolaire. La TVA sociale, excellente idée, n’a même pas été tentée.
La privatisation de la Poste : abandonnée ; la réforme du Lycée : reportée … aux kalendes grecques ? Les réformes abordées n’ont été réalisées qu’à minima, sans aller au fond des choses, et seulement pour pouvoir dire : on l’a faite !
Pendant ce temps, les taxes nouvelles fleurissent (plus de cinquante en moins de deux ans), le déficit est allègrement maintenu, la réduction du train de vie n’est même pas évoquée, la dette (celle de nos petits-enfants) engraisse et s’arrondit ; quand à l’engagement du candidat de réduire de 4% le montant des prélèvements obligatoires, il est tombé dans les oubliettes des promesses électorales. La crise aura bon dos. Au moins elle donnera une excuse à ceux qui, comme leurs prédécesseurs, auront foulé aux pieds la défense des principes qui les avaient portes au pouvoir.
F. Aureau, Obrechies, Décembre 2008
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
http://brevia.blogspot.com/
Janvier
Désamour
Les avocats protestent contre le projet du Gouvernement de transférer des Juges aux Notaires l’officialisation du divorce par consentement mutuel quand les parties sont d’accord sur tous les points de la séparation. Ils mettent en avant la nécessité de protéger, grâce aux conseils des hommes de robe, la partie la moins apte à se défendre seule. Ils insistent sur le passage devant le Tribunal, afin que le Juge constate l’équité de la transaction. Ils omettent de rappeler que certains avocats font la moitié de leur chiffre d’affaires grâce à cette obligation qui est faite aux couples en mal de rupture de judiciariser leur décision.
Admettons, pour un instant la justesse de leur point de vue. Et si un juge est nécessaire pour défaire les liens du mariage, ne le serait-il pas encore bien davantage pour nouer ces mêmes liens. Il devrait alors s’assurer que l’intention des contractants est bien réelle, qu’ils ont bien compris toutes les conséquences de l’acte solennel qu’ils s’apprêtent à accomplir, ainsi que les implications présentes et futures du régime matrimonial dont ils ont fait le choix.
Une idée qui ne résiste pas au test de l’absurde est une mauvaise idée.
Buren, que de crimes on commet en ton nom !
Vous auriez sans doute été bien déçus, si je ne m’étais pas fait l’écho des propos de Daniel Buren (1938 - ) qui, dans les derniers jours de 2007 déplorait l’état de délabrement et de saleté dans lequel on laisse les colonnes qu’il a commises au Palais Royal. Ces monstruosités ont été installées en 1986 dans la Cour d’Honneur du Palais Royal malgré l’avis négatif de la Commission des Monuments Historiques, suite à une commande passée, au nom de l’Etat, par M. Jack Lang qui trouva ainsi à laisser dans le paysage un témoin supplémentaire de ses activités délétères.
Il faut démonter les colonnes, qui nous ont déjà suffisamment coûté, et les mettre en décharge, ou bien, si l’on veut vraiment être cruel, les remonter chez M. Buren qui pourra à loisir souffrir du spectacle permanent de sa principale (et unique ?) source d’inspiration : les « bandes rayées ».
HLN ?
Les SDF, soutenus par des Associations irresponsables, réclament la mise à disposition de HLN (Habitations à Loyer Nul), si possible équipées de chenils. Avec la mise en place du Droit Opposable au Logement, il n’y a plus de raison de trimer dur pour louer ou acquérir un logement. L’Etat, omniscient, omniprésent s’en occupe. Vous pouvez aller faire la fête !
Fumez, fumez, il en restera toujours
quelque chose !
Imagine-t-on le risque incendie garanti par une seule compagnie proposant un contrat unique à tarif unique quelque soit la taille et la dangerosité de l’immeuble à assurer ? C’est pourtant très précisément sur cette base que fonctionne notre « sécurité sociale que le monde nous envie ».
Hubert Jousset
Les fumeurs sont accusés, entre autres maux, de contribuer à creuser la tombe de la Sécurité Sociale. C’est vrai que soigner leurs cancers coûte cher à la collectivité. On devrait donc leur imposer un taux de cotisation plus élevé à l’Assurance Maladie. Pourquoi pas ? Mais il faudra aussi exiger des motocyclistes, des automobilistes, des skieurs, des spéléologues, etc … etc …des taux de cotisations en rapport avec la dangerosité de leurs addictions.
Quant aux fumeurs, dont la vie sera certainement abrégée par leur funeste habitude, et dont la mort prématurée est une aubaine pour les Caisses de Retraites, il faut, pour respecter un minimum d’égalité de traitement, ou bien majorer la retraite qu’ils touchent, ou bien diminuer leurs cotisations aux organismes de prévoyance de la vieillesse.
Spleen
D’après une étude récente, le moral des jeunes serait « plombé ». Quoi d’étonnant, si l’on songe que 70% d’entre eux n’ont pour idéal que de rentrer dans la Fonction Publique, et d’y vivre chichement aux crochets de la Société, en y périssant d’ennui pendant une quarantaine d’années, jusqu’au jour béni où ils pourront enfin jouir de leur maigre retraite ?
Ah ! Les beaux jours !?
Le Gouvernement cherche à mettre en place des dispositifs qui permettraient de priver de liberté les criminels considérés comme potentiellement dangereux et présentant de fortes probabilités de récidive, même après qu’ils aient purgé la peine à laquelle ils ont été condamnés. On en revient donc, enfin, au principe d’une Justice dont le rôle est de protéger la Société, et non plus de rééduquer les malfaiteurs.
Cependant, tous les mécanismes complexes que l’on mettra sur pieds ne feront que mettre en évidence les irréparables dégâts de la suppression de la peine de mort et – au moins – de la disparition de la prison à perpétuité : la vraie, sans remises de peine, qui garantissait qu’un individu dangereux reste sous les verrous jusqu’à la fin de ses jours.
Vive la taxe !
Taxe sainte, taxe bénie ! Taxes salvatrices et guérisseuses de nos maux ! Fleurissez, multipliez-vous, et recouvrez la surface de l’Hexagone. Est-il un souci auquel vous ne puissiez apporter un remède ? Les pêcheurs ne peuvent répercuter dans le prix du produit de leur pêche l’augmentation du carburant de leurs navires ? Qu’à cela ne tienne : une taxe sur le poisson. La télévision publique veut-elle se libérer du carcan de l’audimat, se consacrer à de vrais programmes culturels, et se passer des recettes de la réclame ? Au lieu de la dimensionner en fonction des ressources qui lui sont affectées (la redevance télévisuelle), on imagine … de nouvelles taxes (infinitésimales ?) sur la téléphonie, l’Internet … ! Pour décourager les utilisateurs de voitures trop consommatrices : une taxe, pudiquement baptisée « écopastille » ! Et ne prévoit-on pas une taxe (infinitésimale ?) sur les hôtels de luxe pour financer l’entretien des bâtiments historiques ? Sans parler des franchises médicales pour parer aux conséquences de l’augmentation – inévitable – des frais liés à l’Alzheimer ?
Devant ce déferlement de la taxomanie, deux remarques s’imposent :
Premièrement, il est malsain et dangereux de gager une action de l’Etat sur une recette particulière. Si celle-ci vient à faiblir, qu’advient-il de l’action qu’elle était censée financer ? Les recettes de l’Etat doivent former un tout, et avec ce « tout », l’Etat doit subvenir à ses charges.
Enfin, est-on bien certain d’être sur la voie de la promesse présidentielles qui s’était engagée à diminuer de quatre points le taux des prélèvements obligatoires ?
La gifle de Berlaimont
Celui qui sème le vent récolte la tempête, et nous n’en avons pas fini de moissonner les fruits amers de 1968 : à Berlaimont, un professeur gifle un élève de 6ème, fils de gendarme, qui l’avait auparavant traité de « connard ». La famille porte plainte, et le professeur passera en correctionnelle.
Les châtiments corporels ne faisant plus partie de l’arsenal disciplinaire de l’Education Nationale, le professeur n’aurait pas dû se laisser aller à ce geste instinctif. D’autre part, l’élève devrait être lui aussi sanctionné.
Quand on sait quel climat d’incivilité et de violence peuvent régner dans certaines classes, on se demande comment il serait possible d’y rétablir l’ordre. Un moyen semble à la portée du corps professoral : il suffirait que chaque fois qu’un enseignant se fait insulter par un élève il porte plainte, et que – l’enfant étant pénalement quasiment irresponsable – la famille soit condamnée à une amende. A la première incivilité, 1% du revenu annuel de la famille, 5% à la deuxième, 10% à la troisième.
On verrait très rapidement les familles, même les familles de gendarmes, mettre un frein aux débordements verbaux de leur progéniture.
T’as de beaux yeux, tu sais ?
(Oui, mais tu es aveugle !)
Conférence de Jacques Marseille, organisée à Valenciennes,
le 1er février 2008, à l’initiative du Rotary Sambre-Hainaut
et de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes
sur le thème :
Forces et faiblesses de la France d’aujourd’hui,
Menaces & Opportunités
au bénéfice de la Fondation Rotary
pour l’éradication de la poliomyélite dans le monde.
Que vous dirais-je de Jacques Marseille ? Historien, géographe, politologue, statisticien, il sait avec bonhomie et pertinence mettre en évidence le bon sens ; mérite immense, car, comme chacun le sait, c’est la chose du monde la plus mal partagée.
Coté cour, on commence par le constat du moral des Français, dont deux études récentes font entrevoir les profondeurs abyssales. Tant en ce qui concerne le moral des ménages que celui des jeunes, et qui nous placent, dans tous les compartiments du jeu dans les tous derniers de la classe européenne (1). Jacques Marseille considère que nous sommes uns société où domine la défiance, contrairement à d’autres pays où c’est la confiance qui règne.
Toujours coté cour, le chômage. Qui certes évolue dans le bon sens : nous en sommes à 8%, et c’est le meilleur chiffre depuis 1983. Mais ce chiffre est biaisé, car si du dénominateur on retire les actifs que ne menacera jamais la perte d’emploi (les fonctionnaires), le taux peut monter jusqu’à 20% ! Et c’est ce dernier chiffre qui est « ressenti » par la population, d’autant plus que l’inactivité se concentre sur les jeunes et les vieux.
Citons encore le … pouvoir d’achat. En France le salaire médian est de 1.500 € net par mois. C'est-à-dire qu’il y a autant de Français qui gagnent plus, et autant qui gagnent moins. Le pouvoir d’achat ne peut s’améliorer QUE par la croissance. Si la France avait eu la même croissance que la Grande-Bretagne (c’est à dire sur les dernières années 1% de plus par an), chaque Français disposerait, en moyenne, de 6.000 € de plus par an.
Enfin, la dette. Le service de l’intérêt absorbe la totalité de l’impôt sur le revenu. Pourtant, sa diminution drastique, par décroissance des dépenses de l’Etat, est le SEUL moyen de redonner du pouvoir d’achat. Le Gouvernement ne dispose plus d’AUCUNE marge de manœuvre, car la France est le seul pays à n’avoir RIEN fait en ce domaine (2).
De fait, il existe en Europe deux modèles économiques et de société. L’un, reposant sur une base protestante de confiance (les pays scandinaves), l’autre, anglo-saxon, où domine la flexibilité et l’argent. La France est déchirée entre ces deux options et n’arrive pas à faire son choix.
Venons-en coté jardin : les atouts, largement inexploités, de la France. Et tout d’abord, la natalité, la plus forte d’Europe, et en contradiction avec la morosité des ménages : faire des enfants, n’est-ce pas, d’un certain sens, croire à l’avenir ? La dénatalité en Europe, en général, équivaut à un suicide.
La géographie nous favorise également. Strabon ne disait-il pas déjà que ces contrées étaient bénies des Dieux ? La France est idéalement située sur la péninsule européenne.
Enfin, ce que Jacques Marseille appelle la « Marque France » ou le « Désir de France ». Nous sommes en effet la première destination touristique mondiale. Mais cette « chance » est trop peu exploitée, et la France n’est pas accueillante. C’est pourquoi, bien qu’étant la première destination touristique, les étrangers dépensent moins chez nous qu’ailleurs. Nous n’avons pas encore le sens du « service », et c’est même une notion que nous méprisons. Serait-ce parce que « service » vient de Servus, esclave ! Or, justement, nos sociétés sont passées de l’ère de l’industrie à celle du service. Mais quelle chance avons-nous de réussir alors que la pratique de l’anglais est si peu répandue ?
Cependant, nos points d’excellence ne manquent pas. Les « textiles techniques » en sont un exemple ; si les besognes manufacturières se sont délocalisées, il n’en va pas de même des activités de conception et de marketing. Par malheur, même pour ces fonctions, nous sommes moins attractifs que (certains de) nos voisins. Et ce qui maintenant nous menace, c’est la fuite des hauts salaires ; croit-on pouvoir la compenser en « important » les vieux Anglais qui colonisent le Périgord ?
Répondant aux questions de l’assistance, Jacques Marseille a ainsi l’occasion de développer quelques autres idées :
· La repentance est un symptôme de pessimisme. Et la France, malgré ses (très) faibles performances croit encore, comme les Etats-Unis, qu’elle est porteuse d’un message universel. Elle doit apprendre l’humilité.
· Le compte d’exploitation d’une chaussure « Nike » :
15 pour la fabrication, dont 2 de salaires
15 pour le marketing et la publicité
15 pour la distribution
15 : bénéfice
60 : prix de vente
On peut encore créer de la valeur, même sans « fabriquer ».
· Coût salarial/salaire net. Un salaire net de 1.200 entraîne de charges sociales salariales de 300, et patronales de 600. coût total : 2.100. Jacques Marseille suggère de donner à chaque salarié son salaire de 1.200, et un chèque de 900 à l’ordre de l’Etat, qu’il devra signer et envoyer par enveloppe T. Cette réforme ne coûte rien, et ferait palper à chacun le coût réel du « salaire différé ».
· Bien que la classe politique soit celle dans laquelle le Français « investit » le plus, c’est celle dans laquelle il a le moins confiance. Il ne peut donc être QUE déçu.
· Pour « changer les choses », il ne faut pas tout attendre de l’Etat, chacun d’entre nous doit se mettre à la tâche !
C’est le mot de la fin, et Jacques Marseille s’éclipse sous les applaudissements nourris du public.
(1) l’anecdote du portefeuille « perdu » sur un trottoir, avec les coordonnées du propriétaire : 100% rapporté dans les pays du Nord, 60% en France, et (ouf !) 28% en Italie !
(2) J. Marseille cite le chiffre de 1.000 milliards (€) pour la dette. Mais ce n’est là que celle de l’Etat. Si l’on y ajoute les autres dettes publiques on arrive à 2.000 milliards. Ce qui veut dire que CHAQUE Français, du bébé qui vient de naître au vieillard agonisant, a une dette de plus de 30.000 €. Si l’on rapporte cette dette à la population active, la seule en mesure d’ « éponger », on obtient une dette de 100.000 € par actif moyen !
Février
La Guerre des Taxis (après les Taxis de la Guerre !)
6 février 2008. Pour la deuxième fois en moins de 10 jours, les chauffeurs de taxis manifestent contre la proposition du Rapport Attali d’augmenter le nombre de taxis. Or, il est de notoriété que la disponibilité des taxis est totalement insuffisante. Ici, comme ailleurs, seul le marché peut réguler l’offre et la demande. Le système aberrant des « licences » doit être aboli. Tant que le marché sera favorable, il attirera de nouveaux intervenants ; quand il cessera de l’être, leur nombre diminuera.
Au début du siècle dernier, les chauffeurs de taxis devaient obtenir une « autorisation », simple vérification du fait que le candidat possédait les aptitudes nécessaires à l’exercice du métier, comme pour un médecin ou un architecte.
Avant le début de la deuxième guerre, on a commencé à limiter administrativement le nombre d’ « autorisations ». Plus tard, ces autorisations sont devenues cessibles : c’est alors que s’est formé l’imbroglio où nous nous trouvons ce jour d’hui.
En effet, si l’on réintroduit sur ce marché la nécessaire liberté, il est incontestable que les 44.000 taxis qui « servent » le public seraient intolérablement lésés si la valeur marchande des licences qu’ils ont acquises était annulée.
Avec un prix moyen autour de 130.000 €, la valeur cumulée de ces licences représente environ 6 milliards d’euros. C’est cette somme que l’Etat, qui a encaissé le produit de la vente des licences d’origine, devrait rembourser aux chauffeurs pour sortir définitivement du pataquès où il s’est lui-même fourré.
Or, 6 milliards d’un coup, c’est sûrement trop pour nos finances délabrées. Mais on pourrait envisager de ne rembourser les licences qu’au fur et à mesure du départ à la retraite des détenteurs actuels, ce qui permettrait d’étaler la dépense sur une quinzaine d’années, la rendant ainsi plus supportable (400 millions par an), même si en définitive ce sont les générations futures qui solderont le compte, car, dans quinze ans, la dette publique n’aura pas été annulée.
Mais que nos descendants ne se plaignent pas : en contrepartie de la charge, nous leur laisserons aussi un marché assaini ?
