30 mai 2009

Brevia No 49, mai 2009

BREVIA 2009
( Numéro 49, Mai )


Sächsische Ausflüge

(ESCAPADES SAXONNES)



Comment donc, ma chère cousine, vous voici de nouveau dans notre ville de Berlin ? Votre précédente visite vous aurait-elle laissé un tel souvenir que si tôt derechef vous y reveniez ? Ne me dites pas que c’est pour l’agrément de ma compagnie, je ne vous croirais pas. A ce train, vous finirez bien par connaître la Capitale comme le fond de ma poche, et je suis bien embarrassé à vous vouloir montrer des nouveautés que vous ne connussiez déjà.
Vous ferais-je voir de nos châteaux ? Nous en avons ici de fort beaux, que nous ont laissés nos Rois de Prusse : Charlottenburg, où la Reine Charlotte philosophait avec son ami Leibniz, le Nouveau Palais à Potsdam, Sanssouci, Paretz, si cher au bourgeois Frédéric Guillaume le troisième, Caputh, Rheinsberg où Frédéric II passa ses années les plus heureuses, Königs Wusterhausen, où le Roi Soldat aimait tant à chasser et à tenir les séances enfumées de son Tabakskollegium, Schönhausen, le triste exil d’Elisabeth, l’épouse, hélas intacte, du Grand Frédéric, Oranienburg, le Jagdschloss Grunewald, le château de Glienicke, celui de l’ile aux Paons, celui de Sacrow et sa charmante église qui se reflète dans les eaux claires de la Havel, et puis encore …Non ? Vous avez assez de châteaux là d’où vous venez ? Vous voulez fuir la capitale et ses environs lacustres et boisés ? Voyons, laissez-moi y songer … Dresden est bien loin, et nous consacrerions trop de temps au voyage ; Werder est intéressant, mais la saison de la floraison des arbres fruitiers est passée, et c’en est le principal attrait. Mein Gott ! J’y suis, nous irons à Wittenberg, à moins de vingt-six lieues de Berlin.

(Une grande heure s’écoule, avant que nous ne retrouvions nos voyageurs aux portes de Wittenberg. Vous avez le temps de déjeuner – sur le pouce – de lire votre journal ou de fumer un bon gros cigare).