De sains pratiques
Toute entreprise qui embauche un salarié, vérifie si son niveau de connaissances correspond au poste à pourvoir. Elle vérifie aussi si le candidat a les aptitudes psychologiques, le tempérament requis par la fonction. Tout le monde fait cela, sauf le plus grand employeur du pays : l’Education Nationale, qui se contente de vérifier les connaissances. D’où le nombre d’enseignants qui n’ont pas les qualités « morales » qui leur permettraient d’exercer leur métier dans des conditions acceptables, tant pour eux que pour leurs élèves.
Brevissima
La France justifie ses troubles agissements au Tchad en arguant du fait que M.Idriss Déby Itno a été légitimement élu. Si un dictateur qui a pris le pouvoir par la force perdait des élections, ce serait une première mondiale. Les dictateurs ne sont jamais battus dans les urnes. Seule une nouvelle révolution armée peut les évincer.
Rien n’est grave ; de toute façon, dans quatre milliards d’années le soleil se sera éteint.
Après la politisation des « people », la peopolisation des « politiques » !
Les Français sont experts en révolutions, mais inexpérimentés en matière de réformes.
Avant le socialisme, nous étions volés par les riches, maintenant nous avons la consolation d’être volés par les pauvres.
Vingt fois sur le métier…
Le Gouvernement vient de porter sur les fonds baptismaux ce qui est sans doute le vingtième « Plan banlieue ». Les « Plans », c’est notre spécialité, notre péché-mignon, et la bouée que nous lançons au secours de nos insolubles problèmes. Nous avons eu le « Plan informatique », le « Plan textile », le « Plan machine-outil », … Aucun n’a enfanté de miracles, tous ont coûté des sommes infernales, et tous se sont enlisés dans le fatras des contradictions administratives, pour finir par se dissoudre en plein milieu de nulle-part.
Combien êtes-vous prêt à miser sur le « Plan banlieue » ?
Il faut deux ans pour apprendre à parler,
Et toute une vie pour apprendre à se taire.
Chaque jour, dix mille emplois sont créés en France, et dix mille sont perdus. Les 595 emplois d’Arcelor-Mittal à Gandrange en font partie. Le sidérurgiste s’est d’ailleurs engagé à ce que soient reclassés dans le Groupe les salariés concernés. Alors, pourquoi tout cet émoi, pourquoi pas le même tapage pour les 9.405 autres emplois quotidiennement perdus ? Et pourquoi pas un peu de publicité pour les 10.000 emplois créés chaque jour ? Tout cela sans mentionner qu’on ne voit pas bien sous quels fallacieux prétextes et par quels moyens obscurs – et sans doute illégaux – l’Etat interviendrait dans les affaires, par ailleurs prospères, du sidérurgiste indien, qui n’attend certainement pas de l’Etat français des recettes pour gérer ses activités.
Moralité : il va falloir apprendre à réfléchir avant de parler.
Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?
Il parait que les personnes en difficulté peuvent espérer se voir attribuer jusqu’à cinquante-quatre aides différentes ! Cinquante-quatre administrations qui reçoivent des dossiers, qui les étudient, les perdent, les redemandent, qui versent, qui contrôlent ( ?), bref … qui s’occupent ! Quel immense gâchis.
Sans parler du fait que les heureux bénéficiaires, acharnés à rassembler les pièces de leurs cinquante-quatre dossiers, à les photocopier, à relancer ou reconstituer les dossiers égarés, ne doivent plus avoir beaucoup de temps à consacrer à la recherche d’un emploi ?
Sans prendre un plaisir excessif à me citer moi-même – ce qui pourtant n’est pas si désagréable – je voudrais rappeler ici une des propositions de mon Programme Présidentiel (voir Brevia Novembre 2006) :
Toutes les aides d’Etat, des Collectivités Territoriales, toutes les réductions, dégrèvements ou dispenses de taxes, d’impôts, seront supprimés, et remplacés par une allocation unique de survie (AUS) qui sera calculée en fonction du nombre de personnes du foyer. Elle devra permettre de subvenir aux besoins de base essentiels, et rien d’autre.
Berlin, 26 février 2008
(Numéro 35, Mars)
Notes de Voyage
Le Rotary Club en Allemagne
On ne sera pas surpris d’apprendre que les réunions des Clubs allemands sont plus solennelles et conduites avec plus de rigueur que celles de nombreux Clubs français.
Non pas qu’il n’y règne pas la camaraderie qui est un des principaux charmes de cette Organisation, mais celle-ci est plus formelle. On ne s’y interpelle pas par le prénom. On dit : « Wie geht es Ihnen, Freund X ? ». On n’y donne point non plus l’accolade aux rotariennes !
On se fait aussi une règle que chaque réunion soit illustrée par une intervention de haute tenue, très souvent prononcée par un membre du Club, mais aussi par des personnalités locales.
A titre d’exemple, je voudrais évoquer deux réunions du Club de Berlin-Süd qui est mon havre rotarien lors de mes séjours berlinois.
Le 18 février :un des violoncellistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, membre du Club, présente le film (Trip to Asia, die Suche nach dem Einklang) tourné à l’occasion d’une tournée asiatique de la Philharmonie. (Nous nous sommes précipités pour aller voir en avant-première ce film : passionnant, et mettant bien en lumière les difficultés d’amalgamer de fortes personnalités de toutes origines dans un ensemble cohérent. Sir Simon Rattle y apparaît comme un profond philosophe doué d’un humour britannique irrésistible). Puis le responsable des Caisses d’Epargne du Brandebourg expose les spécificités de sa banque, et, comme nous sommes en Allemagne, aucun des banquiers « traditionnels » présents ne contredit l’orateur.
Le 25 février : Freund Georg von Marwitz, Membre du Club de Frankfurt an der Oder, nous parle de son retour dans la propriété de ses ancêtres après les restitutions ayant marqué la fin de la RDA. D’abord accueilli avec méfiance (« les Junkers sont de retour ! »), il organise un Centre pour la jeunesse dans son village, puis un centre itinérant pour celle des villages voisins, et, enfin … un Lycée privé, qui, après peu de temps est submergé de demandes d’admissions.
Les Clubs allemands ont pour coutume de faire circuler pendant les réunions une tirelire où chacun verse une obole, comme nous le faisions au siècle dernier quand nous allions encore à la Messe dominicale donner les répons en latin. Ce n’est pas un sacrifice insupportable pour les Membres présents, et à la fin de l’année, cela fait encore un petit « plus ».
Ils pratiquent aussi les Fondations, sans doute favorisées par une législation fiscale plus conciliante que chez nous – ne pas confondre avec les Fondations domiciliées au Lichtenstein !
Enfin, les Clubs allemands consacrent une plus faible partie de leurs ressources à nourrir leurs Membres : au Club de Berlin-Süd, dans les salons d’un hôtel de très bon standing, on ne paye pour le déjeuner que 14 euros. Il est vrai que l’on n’a droit qu’à une assiette de crudités et à une petite bouteille d’eau minérale !
Andere Länder, andere Sitten !
François Aureau
Berlin, le 27 février 2008
Ja, liber Diethelm, das waren Zeiten !
Et je me souviens de certaines images qui seraient pour nos enfants comme tirées de la plus haute Antiquité : les locomotives jetaient de noires fumées qui saupoudraient les voyageurs jusque dans les wagons bien fermés ; pour accéder aux quais du Métro, il fallait donner son billet à un être humain, assis là, à poinçonner. C était le fameux poinçonneur, des Lilas ou d’ailleurs.
Dans les rues de Paris, les pains de glace étaient débités et livrés par des voitures tirées par un vrai animal vivant : un cheval ! Et dans les campagnes, chose incroyable, ces mêmes chevaux étaient attelés à des charrues, des faucheuses et des tombereaux. Après la moisson, les glaneuses passaient dans les champs, ramasser quelques épis épars, et les paysans les plus pauvres envoyaient leurs enfants faire pâturer les vaches, tenues à la longe, le long des chemins.
Et dans ces mêmes rues de Paris, le dimanche matin, passaient les chanteurs des rues. On donnait cent sous aux enfants qui les enveloppaient dans un petit morceau de papier journal (pour ne pas gâcher), et qui d’un geste gracieux les jetaient aux chanteurs qui faisaient une sorte de révérence (le mien ne pouvait pas, il avait une jambe de bois).
Nous étions alors tous, plus ou moins, habillés comme de petits princes anglais, et nos mères regardaient d’un œil torve les « femmes en cheveux ». On ne sortait pas nu-tête, et certains hommes encore, ne se séparaient pas de leur canne, qui bien sûr n’était pas un simple prolongement orthopédique, mais la touche finale de l’accoutrement d’une personne « convenable ».
Presque tout le monde allait à la Messe, les claques ou fessées données aux enfants récalcitrants ne se terminaient pas dans un prétoire, les cadeaux étaient rares et, de ce fait, appréciés.
Les voitures automobiles roulaient, certes, mais les pannes et les crevaisons étaient fréquentes : en Bretagne (Province particulièrement arriérée), on roulait au milieu de la route pour ne pas ramasser les clous des fers à chevaux.
Et tassés à l’arrière des véhicules, les enfants poussaient un « Hourra » d’enfer quand, au bout d’une longue ligne droite, le pied du père ou de l’oncle à fond sur l’accélérateur, avait propulsé le véhicule à 100 km/heure, ou presque. Et l’on disait, avec quelle fierté : j’ai fait du cent à l’heure !
Je ne dirai rien de l’évolution des dessous féminins, car nos mères, pudibondes, ne nous montraient pas les leurs, et nous étions trop jeunes pour chercher ailleurs des informations.
Ja, lieber Diethelm, das waren Zeiten ...
EST-CE UN BIEN, EST-CE UN MAL ?
Un paysan chinois, dit-on, et son fils avaient pour seule richesse un cheval. Un jour, le cheval s’enfuit de l’enclos. Tous les villageois disaient : Quel malheur !
Le paysan répondit : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
Un jour, le cheval revint, suivi de trente chevaux sauvages. Tout le village disait : Quel bonheur !
Le paysan disait : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
Le lendemain, le fils essayant de dompter un des chevaux sauvages, tomba et se cassa la jambe. Le village : Quel malheur !
Le paysan : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas.
La semaine suivante, la guerre fut déclarée, et tous les jeunes gens valides enrôlés, donc pas le fils du paysan. Le village : Quel bonheur !
Le paysan : Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais pas…
(d’après J.J. Crèvecoeur)
A quoi bon une Télévision d’Etat ?
Les Etats continuent d’entretenir des Télévisions, comme nos arrière-grands-pères entretenaient des danseuses. Et pas seulement en France, où les relents de dirigisme colbertiste auraient pu nous faire anticiper ce travers.
Quelle peut donc être la justification d’une telle ingérence, et d’une telle taxation ? En effet, que vous regardiez de temps à autre la Télévision d’Etat, ou que vous ne la regardiez jamais, vous êtes également ponctionné.
Certes, le niveau moyen des émissions est si lamentable que l’Etat se sent peut-être investi d’une mission pour offrir au public des spectacles moins navrants. On peut admettre ce point de vue, tout en se demandant pourquoi il n’y aurait pas , tout aussi bien, une littérature d’Etat, une peinture d’Etat, une sculpture, un cinéma, et un théâtre d’Etat, tous confiés à des fonctionnaires qui en assureraient la conception et la réalisation.
Mais si l’intervention de l’Etat se justifiait par une meilleure qualité des programmes, pourquoi tant d’émissions débiles sur les chaînes publiques ? Pourquoi cinq chaînes publiques ? L’Etat doit-il distraire (moins bêtement) le citoyen, ou se contenter de l’éduquer ? Quelle est la valeur ajoutée d’une chaîne publique quand elle diffuse d’abêtissantes séries américaines ?
Une chaîne, une seule, qui serait la chaîne de la culture, avec des programmes inspirés de ceux qu’offre Arte, suffirait largement à remplir cet objectif. En concentrant sur elle la totalité du produit de la redevance télévisuelle, on devrait trouver les moyens nécessaires à son existence. Elle serait sans doute assez peu regardée (comme Arte aujourd’hui), mais l’Etat aurait fait son devoir ( ?), et ne devrait pas plus s’en émouvoir qu’il ne s’émeut de voir RTL écouté davantage que France-Culture.
(20/09/2005)
PARITE, QUOTAS, BALIVERNES…
Si l’on peut comprendre les efforts faits par le monde politique pour assurer aux personnes de sexe féminin une présence plus équitable dans les différentes instances de la représentation populaire, par l’instauration d’un quota 50/50 sur les listes électorales, on peut avec justice se demander si ces tentatives sont bien celles qui seraient les plus déterminantes pour garantir au peuple une représentation la plus proche possible de la composition sociale de la Nation.
Car on pourrait aussi examiner s’il ne faudrait pas introduire des quotas pour que les blond(e)s soient aussi fidèlement présents que les brun(e)s, les unijambistes que les manchots, les fumeurs de cigares que les abonnés au gaz !
Mais plus important encore serait le dispositif qui permettrait aux différentes fonctions sociales le partage du pouvoir.
En effet, tout laisse à penser que la fonction publique est très lourdement surreprésentée au sein de l’Assemblée Nationale. Bien sûr, les statistiques officielles tentent, autant qu’elles le peuvent, de dissimuler ce fait, en concoctant des catégories qui masquent le phénomène. En essayant de les décortiquer, on arrive à la conclusion que les fonctionnaires, au sens juridique, qui comptent 5 millions de personnes (et 22%des salariés du pays) bénéficient de plus de 50% des sièges à l’Assemblée.
Cette proportion ne facilite pas – et peut-être empêche-t-elle – un grand nombre de réformes, et en premier lieu celles qui touchent à la modernisation de l’Etat. D’autant plus qu’au-delà des fonctionnaires proprement dits, sous des appellations diverses se dissimulent les professionnels de la politique. Si François Mitterrand, quand il était Député, était classé parmi les avocats, le scripteur de ce billet pourrait-il prétendre qu’il faudrait le ranger dans la rubrique des « premiers communiants » sous le fallacieux prétexte qu’il le fut … un jour ?
Aucun corps ne se réforme volontairement. Les entreprises le font sous la contrainte de la concurrence. Qui peut attendre de l’Etat qu’il se réforme lui-même, alors que tant d’avantages particuliers et occultes sont accordés à ses membres, sauf sous la pression de l’Opinion Publique ?
Et plus important peut-être encore que la préservation des avantages acquis de la classe politique, la profonde méconnaissance du monde réel – le monde économique – par le membre moyen de l’Assemblée est un obstacle aux réformes dont le pays a besoin.
En voulez-vous un exemple, un seul ? La Présidente de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité ( en abrégé : HALDE ! ) a modifié son opinion sur le curriculum vitae anonyme quand elle a appris, au hasard d’une conversation avec un journaliste que les employeurs avaient l’habitude de rencontrer les candidats avant de signer un contrat de travail ! On croit rêver !
Il est donc urgent de songer à ce qu’il faudrait faire pour encourager – sinon imposer – une participation plus raisonnable du pays réel dans la vie politique.
Comme, sauf à augmenter encore les charges des entreprises, on ne peut songer à doter les employeurs, cadres, et salariés du secteur privé des mêmes « bouées de sauvetage » que celles dont bénéficient les salariés du secteur public, c’est dans l’autre sens qu’il faut aller pour assurer l’égalité des chances, si chère aux tenants du « penser correct ».
L’afflux de fonctionnaires dans la représentation nationale serait certainement freiné si les élus issus de la fonction publique n’étaient pas assurés de retrouver leur corps d’origine, leur ancienneté et leur salaire après un échec politique.
Ce rééquilibrage semble encore plus vital pour le futur du pays que celui qui vise à obtenir la parité des sexes sur les listes électorales.
(décembre 2004)
How to live sumptuously
on nothing a-year?
Ça ne possède pas un sou, et c’est fier comme un Doge
Goldoni
Il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette,
et assez au-dessous pour pouvoir économiser chaque année
afin de rembourser les dettes anciennes
Turgot, 24 août 1774
Bien souvent, la littérature et la sagesse populaire se sont moqués de ceux qui vivent au-delà de leurs moyens, voulant cependant en imposer au monde. Si cette erreur est condamnable s’agissant d’un simple particulier, qu’en dirons-nous quand la majesté de l’Etat s’y livre ?
Et pourtant, c’est bien le cas de la France. Elle parle haut, donne des leçons à la Terre entière, et vit aux crochets de ses créanciers. Elle emprunte pour rembourser ses dettes, ce faisant les accroissant encore, à tel point que la charge de la dette est devenue son deuxième poste de dépenses. Et tout ceci en période de taux extrêmement bas (3,5%) ; dans quels abîmes plongerions-nous si ceux-ci venaient à remonter ?
Imaginez une seconde un quidam, convoqué devant une des fameuses Commissions de Surendettement et à qui l’on dirait :
- Combien gagnez-vous ?
- Je n’en sais rien en fait, car cela dépend … (de la pluie, du beau temps, de la conjoncture, …)
- Combien dépensez-vous ?
- Je le sais moins encore, car cela dépend aussi …
- Mais vos dettes représentent plus de trois ans de vos revenus !
- Qu’importe, je puis emprunter encore !
Vous riez, et pensez que le quidam est bon pour l’asile, puisque la prison pour dettes n’existe plus.
Cependant, la stabilisation de la dette, puis son remboursement sont une impérieuse nécessité, et passent bien avant notre panache de conservateurs immuables des Droits de l’Homme, et nos vains désirs de gloire et de puissance. Rétablissons l’ordre dans nos finances, et puis nous verrons si nous avons encore quelque chose à dire, et si d’aucuns seront là pour nous écouter. Sans vouloir ici en rechercher les causes, nous sommes devenus une puissance moyenne, et qui file un mauvais coton. Après avoir longtemps joué les héroïnes, il nous faut nous accoutumer au répertoire des suivantes. Soyons au moins respectables dans ce rôle nouveau, et ne prétendons pas être ce que nous ne sommes plus. Pour cela, commençons par rembourser notre dette, comme tout honnête homme. Or cette tâche n’est, semble-t-il, prioritaire pour personne : ni pour les gouvernants qui semblent avoir érigé en maxime la boutade de Louis XV (après nous le déluge), ni pour les gouvernés.
Les moyens de réduire drastiquement notre dépense existent, c’est le courage pour les mettre en œuvre qui manque. Cependant, même si cette volonté était présente, encore faudrait-il que le peuple soit convaincu que ses dirigeants sont fermement décidés à aboutir, et pour cela quelques mesures symboliques seraient nécessaires, sinon indispensables. On dirait à ce peuple, pour qu’il comprenne bien l’état calamiteux des finances publiques (c’est à dire les siennes, et celles de ses enfants) : « Il n’y a plus d’argent dans la caisse, nous sommes contraints de couper dans les dépenses improductives, jusqu’à ce que les voies d’eau soient bouchées. Nous ne fêterons plus le 14 juillet, toutes les dépenses somptuaires de l’Etat, et des collectivités locales seront réduites de 30%, nous allons vendre les biens nationaux qui ne sont pas strictement nécessaires au fonctionnement de la machine ; après le coup de plumeau qui a supprimé quelques dizaines de comités inutiles, nous allons donner un vrai coup de balai : ainsi les fonctionnaires qui sommeillent dans ces organismes pourront se consacrer à des tâches réellement utiles à la Nation. Bref, nous allons – enfin – faire vigoureusement ce que tout particulier ou toute entreprise au bord de la faillite doit et sait faire »
Dès que l’on se sera installé sur cette ligne de pensée, les opportunités de couper dans les dépenses tomberont comme la pluie à Gravelotte :
La recherche publique : nous considérons que nous n’avons plus les moyens de financer des expéditions pour investiguer les mœurs des antiques peuplades, les langages déchus, ou les accouplements des papillons tropicaux.
Les îles et autres territoires : elles sont plus de 10.000, réparties en différents groupes : la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Polynésie, la Calédonie, Mayotte, les Kerguelen, les îles Crozet, Wallis et Futuna, Saint-Paul, la Nouvelle Amsterdam, Saint Pierre et Miquelon, la Terre Adélie et … la Corse. Toutes émargent au budget de l’Etat, mais n’ont plus l’importance stratégique d’antan, grâce à l’arme nucléaire sous-marine, et nous arracheront de toute façon un jour ou l’autre, dans la douleur, leur indépendance que nous serions bien avisées, pour une fois, de leur offrir, comme l’ont fait avant nous la plus part des anciennes puissances coloniales.
Ainsi, entraînés dans ce cercle vertueux, nous réduirons la dépense dans un premier temps, puis apurerons la dette, puis diminuerons les impôts, rendant par-là le pays plus compétitif et plus attractif. Nous deviendrons une grosse Suisse, raisonnable. Chiche ?
(Janvier 2005)
L’AFFAIRE
Like all countries, Egypt has rich and poor,
the rich is Muhammad,
and the poor every one else.
Lord Palmerston
If a man learns the Law,
without intending to fulfil that Law,
it were better for him he had never been born.
Rabbi Hiyya
The licentiousness of the soldier is supposed to be approved
by the officer, when it is not corrected.
D. Defoe
Non, il ne sera pas question ici ni de l’Affaire Juppé, ni de l’Affaire Mazarine, ni de l’Affaire Elf, ni de l’Affaire Bérégovoy, ni des diamants de Bokassa, ni de l’Affaire Stavisky, ni de L’Affaire Dreyfus non plus que de celle du Canal de Panama, ni de celle du Collier, ni … ni de rien d’autre que de l’affaire Gaymard.
En effet, au-delà de l’anecdote tragi-comique du ministre, ce sont des thèmes plus graves que nous souhaitons aborder.
Mais tout d’abord l’anecdote : un ministre des finances ne pouvait pas s’installer dans un des deux logements de fonction du Palais Bercy, ceux-ci étant déjà occupés par deux des quatre ministres qui composent cette équipe, et doit donc se loger ‘en ville’ ; il a huit enfants et doit donc trouver un espace suffisant. Il loue donc, aux frais de l’Etat deux appartements de 300 m2 chacun qu’il fait relier, aux frais de l’Etat, par un escalier intérieur (c’est plus pratique) et qu’il fait ensuite, aux frais de l’Etat, modifier : il n’a quand même pas besoin de deux cuisines, l’une d’elles sera donc convertie en salle de gymnastique (ça, c’est pratique). Tout cela, non pas dans un quartier populaire (où l’on risque de rencontrer des citoyens, c’est embêtant), mais rue Jean Goujon, car c’est tout près de son bureau ( !?)
Voilà ! Il n’y avait pas de règle. Maintenant il y en a une.
De demi-mensonges en déclarations maladroites, voici notre ministre au bord de l’abîme.
Conclusion : l’absence de règles ne devrait pas proscrire le bon sens, et pour un ministre chargé de prêcher l’orthodoxie financière au citoyen-contribuable, quel manque de perception du sentiment populaire ! M. Gaymard n’est pas un bandit, c’est un maladroit.
Mais, mais surtout, quand notre classe polotico-administrative apprendra-t-elle à ne pas se servir de la caisse commune comme de sa propre bourse ? Quand l’Etat, et ses domestiques (car en effet, ministre signifie serviteur et plus spécialement celui devant passer les plats à table) apprendront-ils enfin l’économie (avec un petit e), et cesseront-ils de dilapider les fonds publics ?
Comment peut-on espérer inciter tout un peuple à faire les efforts nécessaires, indispensables, au redressement d’une situation calamiteuse quand les exemples sont si dévastateurs ?
Droite, Gauche et Centre confondus nous font la déplorable démonstration d’une gabegie généralisée. A tous les étages, de nos plus grands élus au modeste fonctionnaire municipal, aux Associations caritatives : abus de biens sociaux, détournements de fonds, enrichissements personnels, emplois fictifs. Dès que l’argent public circule, le risque de corruption existe ; et comme en France, 50% du PIB transite par l’Etat, ce ne sont pas les occasions qui manquent.
Aussi ne faut-il pas s’étonner si la France se retrouve au 21ème rang mondial de la corruption, derrière le Chili, mais, consolons-nous, mieux placée que le Botswana et le Costa- Rica. Certains pays portent au pouvoir des hommes très riches, partant du principe que même s’ils ont volé auparavant, ils seront moins tentés de se servir de leur position pour continuer à s’enrichir. A l’époque contemporaine, je ne vois guère que le Général de Gaulle dont on puisse dire avec plus que de la vraisemblance qu’il n’a pas détourné un seul centime.
Quel remède existe-t-il pour mettre fin à ce lamentable cambriolage généralisé ? Peut-être faudrait-il mieux payer les domestiques de l’Etat, et supprimer tous les avantages annexes, objets de tous les tours de passe-passe imaginables ? Faudrait-il que les condamnations pour abus de biens publics entraînent une inéligibilité définitive et un renvoi de la fonction publique ? Car il ne faut pas s’y méprendre : toutes ces économies de bouts de chandelles auraient tôt fait de remettre les finances publiques d’aplomb, et bien vite le budget serait en excédent. Vous avez oublié ce que cela veut dire ? C’est sûr, il y a si longtemps que ce n’est pas arrivé : dépenser moins que l’on ne gagne !
(février 2005)
Le temps de la déclaration…
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Avec vos feuilles de déclaration de revenus, vous avez reçu une lettre. Il s’agit bien évidemment d’une erreur : un chef de cabinet somnolant et distrait a recopié une missive écrite par le Ministre d’un autre pays à d’autres contribuables. Vous trouverez ci-dessous le texte qui vous est destiné :
REPUBLIQUE DU BANANA
Incurie, Incompétence, Impunité
Dépensez facilement vos revenus en ligne :
www.gaspillages.gouv.ba
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Un petit encouragement sera, le pensons-nous, bienvenu au moment où vous vous apprêtez à abandonner à vos congénères la moitié du fruit de votre travail.
Avec l’impôt sur le revenu, que seule une infime partie d’entre vous règlera, nous favoriserons l’assistanat généralisé, la croissance de la Fonction Publique, et le maintien des situations acquises.
Parce qu’on sait bien que ça vous fait mal, nous voulons que 2005 soit l’année des gogos. Nous prenons devant vous l’engagement que chaque milliard d’euros dépensé, le soit de la façon la plus futile et la plus improductive , en hypothéquant au maximum les chances de redressement de notre pays, et en bouchant au mieux l’avenir de vos enfants.
Tout le Gouvernement est mobilisé autour d’un seul objectif : que cet effort colossal soit pratiquement consenti en pure perte, sauf la partie nécessaire au maintien du train de vie somptuaire de l’Etat et de ses serviteurs.
En tant que cons, tributaires, vous n’avez aucun droit, et on n’est pas prêts à vous rendre des comptes. En complexifiant sans cesse la réglementation fiscale, en changeant en permanence les règles du jeu, on espère bien que vous vous y retrouverez de moins en moins.
Nous nous engageons d’autre part, fermement, à ignorer totalement et définitivement les remarques absurdes que la Cour des Comptes s’évertue à répéter, d’année en année, depuis plus d’un siècle.
Comptez sur nous !
Félicien Ubu
Ministre de la Patafinance (1)
(1) la patafinance est à la finance ce que la pataphysique est à la physique
Besoin d’affection ?
X – ça va ?
Y – oui, très bien. Depuis que j’ai un chien ! Le soir, quand je rentre à la maison, il est là pour m’accueillir. Une petite promenade, puis on dîne tous les deux, moi mon assiette, lui sa gamelle. Après le dîner, on regarde ensemble la télévision. Cette présence affectueuse et confiante comble tous mes besoins.
X – tu ne crois pas que tu devrais penser à te marier ?
Y – ah, non ! Une femme, dans un appartement, à Paris ! Tu n’y penses pas !
HOMMES, FEMMES
MODE D’EMPLOI
D’après une conférence de Paul Dewandre, février 2003
Les hommes et les femmes sont différents ; et pour ce qui est des comportements, on a pu relever des traits de caractère qui sont « plutôt masculins » ou « plutôt féminins ».
La question n’est pas de savoir ce qui est mieux, ou moins bien, mais de comprendre ce qui est, afin de faciliter les relations au travail ou…à domicile.
Il faut aussi remarquer que les hommes peuvent développer, en permanence, ou dans certaines circonstances, des traits relevant plutôt des comportements féminins, et inversement.
En particulier, dans le monde de l’Entreprise, généralement imprégné de valeurs masculines, les femmes auront tendance à mettre en avant, ou à développer certains comportements masculins.
Les dichotomies suivantes permettent d’illustrer ce qui précède :
TRAITS MASCULINS TRAITS FEMININS
Agir, faire être, ressentir
Les faits les sentiments
La compétence l’émotion
Résoudre seul ses problèmes en parler
Individu groupe
Compétition relation
Satisfaire ses besoins satisfaire ceux des autres
Vision ‘’en tunnel’’ vision grand angle
(profond, étroit)
une chose à la fois plusieurs
pas de changement du changement
Si vous observez les comportements autour de vous, vous vérifierez facilement la pertinence des descriptions proposées.
Il en découle des besoins émotionnels différents :
HOMMES FEMMES
La confiance les attentions
L’acceptation la compréhension
L’appréciation le respect
On a pu assimiler les besoins d’un fournisseur ou d’un patron à ceux de l’homme, ceux d’un client ou d’un employé à ceux de la femme.
La question de savoir si ces écarts sont innés, et fruit des différences biologiques, ou acquises, résultat du milieu environnant, déterminera l’évolution des différences liées au sexe.
Dans le premier cas les différences subsisteront, dans le deuxième, elles finiront par s’estomper
(avril 2003)
Algarade
Récemment, au Salon de l’Agriculture, le Président Nicolas Sarkozy rétorque : « Casse-toi, pauvre con » à un quidam qui refusait de lui serrer la main, de peur de se salir.
Il parait que nous en avions soupé de ces représentants de l’Enarchie, qui parlaient un langage obscur, dont on ne savait pas, après un long discours emberlificoté (thèse, antithèse, synthèse), si c’était du lard ou du cochon. De quoi nous plaignons-nous ? Voici un personnage de l’Etat – et grands Dieux, lequel ! – qui s’exprime comme tout le monde (enfin … presque), et dont le langage peut être compris de Brest à Strassburg (en passant par Bobigny) et de Dunkerque à Mentone (en passant par Vaulx-en-Velin). Nous les voulions plus près du peuple ? Miracle ! Ils sont en plein dedans. Seule une minorité de Citoyens, attardés, devront prendre quelques cours de jargon pour interpréter le verbe présidentiel.
Ça, c’est bien vrai !
Je ne résiste pas à la tentation de transcrire ici le commentaire qu’a bien voulu m’adresser René V. suite aux Brevia de février 2008 :
Il paraît que ce sont maintenant les inspecteurs du permis de conduire qui se mettent en grève et, naturellement, obtiennent ce qu'ils souhaitent. Mais pourquoi conserver ce permis dont, parai-t-il, 2 ou 3 millions de français se passent déjà. Il me semble que certains pays étrangers s'en passent depuis longtemps. Les économies seraient certaines même en imaginant devoir augmenter les contrôles et la sévérité des peines en cas de non respect des règles de circulation.
Quant au fameux pouvoir d'achat en baisse il s'améliorerait sûrement si les français acceptaient de freiner leur course à l'obésité et diminuaient de 10% leurs achats de nourriture.
Tout le monde se porterait mieux.....
§
La vie trépidante de la Capitale allemande me laissant moins de loisirs pour l’écriture que ma retraite avesnoise, je me suis laissé aller à « bourrer » le présent Brevia de quelques textes épars et que je n’avais pas encore publiés dans cette Tribune. J’espère que mes lecteurs me pardonneront cette preuve manifeste de ma paresse, et voudront bien considérer que j’ai peut-être plus utilement employé un temps ainsi dérobé à l’éternité ?
§
(Numéro 36, Avril)
Les Allemands ont tendance à tout prendre au sérieux, et particulièrement la musique. Ils aiment celle-ci avec une tristesse obstinée, et écoutent le moindre violon avec un recueillement compassé. Ils la consomment comme une hostie, alors que les Italiens la dégustent en riant, comme on boit un bon vin.
§
Nizza revisited
(Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Nice)
Cela faisait quelques années que nous n’étions pas revenus à Nice ; nous y vînmes passer une dizaine de jours en mars 2008. Et nous y fîmes des constatations qui nous frappèrent d’autant plus que le temps qui nous séparait de notre précédente visite avait été long. Certaines, positives, sont à mettre au crédit du Maire qui vient pourtant d’être éjecté lors des récentes élections municipales.
Tout d’abord un vaste programme de ravalement qui a redonné à la ville un air de jouvence et de salubrité. Rares sont maintenant les immeubles qui présentent au passant une façade lépreuse et dégradée.
La place Masséna, dont les beaux immeubles à galeries, d’inspiration italienne, a été rendue à sa vocation primitive : elle est redevenue piétonne, superbement pavée de pierre sombre contrastant harmonieusement avec le rouge délavé romain des façades, et n’est plus traversée que par le nouveau tramcar qui la franchit sans caténaire.
Plus belle encore sera la Place Garibaldi, turinoise à souhait ; mais on murmure que la nouvelle municipalité en modifiera le dessin et bouleversera les travaux en cours. Enfin, le Musée Masséna (encore lui, quand on a un homme célèbre, il faut en tirer le maximum), après une longue réhabilitation, est à nouveau ouvert au public, et ses jardins ont retrouvé leur configuration originelle.
Malheureusement, à coté de ces incontestables efforts, les traits si particuliers du caractère méridional poursuivent leurs ravages : les stationnements en double file restent la règle la plus scrupuleusement respectée, les pistes cyclables sont abandonnées à leur solitude par les vélocipédistes qui leur préfèrent systématiquement les trottoirs, et les grèves de la SNCF sont plus fréquentes ici que dans le reste du territoire.
La Mairie devrait également revoir son système des ordures : les poubelles sont une invention qui ne semble pas encore avoir atteint la région (sans parler du tri sélectif !), et des sacs éventrés, des amas douteux encombrent les trottoirs dès le début de la soirée. Elle pourrait aussi prendre en compte les changements qui se sont produits à l’Est du continent, et rebaptiser la rue Stalingrad d’un nom moins offensant.