Voyez donc, ma Cousine, nous venons de quitter le Brandebourg et de pénétrer en Saxe-Anhalt. C’est aussi la frontière linguistique où le curieux parler de Berlin cède la place au parler plus curieux encore des Saxons. Et là, devant vous, sur cette très faible pente qui s’élève des rives de l’Elbe, cette ville oblongue, de six cents toises dans sa dimension la plus développée, c’est Wittenberg ! Elle est percée de deux rues parallèles reliées de courtes traverses.
Je vous propose que nous commencions notre promenade par le Collège des Augustins. Vous en tombez d’accord ? Votre extrême complaisance fait toujours mon bonheur et provoque à chaque coup mon admiration. C’est dans ce Collège, qu’après la Réforme Luther eut sa résidence, moins spartiate que les rites dont il voulait doter son Eglise. Ce M. Luther, voyez-vous, était peut-être moins austère qu’on ne le pourrait croire. Ne disait-il pas : « Il faut boire de la bière, car celui qui en boit dort bien, celui qui dort bien ne pêche point, et qui ne pêche va au ciel » ! Faisons quelques pas, en remontant la Collegiumstrasse, et voici la maison de Melanchthon (de son vrai nom Schwarzerdt), l’humaniste qui survit dans l’ombre envahissante se son encombrant collègue. Oui, vous le dites fort bien, ma savante Cousine, cet édifice remonte au début de la renaissance ; il offre d’érudites collections pour ceux que la Réforme intéresse. On y voit en outre le lectule dans lequel Melanchthon trépassa. En traversant cette arche, nous voici, à l’arrière du bâtiment, dans un jardin de charme, que l’on pourrait dire « de curé » si nous n’étions à l’épicentre du protestantisme.
Obliquons, si vous le voulez bien, un peu vers la droite, et voici la Stadtkirche, du XVème siècle, où l’inévitable Luther a prêché, sur une placette ombragée, bordée de belles demeures. Encore un pas, un seul, et nous entrons sur le Markt, une fort grande place rectangulaire, où aucun bâtiment ne dépare l’harmonie de l’ensemble, avec en son centre un bel Hôtel de Ville début renaissance. Non, de grâce ! Ne me demandez point, très chère Cousine, qui sont les personnages représentés par ces deux statues ! Qui pourrait-ce être sinon nos deux amis Luther et Melanchthon ! La première est de Johann Gottfried Schadow, celui-là même qui exécuta entre autres chefs d’œuvres, le quadrige de la Porte de Brandebourg à Berlin.
Poursuivons, ma belle Cousine, notre agréable promenade vers le couchant. Cette église toute baroque, c’est la Schlosskirche, dominée par son clocher à bulbe. L’église que nous voyons ce jour d’hui n’est pas celle sur la porte de laquelle Luther afficha en 1517 ses quatre-vingt quinze thèses, car celle-ci fut détruite pendant la guerre de sept ans, mais c’est bien à cet endroit qu’elle se trouvait.
Vous trouvez, ma Cousine – et l’étonnement de vos beaux yeux me le fait assez savoir – que je vous entretiens bien souvent de ce M. Luther. Il est vrai qu’en cette ville, comme en quelques autres, on ne saurait lui échapper : Lutherhaus, Lutherbier, Lutherhotel, Lutherstrasse, Luther dans toutes les vitrines des marchands du Temple et à toutes les sauces. Qu’y voulez-vous, chacun exploite comme il peut ses célébrités, et en votre pays, me dit-on, vous faites parfois pire ? Mais, passons …
Ah ! Je sais, charmante enfant, que la technique n’est ni votre point fort, ni votre tasse de thé. Laissez-moi cependant vous montrer ces rigoles et ces fontaines, certaines fort jolies, qui parsèment la ville, et qui depuis le milieu du XVIème siècle, distribuaient par un savant système de canalisations, l’eau courante dans toutes les cours.
Non, non ! Ne craignez point, nous n’irons point voir l’Université, la Leucorea, fondée en 1502 par le Prince Electeur de Saxe Frédéric III dit le Sage, maintenant logée dans des bâtiments du XIXème siècle, et qui malgré sa grande antiquité semble maintenant bien déchue de son ancienne splendeur. Elle n’est plus qu’une annexe de celle de Halle. Pourquoi Leucorea ? Eh bien, C’est la forme grecque de Wittenberg ou Wissenberg, montagne blanche. Mais on se demande quelle montagne, dans ce pays plat comme une crêpe ?