Quant à la chasse aux contrefaçons, cela semble être le tout dernier des soucis des édiles et de la police locale. Dès que tombe la nuit, la rue de France, dans sa section piétonnière, est tapissée de marchandises illicites, contrefaites et illégalement vendues. Une escouade de police aurait vite fait d’y remédier. La police touche-t-elle un pourcentage sur le produit des ventes ?
Enfin, dernier scandale : l’abondance envahissante des déjections canines sur trottoirs. Gare à vous si un instant vous levez les yeux : ça y est ! Vous avez mis le pied dedans. Et pourtant la solution est simple, simplissime. Et gratuite pour le contribuable, sinon pour le contrevenant : il suffit de créer un corps d’agents assermentés qui seraient rétribués en gardant pour eux-mêmes l’intégralité du produit des amendes (50 € par crotte non ramassée ?). Je vous garantis des trottoirs impeccables au bout e la quinzaine. Alors, les agents se retrouveront rapidement au chômage ? N’ayez crainte, les manquements aux disciplines élémentaires sont si nombreux qu’en les affectant à la répression d’autres infractions, on peut leur assurer un travail jusqu’à … la retraite, même si celle-ci devait être repoussée jusqu’à 70 ans !
Le laisser-aller, la négligence, le je-m’en-foutisme gagne même des organisations réputées sérieuses : Easy-Jet, connue dans tous les pays, pour l’application britannique stricte des ses procédures, fait preuve, à Nice, d’une nonchalance africaine.
§
L’exactitude est la première des politesses
Mardi, 1er avril 2008, Auditorium de l’Ambassade de France à Berlin. On y projette un film français. Les spectateurs ont été priés de prendre place dans la salle un quart d’heure avant le début de la projection, soit à 19h45.
20 heures : une soixantaine de personnes sont assises dans l’auditorium. 20h05 : rien. 20h10 : un jeune fonctionnaire (ou un stagiaire ?) arrive, prend le microphone pour lire les quelques lignes qui figuraient sur le Programme. C’est lui qu’on attendait pour commencer la séance !
Son retard n’était pas, comme il semblait le croire de 10 minutes, mais de 10 minutes multipliées par 60 personnes. C’est en effet 600 minutes qu’il a fait perdre à l’assistance. Cette façon de calculer les retards (retard multiplié par le nombre de gens que l’on fait attendre) est la seule qui rende vraiment compte de notre respect pour autrui ou de la désinvolture avec laquelle nous traitons les autres.
Parmi les spectateurs, quelques Français, mais beaucoup d’Allemands. Quelle plus éclatante façon d’étaler notre traditionnelle légèreté et notre amateurisme impénitent ? Ou bien, direz-vous que c’est justement ces relents d’une latinité indécrottable qu’étaient venus humer les participants non-français à cette soirée ?
§
DE LEGIBUS AGITUR
Craignant que nos législateurs, dans une précipitation condamnable, n’aillent pas suffisamment dans des détails absolument nécessaires, nous soumettons ci-dessous une Proposition de Loi pour régler définitivement le flux verbal de nos Concitoyens dans leurs moments bien inexcusables d’énervement.
PROPOSITION DE LOI
Article 1er
Aucun propos péjoratif ne sera toléré vis à vis des Fonctionnaires, des Unijambistes et des Immigrés des Iles Fidji.
Article 2
Tout commentaire présentant le moindre caractère négatif à l’égard d’une personne âgée, d’un crypto-communiste ou d’un Pharmacien diplômé ne sera pas toléré.
Article 3
Toute insulte vis à vis d’un homosexuel, d’un Abonné au Gaz, même exprimée en langue étrangère, sauf le serbo-croate pour les ressortissants des Départements ayant un numéro impair (remarque étant faite que des Etrangers résidant en France mais ne pratiquant pas la langue de Molière pourront librement s’exprimer dans leur propre langue si un Traducteur juré n’a pas été convoqué en temps et en heure), sera sévèrement réprimée.
Article 4
Toute injure à l’égard d’un(e) hétérosexuel (le), d’une personne de couleur (quelle que soit la couleur, noir, rouge, jaune, blanc et toutes les nuances intermédiaires) tombera sous le coup de la présente Loi, dont les Décrets d’Application (à paraître avant mars 2049) préciseront les peines encourues.
Article 5
Toute parole (nom, adjectif, verbe, adverbe, interjection, onomatopée …) auquel son locuteur apporterait une connotation négative, tombera également sous le coup des Articles 1 à 4 ci-dessus.
Article 6
Les regards portés sur autrui seront considérés comme les paroles dont question à l’Article 5. Il en sera de même des non-regards, si le fait de ne pas regarder quelqu’un peut être considéré comme une manifestation d’hostilité.
Article 7
Seuls seront tolérés les injures, regards, paroles et non-regards au sein des Assemblées Nationales, Régionales, Cantonales et Municipales, sans lesquelles aucune vie politique ne serait plus possible.
Article 8
Toute opinion, exprimée verbalement, par écrit et même non exprimée du tout sera passible des foudres de la Loi
Article 9
Tous les Livres, journaux, brochures, disques durs et mous, détenus par l’Administration, et ceux détenus par les particuliers qui devront venir les déposer ( il ne sera pas émis de reçu ) aux endroits qui seront précisés par Décret, seront expurgés en tenant compte des Articles 1 à 8 ci-dessus. Les manuels scolaires devront dès la rentrée prochaine être mis en conformité avec les modifications apportées par la présente Loi, tant pour la littérature française qu’étrangère.
Article 10 et dernier
Afin de faciliter la tâche des Tribunaux, il sera demandé à l’Académie Française de revoir de fond en comble le Dictionnaire, sur la base d’un principe simple : chaque mot devra changer de sens : ainsi, Asticot deviendra Philosophie, Couillonnade deviendra Assiette à soupe, et ainsi de suite.
Seules les nouvelles définitions seront légales, tant pour les paroles, les écrits, les pensées conscientes et inconscientes.
·
Nous avons soumis cette Proposition à un grand nombre de nos correspondants habituels qui n’ont pas tardé à nous manifester les opinions les plus favorables à son sujet.
Cependant, pour être conformes à l’Esprit de Vérité qui nous anime, et pour montrer à nos heureux concitoyens combien certains peuvent être habités de pensées malsaines et contraires au Bien Public (nous pouvons encore nous permettre de l’écrire, notre Proposition de Loi n’ayant pas encore été votée par le Parlement), nous publions ci-dessous la lettre que nous a adressée un fâcheux du plus mauvais aloi :
·
Monsieur,
C’est avec une profonde tristesse que j’ai pris connaissance de votre Proposition de Loi. L’esprit humain en général, et celui du Législateur en particulier est-il tombé si bas ?
Que vous cherchiez à éviter que nos congénères ne s’abreuvent d’injures, ou ne se décochent de temps à autre quelque nom d’oiseau, je puis le comprendre, encore que je puisse aussi y voir un soulagement bien bénin auquel ils ont tous successivement recours pour égayer la difficulté des temps.
Mais enfin à quoi bon toutes ces distinctions ? C’est comme pour juger de l’odiosité d’un meurtre : est-il plus grave de tuer un adulte, un vieillard, un policier ou un contrôleur des chemins de fer ? Est-il plus répréhensible de traiter d’imbécile un percepteur, une femme ou un bouddhiste argentin ?
Ne sentez-vous point que là où la Règle prospère, le Sens défaille ?
Toutes ces catégories, et sous-catégories qui sans fin s’entremêlent font de notre corpus législatif un bric à brac infernal où ni les victimes ni les Juges ne se retrouvent.
Que la Loi se borne à établir simplement quelques grands principes, et laissez faire les Juges devant qui, de toute façon, viendra l’infraction. Laissez-les, en équité, décider de savoir s’il est plus grave, et quelle peine mérite, par exemple : le fait pour une femme androphobe de lancer à un automobiliste peu courtois l’insulte : « homme ! », ou le fait pour un homme pressé d’interjecter : « pétasse ! » à une femme qui obstrue depuis quinze minutes la caisse d’un supermarché en échangeant des recettes de cuisine avec la caissière.
Vous décarochez bien fort. Les rayons de la Bibliothèque Nationale seront vides, après votre purge, car ni Racine ni la Comtesse de Ségur n’y résisteront.
Mais la rage m’étreint, et votre absurdité me submerge. Laissez-moi donc, en guise d’adieu, et tant que je le puis encore, vous adresser cette double injure : pauvre fou !
(12/7/2004)
§
La traversée de Paris
De notre Correspondant particulier à Paris, le 7 avril 2008
La Flamme olympique est arrivée aujourd’hui à Paris. Pour éviter les évènements fâcheux qui s’étaient produits à Londres auparavant, le Gouvernement français avait pris quelques mesures qui se sont révélées fort efficaces.
La Flamme a atterri à l’aéroport militaire de Villacoublay, aux abords duquel avaient été déployés deux régiments de parachutistes et un détachement du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale).
Le symbole olympique, transféré à bord d’une automitrailleuse, escorté de dix chars de combat, armés et prêts à ouvrir le feu à la moindre alerte, a emprunté l’autoroute (dont l’accès avait été interdit dès la veille à toute circulation), et a descendu les Champs-Élysées en toute sérénité. Seuls les réverbères, postés selon leur ancestrale coutume au long des trottoirs, ont pu bénéficier de cet exaltant spectacle, car un couvre-feu avait été décrété depuis vingt-quatre heures, et personne n’était autorisé à quitter son domicile pendant toute cette journée du 7 avril ; les SDF, qui auraient pu poser un problème, puisque, par définition, ils n’ont pas de domicile, avaient été regroupés deux jours à l’avance, et parqués dans les sous-sols de différents ministères.
Arrivé à la Concorde sans aucun incident, le convoi a fait le tour de la Place, et regagné l’aéroport militaire dans les mêmes conditions.
Les Autorités chinoises ont fait part de leur satisfaction au Gouvernement français, et se sont félicitées d’un passage de la Flamme dans une grande ville européenne qui n’a été émaillé par aucune démonstration hostile au régime de Pékin.
§
O tempora, o mores !
Vous souvenez-vous de ce temps, si proche et si lointain, où, lorsque nous voyagions en métro ou en autobus, nos parents nous disaient, dès que nous étions assez grands pour nous tenir sur nos jambes : « Gaétan, laisse ta place à la dame ! ».
L’habitude se prenait, et nous laissions nos places assises aux femmes (quel que soit leur âge), et aux personnes âgées (quel que soit leur sexe).
Il en va bien autrement à cette heure, et il ne viendrait pas à l’idée de nos jeunes en casquette ou à capuche, affalés sur les banquettes et mettant les pieds sur celle d’en face, d’offrir leur place à qui que ce soit.
Il n’est pas à exclure que l’on en vienne à recommander, puis à obliger les gens d’un certain âge à céder leur place à tout individu de moins de vingt-cinq ans. Si les places assises venaient à manquer (par exemple à l’heure des sorties de classes), il faudra se résoudre à demander aux handicapés de se lever pour faire place à cette belle jeunesse, qui est, comme chacun sait, à la fois notre fierté, notre espoir et notre avenir.
§
Papa, j’ai faim !
Comme au bon vieux temps, la Famine menacerait à nouveau des peuples entiers. L’équilibre entre l’offre et les besoins ne serait plus assuré.
Laissons un instant de côté la question de l’offre, qui soulève les questions de l’étendue des surfaces cultivables, et de l’affectation de ces mêmes surfaces aux besoins alimentaires ou énergétiques, des rendements (OGM, irrigation, professionnalisme des exploitants), et penchons-nous sur celle des besoins, c'est-à-dire sur le nombre de bouches à remplir.
Un récent reportage, sur la chaîne de télévision France 3, présentait aux téléspectateurs un fier Sénégalais, époux de quatre femmes, et père de vingt-quatre enfants. Il avait, disait-il, du mal à nourrir sa famille.
La plus élémentaire des réflexions n’est-elle pas de se dire qu’on ne procrée qu’autant d’enfants que ce que l’on est capable de nourrir, sans même parler d’éducation ?
Si la Chine a fait disparaître les famines, c’est bien sûr pour avoir amélioré sa production agricole, mais c’est sans doute aussi pour avoir freiné l’explosion de sa démographie.
Me dira-t-on que mon pauvre Sénégalais n’y voit point malice, que ses traditions, sa religion, l’incitent à se reproduire de façon irresponsable. Je l’admets. Mais alors qu’il nous soit au moins permis, sans soulever des raz-de-marée d’indignations vertueuses, de l’éduquer, de lui montrer les conséquences des ses copulations effrénées. Et s’il refuse cet enseignement, soit, mais qu’il assume alors pleinement les suites de ses comportements.
§
Le poète est mort
Un poète est mort. Il était martiniquais, et a laissé quelques textes qui ne manquent ni d’intérêt ni de beauté (1). Et voila qu’on lui décrète des Funérailles Nationales !
Si nous nos souvenons que les seuls écrivains auxquels ont été accordés cette distinction posthume furent : Victor Hugo, Paul Valéry et Sidonie Gabrielle Colette, la perplexité nous étreint. Avec un demi-siècle de recul, il est évident que Colette ne méritait pas ces honneurs. Seule l’émotion mal contrôlée du moment a pu conduire à cette aberration. Les obsèques nationales d’Aimé Césaire soulèveront dans un siècle autant de stupeur que celles de Mme Colette.
On ne pourra y déceler qu’un effet malencontreux de cette « discrimination positive » dont le principe est d’accorder à certains des avantages immérités, sur la seule base d’une distinction raciale.
(1) Aimé Césaire (1913-2008). Membre du Parti Communiste français de 1945 à 1956. Inventeur du concept de « Négritude » : vision raciale et partisane du monde.
(Numéro 37, Mai)
L’Etat commence – enfin ! – à se réformer. Mais avec une telle lenteur et une telle frilosité qu’il y a fort à parier que le malade sera mort avant d’être guéri.
Alors, plutôt que de tâtonner, entre réformes abandonnées, avortées ou menées à demi, pourquoi ne pas demander le rattachement de la France à un des pays qui ont déjà effectué les changements que nous avons tant de mal à initier ? Pourquoi ne pas devenir la septième région finlandaise ? Nous bénéficierions d’emblée de toutes les dispositions dont on nous vante tous les jours les bénéfices : meilleur système éducatif, excellente protection sociale, chômage inexistant, comptes publics équilibrés.
Ou bien, si cela nous paraît quand même par trop « froid », nous pourrions suggérer notre rattachement au Royaume Uni. Cela avait été envisagé à la veille de la seconde Guerre Mondiale, et, à la fin du XIXme siècle, J.K. Huysmans avait déjà regretté les malencontreuses prouesses de Jeanne d’Arc qui avaient mis un terme à la constitution d’un royaume anglo-français qui eut été la puissance dominante en Europe, et qui eut évité les deux cents ans (1688-1815) de guerres qui ont ruiné notre pays.
§
Faire et défaire, dit la sagesse populaire, c’est toujours travailler. Nos députés le savent bien qui sont sans cesse obligés de rebricoler ou d’annuler des lois ineptes, votés par des représentants ignorants des mécanismes les plus élémentaires de l’économie.
Deux exemples : La loi Galand (1996) qui prétendait s’immiscer dans le calcul des prix de vente des grandes surfaces, et qui a conduit à une dégradation du pouvoir d’achat. La loi Delalande (1987), qui sous prétexte de protéger les « seniors » a eu pour conséquence leur éviction du marché du travail.
Quand comprendrons-nous qu’à vouloir encadrer – pour ne pas dire entraver – les libres jeux du marché, on en arrive toujours à des maux pires que ceux que l’on voulait éviter ?
§
J’ai oublié qui a dit du Rapport Attali qu’il contenait des choses neuves et intéressantes, mais que, malheureusement ce qui est intéressant n’est pas neuf, et que ce qui est neuf n’est pas intéressant.
§
Où se situe la limite entre le sport et la haute technologie ? La question s’est récemment reposée quand notre nageuse fétiche (Laure Manaudou) a mis en cause son maillot de bain pour expliquer des résultats décevants. La France entière en fut émue. Si l’on considère que les compétitions sportives sont davantage destinées à mesurer les performances des athlètes que celles de leur équipement, pourquoi ne pas faire nager les nageurs – et les nageuses – tous nus ? On évacuerait ainsi l’ambiguïté des équipements, et l’on pourrait apprécier la qualité intrinsèque des compétiteurs.
§
Un an, déjà !
Voici un an que M. Sarkozy est à la manœuvre, et nous pouvons déjà faire un bilan – partiel – de son activité (pour ne pas dire de son activisme) à la tête de l’Etat. Evacuons tout d’abord ce qui tient au style de la présidence. Le moins que l’on en puisse dire est qu’il y a un bien grand changement – une rupture ! – par rapport à celui de tous ses prédécesseurs. C’est moins compassé, plus populaire, mais finalement bien indifférent. Entre proximité et vulgarité, chacun fera son marché. Par contre, ni sa vie privée, ni ses histoires de cœur ne nous intéressent, aussi longtemps qu’elles n’embarrassent les affaires du pays. C’est le cas, passons.
Premier sujet sérieux : les réformes. Reconnaissons un mérite initial : avoir eu le courage de dire qu’elles étaient nécessaires, avoir eu le courage de les entamer et d’avoir abordé à des côtes réputées intouchables. Mais – est-ce parce que la politique n’est que l’art du possible ? – comme on pouvait le redouter (voir Brevia Novembre 2007), l’abcès n’est pas purgé : on s’est contenté d’en effleurer les contours.
Prenons l’exemple du Service minimum dans les services publics : dans les transports, c’est le flou (artistique ?) qui règne ; à l’éducation nationale, ce sont d’autres fonctionnaires qui seront en charge de pallier à la défaillance des enseignants. C’est ridicule : pourquoi ne pas demander aux cheminots de garder les enfants et aux professeurs, de conduire trains et métros ? Quant à la réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF, GDF), les contreparties souterraines concédées aux syndicats sont enveloppées dans un tel brouillard qu’on en vient à se demander si quelque chose a réellement changé. Les régimes spéciaux restent encore largement supérieurs au régime général des fonctionnaires, lui-même infiniment plus favorable que celui des salariés du secteur privé.
L’immigration, qui devait être maîtrisée et choisie, reste encombrée par la pratique du regroupement familial qui représente encore à ce jour 90% des entrées licites sur le territoire.
Enfin, on attend encore la réforme fiscale, mais entre-temps l’imagination débordante de nos élus et de nos fonctionnaires n’a pas été, elle, au chômage. Rien que depuis 2007, nous avons été dotés d’une taxe de solidarité sur les billets d’avion, d’une taxe sur le charbon, d’une taxe sur les poissons, les crustacés et les mollusques, d’une écopastille sur les véhicules polluants, d’une taxe exceptionnelle sur les compagnies pétrolières, d’une contribution exceptionnelle de régulation des entreprises de vente en gros de spécialités pharmaceutiques, d’une contribution sociale sur les stock options, d’une taxe sur les huiles et les lubrifiants à usage perdu. Pour l’avenir immédiat, on nous annonce la taxe sur les chaînes de TV privées, sur les opérateurs de télécommunication, sur les fabricants d’électronique, sur la publicité Internet, sans oublier l’inénarrable taxe sur les nuitées dans les 4 étoiles destinée à financer nos musées et bien sûr, pour couronner le tout, la fameuse taxe carbone. In fine, toutes ces taxes se retrouvent dans les prix pour diminuer d’autant le pouvoir d’achat des consommateurs. (1)
En effet, pour ce qui est du pouvoir d’achat, il ne peut être amélioré qu’en libérant les forces économiques, et en réduisant le train de vie de l’Etat. Créer de nouvelles aides, (aux pêcheurs, demain aux transporteurs routiers, aux taxis, aux ambulanciers …) ne fait que surcharger la barque, et enfoncer davantage encore le déficit et la dette.
Quant aux engagements de diminuer la dette et à celui de baisser le taux des prélèvements obligatoires, on en est loin. Il est vrai que c’étaient les moins crédibles, et ceux auxquels les Français étaient les plus indifférents.
En guise de conclusion – provisoire – force est de constater que le Pouvoir, que ses détracteurs qualifient de libéral, voire d’ultra-libéral, ne s’est pas départi des travers anciens du colbertisme e de l’interventionnisme. Il veut changer les choses, et il a raison. Mais il n’a pas compris que pour que les choses changent, encore faut-il qu’elles soient libres de changer, et que l’omniprésence de l’Etat n’est pas un garant du changement, vu qu’il éprouve tant de mal à se changer lui-même.
(1) Bulletin du GEFIP, mars 2008
(Numéro38, Juin)
On se plaint parfois de travailler trop. Mais un salarié qui vit jusqu’à 75 ans, qui consacre 41 ans à sa vie professionnelle à raison de 35 heures par semaine, qui bénéficie de 8 semaines de congés par an (RTT compris) n’aura travaillé que moins de 10% du temps qu’il aura passé sur cette terre. Est-ce trop pour subvenir à ses propres besoins, à ceux de sa famille et à ceux de la collectivité ?
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Quel meilleur moment, quand on est au plus bas dans les sondages, pour se lancer hardiment dans les réformes. On n’a plus rien à perdre.
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La contrepèterie à la mode en France entre 1940 et 1944 : les femmes garderont toujours leur cœur pour les vaincus.
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Quand la France est très ambitieuse, elle aspire à rejoindre la moyenne européenne : pour le déficit, le chômage, l’efficacité du système scolaire, les taux de prélèvements obligatoires. Il est vrai qu’à ce jour, elle est dans les derniers pour ce qui est bon, et dans les tous premiers pour ce qui est mauvais. Mais pourquoi la Grande Nation ne viserait-elle pas les meilleures places. Plus on se fixe un but élevé, plus on a de chances de terminer moins mal.
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Le prix du pétrole s’envole. Les pêcheurs ne s’en sortent plus. Qu’à cela ne tienne. Bien qu’ils ne comptent que pour 15% du poisson consommé en France, on va les subventionner. C’est ainsi le contribuable, même si de sa vie il ne consomme des produits de la mer, qui paiera. Il en ira de même pour le transport routier, les ambulances, les taxis …Quand tout un chacun paye pour tous les autres, où reste le bon sens ? Sauf à créer de l’occupation pour les armées de fonctionnaires employés à imaginer ces mécanismes complexes, à les faire tourner et à corriger leurs prévisibles dérives et autres contre-effets.
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En l’an de grâce 1987, devant envoyer nos filles, alors âgées de 18 et 17 ans, poursuivre leurs études dans la capitale, nous avions loué à cet effet un charmant petit appartement, 24 rue du Cherche-Midi. Redoutant tous les dangers qui pouvaient menacer – et distraire – deux jeunes filles esseulées au sein de la jungle parisienne, je m’avisai de rédiger, de leur soumettre, et de leur faire signer un code de (bonne) conduite, dont je me flattais qu’il leur épargnerait les déboires habituels à leur périlleuse situation.
Voici ce texte :
Préambule
L’installation au Cherche-Midi n’a pas d’autre but que de faciliter les études et l’obtention des diplômes visés ; la non-réussite dans celles-ci – en particulier pour cause de travail insuffisant – peut remettre en cause le présent arrangement.
Titre 1 : De l’appartement
· L’appartement est celui des parents. Ils peuvent donc s’y rendre ou y résider quand bon leur semble.
· Le plus grand soin sera apporté à ne pas dégrader les lieux. Le coût des dégradations qui seraient le fait de la négligence ou de l’inattention sera prélevé sur les allocations mensuelles dont question plus bas.
· Personne ne sera reçu pour dormir dans l’appartement sans l’accord express des parents.
· Les éventuels visiteurs mâles quitteront les lieux au plus tard à 20 heures, sauf en cas de dîner en groupe (minimum 4 personnes).
· Les parents devront être prévenus – et donner leur accord – en cas de découchage éventuel.
· L’heure de rentrée du soir n’est pas fixée. Mais les excès ne seront pas tolérés. D’autant plus que pour la première année, il a été convenu qu’Ursula assurera une présence régulière auprès de sa sœur dans l’appartement.
Titre 2 : De l’allocation mensuelle
· Une somme de …F est versée mensuellement à chacune des filles. Elle correspond aux dépenses engagées pour :
· La nourriture
· L’habillement
· Les produits de toilette
· Les produits d’entretien
· Les transports à Paris
· Les fournitures scolaires
· L’argent de poche
· Le téléphone
Cette liste n’est pas limitative.de fait, les parents ne payeront QUE le loyer, les charges d’immeuble et les taxes, l’eau et l’électricité. Toutes les autres dépenses sont comprises dans l’allocation.
· Les sommes complémentaires qui pourraient être rendues nécessaires pour faire face à des dépenses non absolument indispensables (vacances, investissements, argent de poche supplémentaire) seront procurées par des travaux rémunérés accomplis pendant les vacances ou en dehors du temps d’étude. Le travail envisagé devra recevoir l’approbation des parents.
· L’allocation mensuelle pourra être révisée. Dans ce cas, un détail des dépenses de deux mois représentatifs devra être fourni à l’appui de la demande.
· Elle peut également être diminuée ou supprimée en cas de désaccord sur des points importants.
Conclusion
D’une façon générale, il est rappelé qu’il n’y a de véritable indépendance qu’économique. L’apprentissage de celle-ci doit se faire progressivement, et en acceptant les contraintes qui sont liées aux avantages que procure un certain degré de liberté.
Enfin, aussi longtemps que les parents sont sollicités pour accomplir leur devoir nourricier, les agissements des enfants ne peuvent se faire qu’en accord avec eux, et en tenant compte des aspirations de chacun.
Lu et approuvé
(signé) (signé)
Eva Aureau Ursula Aureau
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L’affaire de Lille
Un Français musulman obtient la nullité de son mariage parce que sa future femme l’avait assuré qu’elle étai vierge, ne l’étant point. Le tribunal prononce la nullité du mariage, estimant qu’il y avait eu tromperie sur une qualité qui, pour le demandeur, était essentielle.
Jusque là, et dans l’état actuel de la législation (code civil), tout va bien. La loi a été appliquée.
Mais si le plaignant avait été un Français de souche, non musulman, et avait demandé, se fondant sur les mêmes motifs, l’annulation de son mariage, le Tribunal aurait-il accédé à sa requête ?
Si la réponse est oui, tout va toujours bien. Mais si la réponse est non, alors, rien ne va plus ! Car cela indiquerait que le Tribunal considère qu’il y a un arrière-plan différent, et que compte tenu de l’importance accordée à la virginité de l’épouse dans deux systèmes de valeurs dissemblables, il y a lieu de rendre deux jugements opposés, ouvrant ainsi la porte à l’intrusion de conceptions morales et religieuses dans l’interprétation de la Loi, au grand mépris du principe que celle-ci doit être égale pour tous les citoyens.
Et puis, pour faire bonne mesure, voici la polémique autour de l’ouverture d’une piscine municipale, réservée à certaines heures aux femmes. Rien ne serait choquant si cette mesure correspondait à des soucis sécuritaires ou hygiéniques.
Mais il n’en est rien, et il transparait clairement qu’il s’agit d’une disposition prise pour respecter des préoccupations liées aux coutumes musulmanes. Grande doit être notre vigilance, pour qu’à petits pas sournois, ne s’installe dans notre pays – avec la complicité des autorités – une reconnaissance de droits et de mœurs qui n’ont rien à voir avec les fondements de notre civilisation.
Que ceux qui veulent s’y soumettre aillent les pratiquer dans les pays d’où ces lois et ces mœurs sont originaires.
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Rien ne corrompt davantage que le pouvoir.
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Pourquoi tant de bruit et de clameurs autour de la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Bétancourt, et cet assourdissant silence autour de celle de l’otage franco-israélien Gilad Shalit ?
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Berlin, juin 2008
(Numéro 39, Juillet)
Vignettes berlinoises
L’automobiliste étranger, à Berlin, doit s’habituer à la présence souveraine des bicyclettes, qui jouissent, de fait, d’une sorte de priorité permanente et absolue. Gare en virant à droite : la chaussée que vous quittez est immanquablement doublée d’une piste cyclable, et le cycliste qui en déboule, dans le même sens que vous – et que vous ne pouvez pratiquement pas apercevoir – s’attend à ce que vous vous arrêtiez pour lui laisser le champ libre. Les piétons doivent faire preuve de la même prudence perpétuelle : vous descendez d’un autobus et vous êtes sur la piste à vélos. Ils ne ralentiront pas, et rouspètent bruyamment si vous empiétez sur leur domaine sacré. Ce qui ne les empêche pas de considérer les trottoirs réservés aux piétons comme une annexe de leur propre territoire.
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La France a été le royaume de la 2 CV dans les années 50 et 60. Mais aujourd’hui, le « canard » (die Ente) se survit à Berlin. On les découvre fréquemment, sobres dans leur peinture d’origine, hommage à la francophilie si répandue sur les bords de la Spree, ou bizarrement peinturlurées, relents des protestations altermondialistes et révolutionnaires de contestataires attardés.
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L’Allemagne est – encore – le pays de l’ordre. On y numérote les réverbères, les poteaux télégraphiques, les ponts, les arbres des jardins, et tout ce qui se prête à y apposer une étiquette. De même, dans les parcs, on trouve, clairement identifiés, les Liegewiesen. Ce sont les espaces où l’on peut s’étendre sur l’herbe. Je suis étonné que l’on n’ait pas encore officialisé, juste en face de la résidence du Président de la République (le Schloss Bellevue), la Barbecuewiese. C’est une vaste clairière dans le Tiergarten, que, dès que reviennent les beaux jours, toute la population turque de la capitale envahit, munie de barbecues qui bientôt enfument tous les environs. Quand vient le soir, dans le rougeoiement des braseros, cette foule grouillante rappelle les campements barbares d’un autre âge.
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En France, tout ce qui n’est pas interdit est permis. Ici, tout ce qui n’est pas permis est interdit.
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Au cœur du centre historique, les Berlinois veulent reconstruire le château des Hohenzollern qui avait été endommagé pendant la guerre et rasé en 1950 par le régime communiste, qui avait utilisé l’emplacement ainsi libéré pour édifier le Palais de la République (Palast der Republik) et une place de parade pour ces manifestations militaires ou de prestige dont les régimes totalitaires sont si friands. Le « Palais de la République » est en cours de démolition, et les esprits s’échauffent sur ce qu’il y aura lieu de faire de la vaste aire rendue disponible au « centre du centre ». Le projet de reconstruire le château, ou tout au moins les façades et la grande cour intérieure, semble pour l’instant tenir la corde, face à des suggestions plus futuristes, mais reste suspendu à la mise en place d’un financement privé. Les réticences les plus vives viennent des supporters de l’ancien régime communiste qui voient avec nostalgie éraser un des symboles de la RDA, et resurgir le symbole du pouvoir prussien et impérial. Quoi qu’il en soit, il faut reconstruire cet espace, donner un aboutissement à l’avenue Unter den Linden, et continuer de réhumaniser l’hypercentre qui ne pourrait s’accommoder d’un nouveau vide, juste à coté de celui qui existe déjà au pied de la tour de télévision (Fernsehturm), et qui est lui aussi un héritage des destructions de la guerre et du régime de table rase qui a sévi ensuite dans cette partie de la ville pendant presque un demi-siècle.
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Le nombre de Kinderspielplätze (aires de jeux pour enfants) à Berlin est surprenant. On en découvre dans –quasiment – chaque pâté de maisons. Ils sont souvent aménagés entre deux immeubles, là où une bombe a laissé un vide, qui pour des raisons qui m’échappent, n’a pas été réoccupé par une construction ; équipés avec une débauche de balançoires, agrès de toutes sortes, maisonnettes et toboggans, ils ne présentent qu’une seule incongruité : ils semblent être plus nombreux que les enfants susceptibles de venir s’y ébattre !
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Dans une rue voisine du château de Charlottenburg, la Gipsformerei (atelier de moulage) a survécu aux destructions alliées. De véritables artistes y coulent en plâtre ou en bronze des répliques de la statuaire antique et classique ; plus de 8000 moules y sont utilisés pour reproduire, à des échelles variées, les éléments du catalogue. On y apprend aussi que certaines pièces ne quittent JAMAIS leur musée d’origine, et qu’ainsi lorsqu’on voit à Paris ou à Londres la célèbre Néfertiti, prêtée par les musées berlinois, il ne s’agit, en fait, que d’une copie ! Le Louvre et le British Museum disposent également d’une institution semblable, mais c’est celle de Berlin dont la collection de moules serait la plus riche.
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Il est de notoriété publique que Berlin est plus « champêtre » que Paris. La meilleure preuve que l’on en puisse donner est que pour la saison 2007/2008, plus de 2000 sangliers y ont été abattus, dont 500 en zone proprement urbaine, pour contenir les hordes dans des limites raisonnables( ?).
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A deux pas de l’Opéra Comique (Komische Oper), dans la Behrenstrasse, se trouve un curieux magasin (Fundus) où l’on vend les décors et costumes de théâtre qui ne sont plus utilisés. Vous pouvez y faire l’acquisition d’un trône, d’une cariatide ou, beaucoup plus pratique, d’un … casque à pointe. Mais l’élégante bergère, style empire, où vous pourriez délicieusement vous allonger, « à la Récamier », est en … plastique dur. C’est le capharnaüm du faux dans toute sa vérité dorée. Faux marbres, fausses pierreries, tout y est plus toc que toc.
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Au bord du Landwehrkanal, une ancienne station de pompage abrite un lapidarium. Y reposent les statues colossales des anciens Electeurs de Brandebourg et des Rois en et de Prusse. Ces œuvres ornaient autrefois une des sections de la Siegesallee (aujourd’hui Strasse des 17. Juni), et les Berlinois qui aiment à donner des surnoms, souvent irrespectueux, aux monuments de leur cité, l’avaient appelée la Puppenallee.