Vous aurez sûrement remarqué, ma Cousine, car rien n’échappe à votre perspicacité attentive, que les façades et les toitures des bâtiments, tant publics que privés sont dans un remarquable état de propreté et d’entretien. C’est là l’effet des transferts massifs de fonds qui ont eu lieu entre la partie occidentale et la partie orientale du pays. Seules quelques bâtisses, dont la rénovation est sans doute bloquée par de délicates questions de propriété ou d’héritage, demeurent, sinistres témoins, dans l’état d’avant la réunification. Mais, par pitié, ne vous aventurez pas dans les arrière-cours, car là, bien souvent, règne l’état de délabrement et de décrépitude si caractéristique de l’ancienne République Démocratique, qui n’avait, vous le savez bien, de démocratique que le nom. N’est-ce pas Walter Ulbricht qui osait dire, en privé : « Tout doit avoir l’air démocratique, mais nous devons avoir tout entre les mains ».
Ceci mis à part, toute cette partie de l’Allemagne est plus pimpante, avenante et soignée que l’autre partie qui est cependant la plus riche. Les habitants n’en semblent pas plus satisfaits pour autant, et menacent, à chaque votation, de faire revenir leurs anciens maîtres et bourreaux qui les avaient pourtant conduits si bas.
Non, ces gens dans les rues et sur les places ne sont point des indigènes. Ils sont déjà nombreux, et le seront plus encore avec l’arrivée des beaux jours. Ce sont, pour la plupart, des adeptes de l’une des RPR, c'est-à-dire des Religions Prétendues Réformées, qui accourent de tous les bouts de l’Europe pour se baigner – spirituellement parlant – aux sources du Protestantisme.
Ce soir, nous coucherons, dans deux chambres séparées, au Luther Hôtel, bien évidemment, et j’ignore ce qu’il nous en coutera. Je sais, par contre, qu’une chambre double, avec petit-déjeuner et une place pour l’automobile dans la remise souterraine revient à moins de 90 écus. Mais je vois que la faim vous tiraille. Ne le niez point ! A quoi songé-je donc ! Nous irons sur le Markt, non pas au Luther Restaurant, mais à la Wittenberg Brauerei, où l’on nous servira une cuisine simple, savoureuse, « authentique » diraient vos critiques à la mode, abondante, et si votre appétit et votre gourmandise vous permettent de vous limiter à un plat et à un verre de bière, notre dîner ne me coutera pas plus de 30 écus, car, bien sûr, je vous invite. La modeste aisance de mes moyens m’autorise encore des folies de cet acabit.
Demain, s’il vous plait, nous irons flâner dans le Wörlitzer Park, à deux bonnes lieues d’ici. C’est un magnifique ensemble, de près de quatre cents arpents de Paris, plat comme la main, où l’eau, par lacs et canaux, se joue entre les frondaisons et les prairies. Rien n’est plus reposant pour l’esprit et doux pour les yeux. On doit cette création, qui se veut être le plus ancien « jardin anglais » sur le continent, au Prince Leopold III Friedrich Franz d’Anhalt-Dessau, né en 1740, mort en 1817, qui fut aidé dans sa tâche par son ami et sujet Friedrich Wilhelm von Erdsmannsdorf. Des espaces fleuris s’épanouissent au sein de haies de charmes et nous envouteront de leurs senteurs champêtres et raffinées.
Suivant l’usage de l’époque, le parc est parsemé de monuments, temples de Flora et de Vénus, ponts de toutes descriptions, une maison gothique, car c’est à la fin des Lumières que le romantisme naissant redécouvre avec ravissement le moyen âge, dont les constructions, au siècle précédent n’étaient comptées que pour les reliques grossières d’un âge barbare. Le château qui domine un grand lac, a été conçu par Erdsmannsdorf, et était considéré par son – modeste – propriétaire comme une maison de campagne (Landhaus).
Nichée entre le Parc et la petite ville de Wörlitz, se trouve l’église Saint-Pierre, moderne et …gothique. Du sommet de la tour, bien sûr nommée Bibelturm, on a, dit-on, une vue superbe sur le parc et qui s’étend de Dessau à Wittenberg, par beau temps ; mais cette ascension, ma belle Cousine, vous la ferez sans moi : ni mon cœur, ni mes jambes ne supporteraient cette escalade.