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Les ravages de la guerre ont laissé de nombreux emplacements dénudés, après qu’eussent été enlevées les ruines irrécupérables. On a donc construit « du neuf ». Mais parfois, à proximité, et même de façon contigüe à des édifices anciens qui avaient pu être conservés. Cela donne à la ville un aspect très particulier et qui surprend de prime-abord. Je dois cependant, à mon corps défendant, reconnaître que l’on s’y habitue, et que l’on finit même par ne plus être choqué. Il est vrai que quand on a commis le centre Beaubourg à deux jets de pierre de Saint Eustache, on est mal placé pour donner des leçons et pour se montrer soit trop puriste, soit trop délicat !
Cette juxtaposition a été la conséquence de la nécessité, mais aussi, parfois, d’une décision délibérée qui est, me semble-t-il, un trait révélateur de la largesse d’esprit des Allemands d’aujourd’huy, et plus encore de l’esprit de tolérance de l’ancienne Prusse. Frédéric II ne disait-il pas : Hier kann jeder nach seiner Façon selig werden (1).
N’étant – hélas – pas doué de la même bienveillance, j’avoue que j’ai encore un peu de difficultés à accepter comme « œuvres d’art » des amas de ferrailles, plus ou moins contorsionnés, plus ou moins rouillés, réalisés par des artistes( ?) plus ou moins connus, et que l’on rencontre fréquemment sur des places ou dans des jardins berlinois, et qui semblent recueillir l’approbation compréhensive de la population.
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Les Français qui visitent Berlin s’émerveillent de la courtoisie des Berlinois qui ont appelé « Place de Paris » (Pariser Platz) un des plus beaux sites de leur ville. La plus part ignorent que ce nom a été attribué à cette place en 1814 pour commémorer l’occupation de Paris par les Prussiens et leurs alliés en mars 1814.
Trois places de Berlin qui auparavant s’appelaient Quarree, Octogon et Rondell ont été consacrées au souvenir de la victoire sur le Corsican Upstart. Le Quarree est devenu le Pariser Platz, l’Octogon le Leipziger Platz en mémoire de la défaite des troupes impériales à Leipzig les 16, 17, 18 et 19 octobre 1813 ; quant au Rondell, faute de s’appeler Waterloo Platz, il a porté le nom de Belle-Alliance Platz (maintenant Mehringer Platz), en souvenir d’un lieu particulier de cette définitive bataille qui mit un terme aux ambitions du bandit corse.
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Berlin, juillet 2008
(1) Ici, chacun peut devenir heureux à sa mode.
( Numéro 40, Août )
JOURNAL PERPETUEL
Comme un calendrier perpétuel, le Journal Perpétuel est toujours à la page. Si vous n’avez pas le temps d’éplucher la presse, ni celui d’écouter la radio, ou pas envie de regarder la télévision, le Journal Perpétuel vous permettra cependant d’être toujours au fait des derniers évènements. Vous pouvez l’utiliser de plusieurs façons : soit vous y reporter quand vous êtes en manque d’informations, soit y jeter quotidiennement un rapide coup d’œil, soit, et c’est la méthode qui a notre préférence : l’apprendre par cœur. En voici la première – et dernière – édition, non datée, puisque par définition, toujours à jour, toujours à la pointe de l’actualité.
ECONOMIE - FINANCES
· Un communiqué de presse conjoint du Cabinet du Premier-Ministre et de celui du Ministre de l’Economie indique que la date du retour à l’équilibre des Finances Publiques devra être repoussée. Cet équilibre ne sera atteint ni en 2010, bien sûr, pas plus qu’en 2012. On apprend par ailleurs, de source bien informée, qu’une Commission, composée d’experts indépendants, mandatée par le Gouvernement pour estimer, au rythme actuel des économies, la date du retour à l’équilibre, a livré le résultat de ses savants calculs : l’évènement tant attendu se produira très exactement dans … 357 ans.
· De notre Correspondant à Berlin : Pour la seconde fois depuis la réunification, l'Allemagne est parvenue à ramener son budget dans le vert. Les finances publiques ont ainsi affiché un excédent budgétaire de 1,2 milliard d'euros au premier semestre, au lieu des 23 milliards d'euros de pertes enregistrés l'année dernière. L'excédent, qui recouvre les comptes de l'Etat fédéral, des Etats régionaux, des communes et des caisses de sécurité sociale, équivaut à 0,1% du PIB
· Un mouvement de grève illimité et reconductible vient d’être décidé par les agents SNCF de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. La raison invoquée par les grévistes est le considérable dérangement de leurs habitudes domestiques causé par le retour au horaires d’été (ou d’hiver), et cela bien qu’ils aient déclenché il y a six mois un mouvement analogue pour s’opposer farouchement au passage aux horaires d’hiver (ou d’été).
· Pour compenser les pertes d’exploitation des marins pêcheurs dues à l’augmentation des prix du carburant, une aide leur sera attribuée. Elle sera financée par une taxe sur le chiffre d’affaires des taxis qui, en contre partie, se verront également accorder une aide financée par une taxe sur les produits de la pêche française.
· Lors de sa prochaine conférence de presse, le Président de la République fera, parait-il, une annonce capitale. Si nous sommes bien renseignés, il proposera, afin d’économiser les deniers publics, de ne plus signaler par des centaines de milliers de panneaux les millions de kilomètres de « routes dégradées », mais de se contenter de signaler à l’attention des automobilistes les quelques centaines d’hectomètres du réseau qui sont à peu près en état.
SOCIETE
· Un terrible accident de la route s’est produit samedi soir en banlieue parisienne, sur la commune de X. Un automobiliste a fauché une foule qui sortait d’un cinéma : 7 morts et 15 blessés graves.
Le jeune chômeur qui conduisait sans permis une voiture volée était sous l’emprise de la boisson (2,3 gr.), avait consommé des drogues fortes et roulait à une vitesse excessive (117km/h au lieu de 50) sur une chaussée fortement dégradée aux abords des lieux de l’accident.
On apprend à l’instant que le Sous-Secrétaire d’Etat aux Transports privés dans les quartiers… quartiers vient de mettre sur pieds une Commission d’experts pour valider la cause à laquelle sera attribuée l’accident (alcool, drogue, vitesse excessive, état de la route ?) afin que les statistiques routières ne soient point perturbées. Pourtant, une solution plus simple, moins couteuse et qui aurait satisfait (presque) tout le monde aurait consisté à mettre à la charge du propriétaire de la voiture volée le lourd bilan de cette catastrophe : en effet, sa voiture avait des pneus qui présentaient une usure anormale.
· Le Ministre de l’Intérieur, interrogé hier soir sur Antenne 2, s’est félicité des résultats encourageants enregistrés en ce qui concerne les incendies de voitures, et a transmis ses compliments à la Police et aux Associations de quartiers. En effet, sur les 6 premiers mois de l’année, une baisse de cette forme de délinquance a pu être notée. Contre une moyenne de 124,8 voitures brûlées par jour pour la période précédente, on n’enregistre sur les premiers mois de cette année QUE 124 brûlages par jour, soit une baisse significative de 0,6 %. Le Ministre a assuré les téléspectateurs que les efforts seraient poursuivis (contrairement aux délinquants responsables) et que l’Etat serait à la hauteur. Cependant, le Ministre a conseillé aux Français qui habitent en « zone sensible » et qui veulent à tout prix éviter ces incivilités, d’aller garer leur véhicule à la campagne, chez un cousin ou un ami disposant d’une cour fermée, et d’aller y chercher leur voiture chaque fois que le besoin s’en fera sentir.
· Le Comité National d’Ethique, après plusieurs mois de réflexion et de nombreuses consultations vient d’autoriser le mariage d’un retraité avec une ânesse du Poitou. Le mariage sera célébré dès le mois prochain par M. Alain Bonfoin, Maire de Trifoully-la Branlette, où se réuniront tous ceux qui depuis longtemps attendent cette décision avec impatience. Le futur marié, bien qu’âgé de 72 ans est vert encore ; quant à l’ânesse, elle est tout juste nubile. On peut donc espérer que le jeune ménage verra ses louables efforts couronnés d’une descendance méritée. Déjà les scientifiques s’interrogent pour savoir s’il y aura dans ce rejeton plus d’homme ou plus d’âne. Qu’importe, dans le premier cas on en fera un Contribuable, et dans le second un Député.
· Les Faucheurs Volontaires ont à nouveau sévi dans la région d’Agen. Au nombre d’une centaine, ayant à leur tête le tristement célèbre José Môvé, ils ont ravagé 17 hectares de cultures. La gendarmerie, présente en grand nombre sur les lieux, s’est contentée de prendre quelques clichés photographiques. Un gendarme, se croyant des dons artistiques particuliers, aurait même réalisé une assez jolie aquarelle de la scène.
ETRANGER
· De notre correspondant à Bimboulala : Le Chef d’Etat du Zimbouka qui était arrivé au pouvoir il y a deux ans après avoir renversé par un coup d’état son prédécesseur, vient d’être lui-même victime d’un pronunciamiento militaire. Le Colonel Cornélius Conga s’est emparé de la Capitale, et a sollicité l’aide de l’Armée française pour achever de réduire les poches de résistance qui restent favorables au dictateur déchu. Le ministre français de la Défense s’est dit préoccupé par le sort du Français qui réside dans la Capitale, mais a affirmé qu’une intervention était impossible : aucun des avions, chars et hélicoptères sur zone n’étant en état de fonctionner.
POLITIQUE
· Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale a passé un coup de téléphone à la Marquise et l’a assurée que tout allait très bien.
· Le Parti Socialiste a décidé de changer de nom et de s’appeler dorénavant : le Parti Diogène, parce qu’il cherche un homme.
· Un des candidats aux élections législatives partielles, et dont l’identité n’a pas été révélée, vient de faire l’objet d’un contrôle anti-dopage : le résultat serait positif.
EN VRAC
· La nuit dernière a été agitée en Corse : une gendarmerie, une perception et deux villas appartenant à des célébrités du show-business sont parties en fumée. La police ne dispose d’aucun indice, la population locale est muette comme une carpe, et il est peu probable que les criminels soient jamais retrouvés. Les contribuables et les Compagnies d’Assurances (qui n’étant pas des Œuvres philanthropiques répercuteront la perte sur les primes de tout le monde) remettront une fois de plus, tout en état.
· Un attentat particulièrement meurtrier a eu lieu ce matin à Bagdad. Une voiture piégée a explosé à proximité d’un poste de police, faisant 53 morts et 64 blessés.
· Un autre attentat s’est produit dans la banlieue d’Alger, faisant 13 morts et 28 blessés. Cet acte a été revendiqué par la branche d’Afrique du Nord d’Al-Qaïda.
ET POUR TERMINER, LES PREVISIONS METEO
· Une perturbation traversera à nouveau la France. Au nord d’une ligne Carcassonne/ Digne-les-Bains, le temps sera maussade et les températures sensiblement en dessous des normales saisonnières. Le ciel sera couvert et des averses parfois violentes sont à craindre. Au sud de cette ligne, c’est un soleil sans partage qui réchauffera de ses rayons bienfaisants toute la population russe de la Côte d’Azur.
( Numéro 41, Septembre )
Les sports ne m’intéressent pas. Pas du tout. Ni pour les pratiquer (Cf. Winston Churchill ), ni pour en faire … en fauteuil. Cependant, même d’un point de vue aussi peu important que celui du « sport de haut niveau », les résultats définitifs des Jeux Olympiques 2008 de Pékin, montrent ce que pourrait être l’Europe si elle était … l’Europe ! Voici, dans cette hypothèse à quoi ressemblerait le classement :
Or Total
Europe ( 1) 87 280
Chine 51 100
USA 36 110
Russie 23 72
Autres 105 396
TOTAL 302 958
L’Europe dominerait, et de loin, les autres grands ensembles. Il en serait de même en économie et dans tous les autres domaines. Qu’attendons-nous ? A quand la Nation Europe ?
( 1 ) Bien sûr, en se présentant sous un seul drapeau, l’Europe n’aurait pas pu mettre en piste autant de compétiteurs qu’elle l’a fait en participant aux Jeux en ordre dispersé. Mais il aurait suffit que la sélection ait été suffisamment bien faite, et qu’on eut choisi pour défendre nos couleurs ceux qui, justement ont remporté les prix.
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Instead of « Beware of Pickpockets », should we not preferably advertise, in all places of public resort: Beware of Governments?
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En multipliant en faveur du Tiers-Monde les aides alimentaires et médicales, ne sommes-nous pas en train d’accroître dramatiquement le nombre de ceux qui, demain, mourront de soif et de faim ?
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Monsieur Rossi, Coordinateur de Forces de Sécurité en Corse vient d’être sanctionné parce qu’une bande d’énergumènes s’est introduite dans le jardin d’une propriété d’un « people », par ailleurs ami intime de notre Président. La mesure est admirable, et devrait être étendue systématiquement : Renvoi du Directeur Général de la Poste dès qu’une lettre est perdue ou arrive en retard ; mise aux oubliettes du Président de la SNCF au premier incident, et limogeage du Ministre de l’Intérieur dès qu’un gamin du village s’oublie contre le mur de ma grange.
Dans le cas de M. Rossi, la « sanction » a été fidèle aux pratiques administratives : promotion et octroi d’une confortable sinécure.
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La Belgique serait au bord de l’implosion. Un sondage effectué en Wallonie indique que 46% des sondés seraient favorables à un rattachement de leur province à la France. Je suppose que sur cette question, 80% des Flamands seraient eux aussi favorables à cette solution. Curieusement, 62% des Français y apporteraient également leur soutien. Dieu nous en garde ! N’avons-nous pas assez, déjà, de régions pauvres et attardées ? En Métropole, sans compter la Corse et tous nos territoires exotiques qui ne cessent de pomper à leur bénéfice les maigres ressources de la Mère-Patrie.
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La perversion de la Cité commence par la fraude des mots
Platon
Le Ministre de l’Education Nationale veut mettre en place un « Code de la Paix scolaire » ; c’est assez dire où nous en sommes ! Et c’est aussi participer à cet affadissement des réalités qui veut qu’on nomme les choses et les gens par des vocables dont la fonction est essentiellement de travestir leur nature. Pourquoi, tout crument, ne pas parler d’un Code de Discipline scolaire ? Cela choquerait-il nos âmes sensibles ? Le vieux Platon avait diablement raison.
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Les crises, financières, alimentaires, … ne sont que les mécanismes naturels d’ajustement et de correction des marchés libres. Parfois douloureux, mais combien moins durablement traumatisants et appauvrissants que les résultats des économies encadrées, pour ne pas dire étouffées par les camisoles étatiques.
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Puisque nous en sommes réduits à chercher désespérément des moyens de réduire la dépense publique, ( ayant renoncé, semble-t-il, à supprimer les départements, le Sénat, l’inextricable maquis des aides sociales, et à nous séparer de nos couteuses possessions d’Outre-Mer ), alors : supprimons l’Armée. Non que je sois un adversaire de cette institution sacrée, ou que, comme le déconseillait le Colonel Dommanget, j’aie décidé de vivre en agneau avant de m’être assuré que mes voisins ne voulaient pas vivre comme des loups. Mais tout bonnement parce qu’il est déraisonnable de consentir des dépenses importantes pour un outil qui n’est pas en état de remplir sa mission. L’article du Canard Enchaîné du 11 juin 2008 qui relate les dysfonctionnements successifs de l’opération de récupération des otages du Ponnant ( véhicules qui tombent en panne les uns après les autres, systèmes de communication déficients, …) illustre cette infirme misère de nos Armées, dans une opération pourtant de bien faible envergure. Et que dire de l’élément central de notre « capacité de projection », le porte-avions De Gaulle, qui parce que seul, n’est en fait disponible que moins de la moitié de l’année : pourvu que nos adversaires potentiels soient assez obligeants pour nous menacer quand ce navire est en état de prendre la mer, et qu’ils n’aient pas le mauvais goût de prolonger un conflit jusqu’à ce que notre bâtiment doive retourner au port pour entretien ou révision. Une Armée chère mais qui fonctionne : oui. Une Armée quand même chère mais qui ne peut pas remplir ses missions : non.
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Ce mois de septembre 2008 ne m’ayant laissé qu’assez peu de loisirs, j’inclus dans ces Brevia deux textes plus anciens. Le premier contient quelques réflexions que je laissai à mon successeur en quittant mes fonctions chez Myriad. Le deuxième est l’allocution que je prononçai le jour même de mon départ de cette Société :
I
QUELQUES PENSEES PROFONDES….
D’AUTRES, MOINS.
La confiance ne se gagne pas : elle peut se perdre. Il faut faire confiance à 100%, au départ. Partant de là, la confiance ne peut plus augmenter, elle ne peut que fondre. Il faut donc indiquer clairement ce qui peut la faire perdre. Essentiellement, c’est le mensonge : ne pas dire la vérité. Il faut aussi fixer les niveaux à partir desquels on veut être alerté, pour que les zones où on n’a pas besoin d’alerter soient bien définies.
On ne motive pas les collaborateurs : ils doivent se motiver eux-mêmes. Par contre il faut créer les conditions et l’environnement pour rendre cela possible.
Le chef sourit : un chef triste ne peut pas entraîner les troupes.
Le chef félicite : il faut le faire fréquemment, chaque fois que cela est justifié. Les remarques négatives n’en acquièrent que plus de poids.
Le chef ne décide pas, il conseille (1). Si l’équipe est suffisamment solide, et bien constituée, les gens savent ce qu’ils doivent faire. Ils ne doivent aller vers le chef que pour s’assurer que leur solution est la bonne.
Dans 95% des cas, les gens qui viennent vous voir avec un problème, ont la solution. Dans 5% des cas, un échange d’idées ou d’expérience permettra d’améliorer la solution initiale.
Pour que les gens se défoncent pour vous, il faut qu’ils sachent que l’inverse est vrai. Ne dites jamais : Mme X a fait une erreur. Dites : « J’ai fait une erreur». Au pire, dites : « nous ». Car, de fait, vous êtes responsable de tout ce qui se fait de bien…et de moins bien. Tout repose sur vous. A l’inverse, quand un exploit a été achevé par le Service, ne dites jamais « je », dites : « ils ont réussi ». Au pire : « nous ». Rien ne motive davantage les collaborateurs que d’être mis en valeur face au reste de l’entreprise, face aux clients (2). On ne perd jamais rien à souligner leurs mérites.
Vous vous souvenez peut-être de cette phrase du Maréchal Joffre que j’aime à rappeler : « Un chef se juge à la qualité de son Etat-Major ».Que penser en effet d’un chef qui se plaint continuellement d’être entouré d’imbéciles incapables ?
N’est-il pas, au fond, responsable de cette situation ? Notre expérience quotidienne nous montre que ces chefs-là sont bien souvent eux-mêmes conformes à l’image qu’ils voudraient donner de leur entourage.
Jusqu’où est-il raisonnable, et souhaitable, de promouvoir ses collaborateurs ? Les philosophes orientaux nous répondent : le but ultime du Maître est d’être dépassé par l’Elève. La fin de l’histoire, c’est alors que le Maître devient inutile. Mais s’il a fait progresser toute son équipe, doit-on pour autant le jeter au rebut ? Il a sans doute, ce faisant, bien mérité et devrait être doublement récompensé. Michel Corpet nous disait (au siècle dernier) : « Quand vous n’aurez plus rien à faire (étant cependant sous-entendu que tout soit fait, et bien fait), vous aurez une augmentation et une promotion ». C’est la même idée, mais je reconnais que par les temps qui courent elle présente quelques dangers !
Pourquoi travaillons-nous ? Dans les « Propos de O.L.Barenton, confiseur », Auguste Detoeuf prétendait que nous finissons par travailler pour…travailler. En ce qui me concerne, j’ai toujours considéré que l’on devait travailler pour :
Prendre du plaisir
Apprendre (et/ou enseigner, voir ci-dessus)
Assouvir des besoins matériels
Je pourrais y ajouter :
Exercer le pouvoir,
Mais ceci est moins vrai des fonctions de l’entreprise. Cela est vrai davantage de la Politique ou du Métier des Armes. Vous remarquerez que tant que mon trépied est bien posé, la situation est vraiment agréable. Elle reste supportable quand il n’y a plus que deux pieds (d’ailleurs l’expérience prouve que sur deux pieds on se tient debout !). Mais s’il n’y en a plus qu’un seul, c’est le signe infaillible qu’il est temps de songer à autre chose.
Les livres de Management.
On en a écrit des montagnes, et la mode n’est pas prête de s’en achever. J’en ai moi-même lu un certain nombre et je partage avec Casanova l’opinion du proverbe qui dit : « Guardati da colui che non ha letto che un libro solo » (3).
Jamais je ne pourrais assez vous conseiller de lire, et de relire l’ouvrage d’Auguste Detoeuf dont j’ai déjà parlé.
Tout, ou presque, de ce qu’il faut savoir de la conduite des Entreprises et des Hommes s’y retrouve, et même des notions très modernes telles que la production « lean and mean », même si parfois de façon très allusive. De plus, il est remarquablement écrit, dans un français dont le classicisme ne retire rien à la vigueur. Cette vertu est aujourd’hui bien rare et pourrait à elle seule recommander l’ouvrage. Je n’ai pas cru devoir moins faire que de vous en joindre un exemplaire.
Relations personnelles, relations professionnelles.
La question de savoir jusqu’où il est souhaitable que s’interpénètrent des relations amicales et des relations de travail, parfois se pose. Je crois qu’il ne faut pas mélanger les genres. Des relations amicales, ou qui impliqueraient les familles peuvent faire perdre l’objectivité. De toute façon, elles limitent nos possibilités d’action et peuvent transformer une contrainte en un obstacle insurmontable. Pour ma part, j’ai observé que quand cette règle n’est pas respectée, cela conduit presque toujours à des désagréments. Il est plus facile, finalement moins dangereux – et parfois plus utile – d’être ami avec un concurrent !
F. Aureau, été 2002
( 1 ) Je parle ici d’un responsable d’opérations. Pas d’un stratège.
( 2 ) Charles Ier d’Angleterre disait : « Publick Commendations are a great
Encouragement to Valour ».
( 3 ) Méfie-toi de celui qui n’a lu qu’un seul livre.
II
L’Adieu aux Armes,
ou
Je suis venir te dire que je m’en vais
J’ai passé 1031 semaines parmi nous, et c’est une des meilleures parties de mon existence.
Car, si pour travailler il faut réunir 3 conditions :
S’amuser, apprendre, gagner l’argent dont on croit avoir besoin,
ces trois conditions ont été réunies pendant la plus grande partie de cette période. Il est vrai que ces dernières années, la composante amusement avait décliné.
Vous vous souviendrez sans doute de ce que disait le grand philosophe et lexicographe anglais du XVIIIème siècle :
Marriage has many pains, but celibacy has no pleasures
En le paraphrasant, je pourrais dire :
Myriad may have pains, but Corus has no pleasures
L’Aventure Myriad (FFM-Myriad) a de fait été passionnante.
Nous avons, tous ensemble fait passer une Société du XIXème au XXIème siècle.
Nous avons progressé :
En termes industriels, dans la conduite des Hommes, et dans celle des femmes, en termes de position sur le Marché (en qualité et en importance).
Nous avons aujourd’hui un meilleur outil en mains, le maintenant fameux global concept, et il faut espérer que nous allons à nouveau pouvoir nous concentrer sur l’ESSENTIEL : nos clients, nos collaborateurs
En ce qui concerne le Service dont j’ai eu la fatuité de croire que j’étais responsable, j’ai la joie de le voir aujourd’hui dans son plus bel état : bien dimensionné, bien encadré, bien piloté et en d’excellentes mains.
C’est un outil redoutable, et dont nos concurrents n’ont pas fini de devoir se méfier.
J’ai entière confiance dans l’équipe. J’ai avec chacun d’entre vous des souvenirs d’épopées en commun, et je n’en rappellerai aucune aujourd’hui, pour rester dans les limites que je me suis imposées. Je voudrais, par contre, faire amende honorable ( ?) si les principes de management que j’ai pratiquées vous ont parfois confronté à trop de difficultés.
Ces principes étaient simples, et s’inspiraient de la trop galvaudée Pyramide inversée : J’ai toujours considéré que ceux qui sont au front ont, en fait la solution aux problèmes. Il faut, parfois, simplement aider à l’accouchement. C’est la technique socratique de la maïeutique.
J’ai donc essentiellement borné mon rôle à inciter, à être disponible, à aider, en mettant en pratique la politique de la porte ouverte. Je prie ceux pour lesquels une autre attitude eut été préférable, de bien vouloir m’excuser.
Et je résumerai ma philosophie de la Pyramide inversée en disant que les insuffisances et les échecs sont miens, tandis que les réussites sont vôtres.
Si maintenant certains d’entre vous sont curieux de savoir comment je vais occuper le temps dont notre système de retraites me gratifie, je vous dirai tout d’abord, en paraphrasant Sacha Guitry qui définissait une femme fidèle comme celle qui ne s’acharne que sur un seul homme, qu’un homme en retraite est celui qui ne s’acharne que sur une seule femme.
Et la mienne, qui m’a tant aidé durant toute ma vie professionnelle, va donc devoir affronter de nouvelles épreuves.
Mais cet envahissement sera limité par le fait que je compte continuer à sévir dans le monde économique, en exerçant à titre de travailleur indépendant une activité de consultant avec des amis qui sont déjà dans cette activité.
Mes engagements dans ce domaine sont déjà peut-être au-delà de ce qui serait raisonnable.
Ce que l’on pourrait appeler mon temps libre résiduel sera consacré à des occupations plus ou moins ésotériques, telles que la lecture, la peinture, et le réapprentissage du latin !
Sans parler des voyages, qui prennent beaucoup de temps, car, comme le disait Jean-Jacques Rousseau, il ne suffit pas de voir du pays, il faut savoir voyager…
Merci à tous pour ces années de sueur et de passion !
François Aureau, 27 juin 2003
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Enfin, et pour en terminer, un échange de correspondance que me valut le Brevia No. 40 et qui était consacré au « Journal Perpétuel ». Un de mes fidèles lecteurs, et contradicteur assidu, m’écrivait à ce sujet :
J'avoue que je crains le pire quand je vois l'adjectif "perpétuel" et que j'éprouve un peu de gêne, moi qui suis fils d'immigrés, à voir écrire perpétuellement à longueur de lignes, des critiques sur la France, les Français, les hommes politiques (français évidemment), les budgets, etc,etc....
C'est pire que "La Voix du Nord" ou que " Libération"! Critiquer, soit; c'est normal; comparer avec nos voisins, oui. Mais pourquoi toujours adopter les 2 ou 3 mêmes critères sans mettre en valeur aussi les indicateurs favorables:
- La relative indépendance énergétique avec les centrales nucléaires (loin devant l'Allemagne et la Grande Bretagne).
-Notre très bon indice de pollution en CO2, le meilleur en Europe, loin devant l'Allemagne et la Grande Bretagne.
-Le très bon indicateur de fécondité à 2 doigts du taux de renouvellement et loin devant les plus mauvais qui sont l'Allemagne (1,32) et l'Italie(1,35). Or cet indicateur est généralement reconnu comme le "Signe fondamental de confiance en l'avenir" au delà des sondages plus ou moins bidonnés!Etc, etc…On pourrait en citer des masses, mais dans les deux sens.
De la part de l'immigré de service.
Ce à quoi je répondis :
Ô le plus francophile de tous les Français !
Oui, c’est vrai, je fustige mon pays. Mais c’est parce que je l’aime (qui bene amat, bene castigat !), et que j’enrage de le voir prendre TOUJOURS les voies en cul de sac, alors qu’ici ou là, les exemples nous montrent les voies du redressement et de la réussite ; j’enrage de le voir englué dans un colbertisme dépassé, freiné par un interventionnisme d’Etat omniscient ( ?) et omniprésent. Oui aux centrales nucléaires ; ce fut une sage orientation ; mais à quand remonte celle-ci ? Depuis quand n’avons-nous pris une décision fondamentale aussi significative ? Pour ce qui est du CO2, n’oublions pas que nous avons une population sensiblement inférieure à l’Allemagne, et que notre industrie est beaucoup plus faible : ceci explique peut-être cela ? Où tu as raison, et où nous sommes vraiment en pointe, c’est le taux de fécondité de nos énergiques épouses. Je crois que se contenter de nos (maigres) avances est moins stimulant que rappeler (sans cesse) les efforts qui sont à faire, les changements de mentalité indispensables si nous ne voulons pas (sans cesse) perdre du terrain dans le concert des nations. C’est à cette prise de conscience que pour ma modeste part je tente de contribuer.
Merci cependant à « l’immigré de service » de si fort défendre son pays !
Berlin, le 24 septembre 2008
(Numéro 42, Octobre)
Monologue berlinois
Comment, ma belle cousine, vous n’êtes point lasse encore de m’entendre vous parler de Berlin ? Et les Vignettes berlinoises que vous lûtes avec tant d’attention dans les Brevia de Juillet n’ont pas épuisé votre curiosité ? Vous en redemandez ? Vous voulez du vécu, et que je vous entretienne de la Vie quotidienne à Berlin ? Soit, et puisque votre soif d’informations n’a d’égale que mon plaisir à vous les procurer, installez-vous dans cette bergère, et m’écoutez.
Figurez-vous un voyage en Allemagne que nous entreprendrions ensemble. Nous sommes sur l’autoroute et pénétrons sur le territoire de la République Fédérale. La vitesse n’y est théoriquement pas limitée. Non, ce panneau bleu que vous voyez, c’est seulement la vitesse recommandée ! Mais vous verrez, les incessants travaux de rénovation ou d’élargissement, l’abondance de tronçons dangereux font, que de fait, la vitesse est limitée à 100 ou 120 km/h sur une portion non négligeable du réseau. Il y a encore quelques années, le chauffeur allemand roulait pédale d’accélérateur à fond, jusqu’au panneau indiquant une limitation de vitesse, freinait brusquement, et laissez-moi vous dire, non sans danger, à la hauteur du panneau, et ne reprenait son allure qu’à la fin de l’interdiction. Aujourd’hui, il ne VOIT pas le panneau, et celui-ci n’a plus aucune influence sur la rapidité de son déplacement. Tenez ! Que vous disais-je ! Vous aurez sûrement remarqué que les contrôles-radar sont beaucoup moins fréquents que sur le réseau autoroutier français ?
Mais puisque nous voici arrivés en ville, abandonnons la voiture et partons à pied en exploration. Laissez-moi auparavant vous donner quelques salutaires conseils, car vous savez combien je tiens à votre santé et à votre intégrité corporelle. Pour traverser une rue, gare à vous si vous n’êtes pas sur ce que l’on appelait de mon temps un passage clouté, ou si le feu de circulation ne vous donne pas le droit de traverser la chaussée. Les automobilistes foncent sur la cible piétonne, et je n’ai jamais tenté l’expérience de savoir quand il commenceraient à freiner pour m’éviter. Ne la tentez pas non plus, je crois que c’est un essai que vous n’auriez pas l’occasion de faire deux fois. Regardez ! Le piéton ne s’aventure pas quand le petit Ampelmann n’est pas au vert, et vous verrez fréquemment des groupes attendre le signal alors que manifestement un kilomètre de chaussée est totalement libre à droite et à gauche. Merveilleux, n’est-ce pas ? Seuls quelques touristes moins informés que vous, ou quelques autochtones voulant faire preuve d’indépendance d’esprit contreviennent à cette règle.
Ah ! Pour ce qui est de la difficile cohabitation des cyclistes et des autres usagers de la voie publique, vous n’avez certainement pas oublié, chère cousine, ce que j’en disais il y a trois mois ? Je sais qu’il est détestable de se citer soi-même, mais pour un coup, passez-moi cette faiblesse, et me laissez vous relire ce passage :
« L’automobiliste étranger, à Berlin, doit s’habituer à la présence souveraine des bicyclettes, qui jouissent, de fait, d’une sorte de priorité permanente et absolue. Gare en virant à droite : la chaussée que vous quittez est immanquablement doublée d’une piste cyclable, et le cycliste qui en déboule, dans le même sens que vous – et que vous ne pouvez pratiquement pas apercevoir – s’attend à ce que vous vous arrêtiez pour lui laisser le champ libre. Les piétons doivent faire preuve de la même prudence perpétuelle : vous descendez d’un autobus et vous êtes sur la piste à vélos. Ils ne ralentiront pas, et rouspètent bruyamment si vous empiétez sur leur domaine sacré. Ce qui ne les empêche pas de considérer les trottoirs réservés aux piétons comme une annexe de leur propre territoire ».
Et puisque nous voilà dans la rue, prenons un instant pour vérifier le respect des règles de stationnement. Vous remarquez que cela est encore assez policé, mais il me semble qu’il y a un peu de relâchement et que les stationnements irréguliers se font plus fréquents. Tenez ! Ne voila-t-il pas deux automobiles en double file !? Et là-bas, voyez donc, une camionnette de livraisons arrêtée dans la voie réservée aux autobus ! Je vous le dis tout net, ma chère : tout fout le camp !
Heureusement, voici un petit parc, où nous allons pouvoir nous reposer quelques minutes, et nous remettre des émotions que nous ont causées tous ces désordres. Mais auparavant, nous allons lire ce panneau. C’est la Parkordnung, le règlement du parc. Un tel panneau se trouve à chacun des accès de tout square, jardin ou parc. On y apprend si les chiens sont autorisés, avec ou sans laisse, si les vélocipèdes ont le droit d’y circuler, et si oui, sur quelles allées, si l’on peut jouer au ballon, et mille autres détails intéressants. Vous verrez que certains parcs disposent de Liegewiesen, c’est là que l’on peut s’étendre sur l’herbe. Les barbecues et autres activités de cuisine en plein air sont interdits, mais non loin d’ici, je vous montrerai un petit parc dans lequel un espace a été délimité pour permettre ces activités primitives. N’est-ce pas remarquable ?! Et, de vous à moi, vous conviendrez que même si toutes ces règles ne sont pas respectées avec toute la pointilleuse attention qu’elles mériteraient, l’impression générale d’ordre et de civilité prévaut très largement.