§ §

§

04 mai 2009

Brevia 48, avril 2009

Brevia 2009

(Numéro 48, Avril)

Note de Lecture


Nathan Wachtel : La Logique des Bûchers

(Editeur : Seuil ; Collection : Librairie du XXIe Siècle)



L’excellent ouvrage de Nathan Wachtel nous transporte à Lisbonne au début du XVIIIe siècle. L’Inquisition y fonctionne depuis près de deux siècles. Elle a été fondée en 1540 avec comme mission principale d’extirper les pratiques judaïques parmi les conversos (ou nouveaux-chrétiens), c'est-à-dire les descendants des adeptes de la Loi de Moïse forcés à la conversion de masse en 1497.
Si, au début, on se contente de rechercher les pratiques judaïsantes des conversos (principalement l’observance des jeunes), l’entée en grand nombre de ceux-ci dans tous les rouages de la société éveille bien vite des jalousies, et en s’appuyant sur les anciens préjugés anti-juifs, on en vient à penser que par une souillure héréditaire, tous les nouveaux-chrétiens sont suspects : la pureté de sang (critère biologique) remplace le critère religieux.
La longue tragédie de l’Inquisition, (à laquelle mettra fin en 1773 le Marquis de Pombal en abolissant la distinction entre Vieux- et Nouveaux-chrétiens), fera pour l’ensemble de la péninsule ibérique près de 20.000 victimes par le bûcher. Le contexte n’est plus le nôtre : les monarques, catholiques, de droit divin, visaient, tant pour des motifs spirituels que politiques, à l’unité de la Foi dans leurs royaumes.
L’Inquisition est une énorme et efficace machinerie. Elle s’appuie sur un (très) dense réseau d’informateurs (les familiares), tant au Portugal qu’au Brésil. Les Inquisiteurs eux-mêmes sont nobles et sortent des Universités.
La démarche consiste à obtenir une information, puis à inciter celui que l’on détient à dénoncer tous ceux qu’il peut soupçonner. Il commence généralement par les morts (qui ne risquent plus rien), suivis des membres de sa famille, puis au-delà. Chacun dénonce ainsi une centaine de personnes. Cent fois cent font dix mille, et ainsi de suite. La raison qui pousse les conversos à s’entre-dénoncer est que, pour obtenir le pardon, devenant ainsi un réconcilié, il faut convaincre les Inquisiteurs que l’on est sincère. Quelle meilleure preuve de sincérité que de dénoncer les êtres les plus chers : enfants, parents …
Si la confession n’apparaît pas sincère, ou s’il y a des doutes sur le sérieux de la dénonciation, on passe à la torture par le chevalet, souvent pendant un quart d’heure, guère plus. Si cela déclenche un complément de confession (c.à.d. d. des dénonciations supplémentaires), on pourra considérer que les aveux sont sincères. Si non, également. Pratiquement, la séance de torture n’entraine jamais la mort.
Mais autant l’hérétique a doit au pardon, autant pour le relaps, une seule issue : le bûcher. Celui-ci est allumé à l’occasion des autodafés, cérémonie au cours de laquelle les réconciliés confessent publiquement leurs erreurs.
La documentation est titanesque et entièrement conservée. C’est au travers des procès de quelques familles que Nathan Wachtel démonte les ressorts de la machine ; celle-ci, éprise de rigueur et de méthode, anime ses agents d’un zèle de fonctionnaires consciencieux.
L’hérétique étant potentiellement un rebelle social, cet ordre social impliquant la pureté de la Foi, les nouveaux-chrétiens étant biologiquement enclins à l’hérésie, il faut les éliminer.
C’est cette ambiance de délations, de terreur et de surveillance de toute la population, cet acharnement bureaucratique, qui conduit à faire des rapprochements avec les régimes totalitaires qui ont fleuri au siècle dernier.


§

On est toujours le riche des uns et le pauvre des autres.

Tout va bien, pourquoi changer ? Tout va mal, est-ce bien le moment de changer ?

Les femmes de Lascaux demandaient un bison, celles d’aujourd’hui demandent un vison.

Bien des choses perdent leur charme en franchissant le Channel.

§
Lettre ouverte aux Membres du
Rotary Club de Maubeuge



Chers Amis,



Ce n’est pas toujours dans les affres d’une convulsion violente que périssent les institutions les plus anciennes et les plus dignes d’estime. C’est aussi parfois par le délitement insensible et sournois de leurs règles élémentaires, que plus personne ne se soucie d’observer, ni personne de rappeler puis d’enforcer.

Une des dérives qui me chagrine le plus, c’est le manque de respect des horaires des réunions. Bien sûr, je comprends que les activités professionnelles nous mettent parfois dans l’impossibilité d’être à l’heure à la Réunion. Est-ce une raison pour que celle-ci commence avec vingt minutes, voire une demi-heure de retard ? Et que dire de ceux qui, libres de leur emploi du temps arrivent un quart d’heure après le début – théorique – de la séance ? Ils spéculent sur la dérive horaire, et ne font ainsi que la justifier et la conforter. Aussi serait-il, me semble-t-il, souhaitable de commencer la Réunion à l’heure, tout en faisant preuve de la plus amicale compréhension pour ceux d’entre-nous que leurs affaires auront retardés.

Je souhaiterais aussi que le Bulletin fût plus régulier. J’ai tout lieu de penser que la version actuelle, très élaborée, avec photos et une mise en pages sophistiquée est trop complexe et trop consommatrice de temps pour les malheureux qui s’en chargent. Je crois qu’il vaudrait mieux recevoir à temps une version plus simple, ne comportant que le compte-rendu de la Réunion, la feuille de présence et un court rappel du programme. En effet, beaucoup de nos conjoints, qui sans être Membres du Club, suivent avec intérêt, sinon passion, la vie de celui-ci, souffrent de rester parfois de longues semaines sans avoir de nos nouvelles. Je suis donc partisan d’un Bulletin plus dépouillé, mais plus régulier, et qui en tout état de cause devrait toujours être reçu avant la Réunion suivante. Si le Secrétaire en titre est absent – il a le droit tout comme les autres à quelques instants de répit – il doit simplement s’assurer qu’il sera remplacé par une victime volontaire, consentante et fiable.

Encore trois remarques, et puis j’aurai vidé mon sac.
De même qu’arriver à l’heure (sauf empêchement majeur) est une marque de respect pour autrui, s’excuser quand on ne peut assister à une Réunion en est une autre. Je ne crois pas que la personne du monde la plus occupée ne dispose des trente secondes nécessaire pour un clic (d’ordinateur) ou un coup de téléphone. Il ne devrait jamais y avoir d’absents non excusés.

La tirelire, tombée en désuétude, pourrait à nouveau sanctionner en toute amitié rotarienne, les arrivées tardives. Elle était alimentée, autrefois, par les auteurs de propos exagérément grivois ou scabreux. Mais ceux-ci n’ont – pratiquement - plus cours depuis que nous féminisâmes le Club. En Allemagne, la tirelire sert aussi à une collecte hebdomadaire (un ou deux Euros par tête) : à la fin de l’année, c’est toujours une bonne surprise pour les Œuvres du Club.

Enfin, et j’en terminerai par là, il me semble que les actions humanitaires du Club ne sont pas assez relayées par la revue Le Rotarien.

Vous excuserez, peut-être, ces gloses, ou bien les mettrez-vous sur le compte de la sénescence précoce de votre vice-vice Doyen ? C’est en toute amitié que je les ai formulées, sachant d’ailleurs pertinemment qu’il n’en sera pas tenu compte. Mais cela m’a soulagé.
Bien à vous tous,

François Aureau, 16 mars 2009



§



Il va, il vient, il s’agite et nous abasourdit de ses discours (1). C’est un autre Empereur : à l’instar du premier, il divorce et se remarie. Il veut dominer le monde ; comme les autres, il ne tiendra pas ses promesses.

(1) Nicolas 1er


§


Un témoin au procès en appel d’Yvan Colonna (2) affirme que ce dernier n’est pas l’assassin. Quelle aurait été son « espérance de vie » s’il avait déclaré le reconnaître formellement ?

(2) Assassin présumé du Préfet Erignac (abattu sur la voie publique en février 1998), et condamné en première instance.

§


Minuscule poème, en forme d’avis
aux colbertistes, interventionnistes et étatistes
de tout poil et de toutes obédiences


Parfois d’une béquille il nous faut nous aider
Lorsque d’un accident nous fûmes invalidés.
La santé revient-elle, alors avec espoir,
C’est au feu que l’on doit jeter cet accessoire.

§


J’ai souhaité, avec l’accord de son auteur, accueillir dans ce Brevia, le texte excellent d’un excellent Ami. Mariant intimement la morale, la philosophie et l’économie, il nous pose de poignantes questions, auxquelles tant René Vinchon que moi-même serions curieux de connaître vos réponses. Voici cette réflexion :



Aujourd’hui cadres retraités « seniors », nés entre 1930 et 1940, nous faisons partie de la génération la plus privilégiée de l’après-guerre. Il s’agit d’une famille encore nombreuse, facilement identifiable.