Là, comme dans les rues, les papiers et autres déchets sont rares, même dans les quartiers défavorisés. Les poubelles sont nombreuses. Tenez, en voici une, et une autre là-bas. Si parfois, en fin de weekend, elles ont une tendance prononcée au débordement, cela prouve au moins que l’on a cherché à les remplir, plutôt que d’abandonner aux caprices du vent fripon – qui soit dit en passant, joue si joliment dans les plis de votre jupe – les excédents d’emballages et autres mouchoirs jetables.
Et puisque le sujet des immondices semble tout particulièrement retenir votre attention… non ! Ne le niez point ! Il n’y a d’ailleurs rien de blâmable à cet intérêt ! Laissez-moi vous dire que le tri sélectif des ordures est appliqué en ce pays, avec le plus grand sérieux. Le croiriez-vous, les mauvaises langues vont jusqu’à prétendre que les voisins se surveillent, et qu’ils dénoncent aux autorités compétentes toute erreur de manipulation ?
L’Allemand, acharné au travail et respectueux du moindre règlement, celui qui par un labeur incessant avait reconstruit l’Allemagne dévastée par la guerre, et l’avait portée au pinacle, cet Allemand-là, voyez-vous, je crains bien qu’il n’ait disparu. S’est-il laissé contaminer par des mœurs plus latines ? J’en ai bien peur. Peut-être l’avez-vous déjà remarqué : dans le travail, l’Allemand se hâte … lentement, et suit rigoureusement l’antique précepte : festina lente. Bien sûr, il n’est plus ce workalcoholic des années 50. Lui aussi a bu à la coupe enivrante du « temps libre ». Pire encore, il a découvert les saveurs empoisonnées de la grève, dont les effets délétères se font ressentir jusque dans les services publics qui, là comme dans notre douce France, sont à la pointe du « progrès » dans ce funeste domaine. Et dire que pendant des décennies, la grève des fonctionnaires était en Allemagne un phénomène inconnu ! Et que les Allemands, comme tous les autres étrangers, s’étonnaient de tomber toujours au plein milieu d’un arrêt de travail du métropolitain, des autobus ou des aéroports chaque fois qu’ils avaient la courtoisie de nous rendre visite !
Ce mimétisme fâcheux n’a cependant pas encore entamé la serviabilité du personnel des transports et des administrations, souvent prêt à aider un voyageur désorienté ou un administré perplexe. Dans les magasins, les restaurants, le personnel est attentif et prévenant, et dans la rue, les passants sont toujours disposés à vous remettre sur la bonne voie.
Mais voyez-vous, ma chère, cette courtoisie, bonhomme, même si parfois un peu rugueuse, s’accompagne d’une grande incuriosité vis-à-vis de ceux qui vous entourent. Alors qu’en France – vous le savez bien, polissonne – dans la rue, le métro ou au restaurant, nous dévisageons, nous jaugeons et jugeons les passants, rien de tel à Berlin. Non, votre charmant minois lui-même n’attirera aucun regard admiratif, aucune de ces œillades que l’on dit déplacées et qui cependant vous font si plaisir. Ni les accoutrements les plus inattendus, ni les attitudes les plus étranges ne susciteront le regard de l’Autre. J’ai pour ma part tendance à y voir un vieux fond de l’esprit de tolérance de la Prusse du Grand Frédéric.
Que diriez-vous, puisque le temps se couvre et que voici déjà les premières gouttes de pluie, d’une séance de cinématographe ? Justement, nous n’avons qu’à traverser le Kurfürstendamm, voici une salle de cinéma, et c’est pile l’heure du film. Là, à coté de la caisse ? C’est un comptoir qui débite boissons et popcorns. Au moins une personne sur deux qui entre dans la salle tient à la main une bouteille de bière ou un verre de vin.
Ah ! Je suis heureux que vous m’en fassiez la remarque : oui, Berlin est une ville verte ; pas seulement grâce à ses forêts, ses parcs, ses squares et ses innombrables aires de jeux, mais aussi parce que la plus part des rues sont plantées d’arbres. La « coulée verte » de la rue Caulaincourt qui enchantait Marcel Aymé, est ici monnaie courante, assombrissant les trois ou quatre premiers étages des immeubles, et produisant en automne une monstrueuse avalanche de feuilles mortes que les équipes de la BSR combattent sans relâche.
Alors, charmante enfant, qu’en dites-vous ? Berlin n’est-elle pas une ville admirable et plaisante ? Et puisque notre voyage imaginaire touche à son terme, ne diriez-vous pas avec moi, que si l’on compare Berlin à d’autres grandes villes européennes, il s’en dégage un parfum de calme, de tranquillité, d’apaisement ? Les bousculades et les encombrements y sont une denrée rare, voire inconnue. Car les rues sont larges, tant à cause des ravages de la guerre que grâce à la volonté des anciens urbanistes. Ne croirait-on pas une ville de province, ou bien plus l’assemblage de plusieurs villes provinciales, chacune avec son atmosphère et son cachet particulier, mais jouissant cependant de tous les attributs de la Capitale d’un grand pays ?
Bien sûr, je ne vous entretins point de l’eau, omniprésente, ni du sable, lui aussi omniprésent (ne disait-on pas que le Brandebourg était la sablière de l’Europe ?), ni de l’Histoire qui vous saisit à la gorge à chaque pas. Il existe sur ces sujets d’excellents ouvrages que je vous indiquerai si vous m’en faites la demande.
Le dernier point sur lequel je désire attirer votre attention, c’est que Berlin ayant peu à peu incorporé toute les bourgades et villages avoisinants, il faudrait, pour la comparer à Paris imaginer que celui-ci s’étendrait de Versailles à Lagny : une sorte de Gross Paris ! Mais au demeurant, la densité de la population est à Berlin cinq fois moins forte qu’à Paris. Quoi ! Vous voulez des chiffres ? Je ne vous connaissais pas un appétit si vorace pour ce qui ressemble tant à la mathématique ! Soit. Sachez donc, ma cousine, que Berlin mesure d’est en ouest quelques 34 kilomètres, alors que Paris n’en compte que 12. sachez encore que la superficie de Berlin est de 890 km2, pour 105 à Paris, et que les populations étant respectivement de 3.400.000 et 2.166.000 habitants, il en ressort, suivant les principes les plus sacrés de l’arithmétique des densités de 3.820 habitants au kilomètre carré pour Berlin contre 20.628 pour Paris. Là ! Etes- vous satisfaite ?
Vraiment, ma chère, vous m’avez épuisé. Il est temps que s’arrête ce voyage dans un fauteuil. Ne me serviriez-vous pas un gros doigt de whisky ? Bien que ce ne soit point un breuvage fort en usage à Berlin… Merci, sans eau, sans glace. Il me semble que je l’ai bien mérité ?
François Aureau
Berlin, octobre 2008
(Numéro 43, Novembre)
Allons enfants …
Une compétition internationale de balle au pied. Les hymnes nationaux sont joués. La Marseillaise est sifflée. Evitons de nous poser la question de savoir dans quels cas ; on nous accuserait encore des pires arrière-pensées. Pour mettre fin à ces pratiques pour le moins désobligeantes, plusieurs solutions, plus ou moins radicales, sont envisageables :
1. Supprimer les compétitions.
2. Supprimer l’exécution (le terme est bien trouvé !) des hymnes nationaux.
3. Jouer une musique neutre, du genre de l’Hymne à la Joie ; mais quand l’Allemagne sera sur le terrain, ne se sentira-t-elle pas soutenue ?
4. Jouer une rengaine idiote : « Tous nus et tous bronzés » ou « La marche des canards », bien dans les goûts relevés de l’assistance.
5. Ou bien (et j’ose le dire : trait de génie !) : jouer en même temps les hymnes nationaux des deux équipes. On ne pourrait alors siffler la Marseillaise qu’en sifflant simultanément l’autre hymne, ce qui découragerait vraisemblablement les sibilants.
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Le pompier pyromane
Tout est parti de la crise des subprimes. J’aurais tendance à traduire par : prêts foireux. Par la titrisation, les banques qui s’étaient prêtées à ces manœuvres imprudentes, ont pu repasser le mistigri à d’autres banques. Dès que la machine s’est grippée suite au retournement du marché de l’immobilier, la répercussion sur l’ensemble du système était inévitable.
S’agit-il là, au-delà des fluctuations normales des marchés et de leurs ajustements sains et nécessaires, d’une défaillance du capitalisme libéral ?
A y bien regarder, on découvre que Fannie Mae et Freddie Mac, deux sociétés au cœur du tremblement de terre dont l’épicentre est aux Etats-Unis, sont des entreprises semi-publiques, liées au parti Démocrate et ayant bénéficié de faveurs très particulières. Encore une fois, là où la politique côtoie de trop près l’économie, les conséquences sont toujours désastreuses.
Et ceux qui maintenant crient au scandale de marchés débridés et hors contrôle, oublient-ils que la crise actuelle s’est déclenchée et déroulée sous l’égide d’un arsenal de lois et de règlements concoctés par les politiques ? N’est-ce pas au contraire le nombre trop important de soi-disant garde-fous qui a rendu cette crise possible ? Tous les Etats veulent maintenant « refonder le capitalisme ». Ils oublient, eux aussi, que c’est à l’intérieur d’un corset qu’ils lui ont imposé que les évènements actuels se sont produits. Nous n’avons aucune garantie qu’ils feront mieux avec leurs dispositions nouvelles. Peut-être même feront-ils pire.
Je m’interroge également sur la pertinence des « plans de relance ». A-t-on déjà vu ces dispositifs keynésiens fonctionner ? Ils seront sans doute encore moins opérants dans une économie mondialisée.
On en vient à se demander s’il n’eut pas mieux se résigner à la faillite de quelques banques mal gérées, ayant bénéficié de l’incompétence ou de la collusion des Organismes de Notation. Sans parler de la totale inefficacité des multiples agences officielles censées surveiller les marchés financiers.
Enfin, cette crise est pain béni pour les gouvernements qui n’avaient pas su, ou pas voulu, procéder aux réformes depuis longtemps nécessaires, pour ne pas dire impérieusement indispensables, et qui vont ainsi trouver de bien faciles excuses pour accroitre leurs déficits et enfoncer un peu plus encore une dette déjà insupportable. Les interventionnistes de tous poils jubilent : ils vont à nouveau pouvoir s’immiscer dans l’économie, et lui faire subir tous les maux dont s’accompagnent toujours les velléités étatistes. Vous ne voyez pas à qui, en particulier, je fais cette discrète allusion ?
Heureusement, malgré tout, qu’il reste un peu d’Europe : celle-ci nous empêchera, peut-être, d’aller trop loin dans l’errance.
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Saynète
« Je suis prête », me dit-elle.
Il est quatorze heures trente. Je saisis ma canne et mon chapeau ; je suis déjà à la porte, clés en main.
« Ah ! Où ai-je mis mon écharpe ? Ici ? Non … Là, peut-être ? »
L’écharpe est retrouvée.
« Oh, mon Dieu ! Mais ce pullover ne va vraiment pas avec mon manteau. Attends, il faut que je change ».
Elle retire son manteau, son pullover et en cherche un autre, mieux assorti. Il est trois heures moins vingt.
A mon humble et marital avis, quand il y a dix minutes elle m’a dit : « je suis prête », elle n’avait sans doute pas mesuré très précisément tous les degrés de la prêtitude. Etait-elle « prête », ou prête à être presque prête, quasiment prête, ou prête de chez prête, prête à partir ?
« Ça y est », s’écrie-t-elle. « Oh ! Non ! Regarde mes ongles : il faut absolument que je remette une couche de vernis ».
Trois heures moins dix : ça y est, on est partis !
NB : Toute ressemblance avec une personne de votre connaissance ne serait, évidemment, qu’une malencontreuse coïncidence.
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Les femmes sont si bavardes que, parfois, elles arrivent à se couper elles-mêmes la parole.
La femme propose, et puis … la femme dispose.
De sujets, nous sommes devenus citoyens, puis contribuables, assujettis, administrés et assistés. Voyez-vous vraiment une progression ?
SDF
Comme chaque hiver, les déboires des Sans Domicile Fixe refont la une de l’actualité, et deux questions se reposent avec la même intensité toujours renouvelée :
1. Il n’y a pas suffisamment de places adaptées pour les SDF.
Solution : Limiter l’accès aux HLM aux personnes ayant des revenus véritablement faibles (deux fois le SMIC pour un couple avec deux enfants ?) ; les occupants indus disposeraient d’un court délai pour se reloger dans le parc locatif privé, ce qui aurait pour effet collatéral bénéfique de relancer le marché immobilier.
2. Peut-on contraindre les SDF à se mettre à l’abri ?
Solution : On ne peut contraindre par corps que l’auteur d’un délit. Donc, il faut réinventer le délit de vagabondage, qu’on a effacé dans la plus grande discrétion en 1994. Si, de plus, la solution au premier problème avait été mise en place, les scrupules que certains pourraient avoir vis-à-vis de cette contrainte n’auraient plus lieu d’être.
F. Aureau, Obrechies, Novembre 2008
(Numéro 44, Décembre)
La responsabilité des mineurs vient de faire l’objet d’un débat très public. Peuvent-ils être pénalement responsables et susceptibles d’être condamnés, éventuellement à des peines de prison ? Si la réponse de la société est : non, alors, ce sont les parents (ou le gardien) qui doivent être pénalement et financièrement responsables et éventuellement condamnés en lieu et place des mineurs qu’ils n’auraient pas su maintenir dans le droit chemin.
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Où vous êtes, il pleut & il fait froid. Vous voulez prendre un peu de soleil ? D’accord, mais où ? Je vous déconseille le Maghreb, la Lybie, l’Egypte. Les Caraïbes ne semblent pas une destination très calme, ni l’Irak et l’Iran. Pas plus que les dictatures musulmanes issues des anciennes Républiques de l’ex-Union Soviétique. Saint Petersburg et Moscou : à éviter. N’allez pas bien sûr au Yémen, ni au Liban, en Syrie ou au Kurdistan. L’Inde ? Non. Le Tibet : pas davantage. Birmanie, Thaïlande : mieux vaut être ailleurs. La Corse, la Colombie seront soigneusement contournées. Les Bretons sont violents et les Irlandais sanguinaires. Je connais un petit village … Non, je plaisante, en plus il y pleut toujours. Et puis, comme le jour de votre hypothétique départ la SNCF ou Air-France seront en grève : restez chez vous !
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La diversité ethnique est à la mode. Il faudrait qu’elle soit partout dignement représentée : dans les Entreprises, dans l’Administration, le personnel politique, l’Armée, la Marine et jusque chez les artisans charcutiers. Mais pour savoir si, un jour, le but est atteint, il faudrait savoir quel est le chiffre visé. Et pour le savoir, seuls des recensements intégrant les critères ethniques, pourraient donner la réponse. Or ceux-ci, en France, sont interdits, donc…
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L’Etat ne cesse d’infantiliser les citoyens qui deviennent chaque jour davantage des administrés débiles. On veut maintenant « réguler », c’est en langage soft réglementer les crédits à la consommation. Plus on en fera, et moins les gens seront à même de se prendre en charge eux-mêmes. Eduquer oui, réglementer : non ! Que l’Etat règlemente quand nos actions peuvent nuire à autrui, soit. Qu’il nous dise à quelle vitesse rouler, soit encore. Mais qu’il nous impose combien d’heures il faut travailler, quels jours, et jusqu’à quel âge ! Et ces populations incapables de gérer un (souvent mince) budget familial vont être appelées, par le vote, à se prononcer sur le budget d’une Nation ? Quelle sinistre blague.
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La réforme est-elle en panne ? Oui, sans doute ; mais a-t-elle été entreprise ? Je crois que non. La réforme des Régimes spéciaux de retraite semble n’avoir été qu’une vaste mascarade, où ce qui a été obtenu des bénéficiaires aurait été plus que largement compensé par de nouveaux avantages négociés avec les syndicats dans la pénombre la plus impénétrable. Une étude officielle serait actuellement en cours et montrerait que cette réforme coûtera plus au contribuable qu’elle n’est censée lui avoir rapporté. Sera-t-elle rendue publique ?
L’instauration du Service minimum dans la fonction publique est un autre exemple d’une réforme soi-disant faite, mais qui n’est qu’un vaste & inefficace machin. La réforme du travail dominical n’est que le pâle avorton de ce qu’elle aurait du être, comme celle de la réforme de la carte scolaire. La TVA sociale, excellente idée, n’a même pas été tentée.
La privatisation de la Poste : abandonnée ; la réforme du Lycée : reportée … aux kalendes grecques ? Les réformes abordées n’ont été réalisées qu’à minima, sans aller au fond des choses, et seulement pour pouvoir dire : on l’a faite !
Pendant ce temps, les taxes nouvelles fleurissent (plus de cinquante en moins de deux ans), le déficit est allègrement maintenu, la réduction du train de vie n’est même pas évoquée, la dette (celle de nos petits-enfants) engraisse et s’arrondit ; quand à l’engagement du candidat de réduire de 4% le montant des prélèvements obligatoires, il est tombé dans les oubliettes des promesses électorales. La crise aura bon dos. Au moins elle donnera une excuse à ceux qui, comme leurs prédécesseurs, auront foulé aux pieds la défense des principes qui les avaient portes au pouvoir.
F. Aureau, Obrechies, Décembre 2008
Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :
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