Assez jeunes durant les années difficiles de la seconde guerre pour ne pas y être engagés directement, ses conséquences douloureuses ont été le plus souvent assumées par la génération de nos parents qui se sont efforcés de nous en protéger.

S’est ensuite ouverte l’époque des « trente glorieuses », juste après 1946, période de prospérité et de forte croissance qui a offert à tous les cadres formés de nombreuses opportunités dans tous les domaines. L’ingénieur sortant d’école dans les années 50, 60, n’avait que l’embarras du choix. Les situations offertes permettaient le plus souvent d’assumer les dépenses familiales avec un seul salaire tout en épargnant. Les cotisations sociales, couvertures maladie et retraites, sécurisaient le présent et préparaient l’avenir. Il n’y avait pas ou peu de problèmes d’emploi : carrières souvent stables, fidélité réciproque entre l’entreprise et le salarié, promotions internes naturelles, facilité de réemploi si nécessaire. Et nous nous retrouvons aujourd’hui retraités, avec des revenus généralement confortables assurés en grande partie par nos caisses de retraite, le plus souvent nantis d’un patrimoine financier et immobilier qui peut être concerné par l’ISF. Notre statut nous permet encore d’assister en spectateurs protégés à la crise actuelle, séisme financier, économique, social, dont personne ne peut imaginer les conséquences à court, moyen ou long terme.

Nous avons aussi des enfants, des petits-enfants dont nous pouvons connaître les conditions de vie actuelles et constater combien elles sont différentes et plus difficiles que celles que nous avons connues. Problèmes d’emploi, de ressources, nécessité de disposer de deux salaires pour équilibrer le budget familial, incertitudes pour l’avenir proche et lointain. Nous devons parfois les aider au détriment de leur désir naturel d’autonomie, les obligeant à des situations de dépendance, ni souhaitées ni souhaitables.

Nous sommes, pour la plupart d’entre nous isolés. Bien sûr, nous pouvons avoir les environnements familial, amical, associatif, culturel, sportif….qui contribuent à notre qualité de vie et à notre bien-être physique ou moral. Ils sont liés à notre statut confortable qui nous permet d’en profiter tranquillement. L’isolement évoqué ci-dessus est d’une autre nature : il est celui résultant de la distance que chacun de nous peut mettre avec la crise actuelle. Même si nous suivons avec intérêt l’histoire quotidienne, l’actualité, analysant, opinant, critiquant, il nous manque, semble-t-il, l’engagement et l’action.

Notre responsabilité dans la crise actuelle est celle de notre passé. Que l’on veuille ou non, c’est nous qui avons participé à la construction du monde d’aujourd’hui. Les responsables ne sont pas toujours les autres et chacun en a sa part…

Ce qui dérange est l’injustice apparente résultant du constat des conditions privilégiées accordées à ceux qui sont en partie coresponsables des difficultés actuelles et qui ont la chance de pouvoir « regarder passer le train » sans en être sérieusement affectés.

Ce qui questionne est le désengagement apparent de la majorité d’entre nous dans la recherche et l’exploration de solutions. Nous avons eu, dans le passé, à affronter de nombreux problèmes et nous savions alors nous organiser et nous battre. Notre expérience est toujours présente, nous ne manquons ni d’idées ni de propositions. Nous avons du temps, de la disponibilité. Or notre famille reste bien silencieuse, absente du débat public, repliée sur elle- même, retranchée sur ses acquits et n’apparaît pas du tout comme une force de proposition. Pouvons-nous la réveiller ? Et comment le faire ?
René Vinchon, 3 avril 2009

§


L’air qu’elle souffle est plus pur que celui qu’elle respire ;
C’est faux, mais elle aime à se l’entendre dire.


Je suis amoureux de l’Allemagne, non pas, peut-être, telle qu’elle est, mais telle que je la rêve.


§

Pour ceux qui en redemanderaient et qui par mégarde auraient liquidé les livraisons précédentes, ils peuvent en retrouver l’intégralité en visitant mon Web Log à l’adresse suivante :

http://brevia.blogspot.com/