BREVIA 2010
(Numéro 67, Décembre)
Je suis assez moderne, mais … avec cent ans de retard : Je commence à me faire à Mahler, je n’aime pas trop le téléphone, par contre j’aime bien piloter une voiture automobile.
La solidarité serait noble si elle était consentie par ceux qui la financent. Elle n’est que tyrannie si elle est imposée par ceux qui en profitent.
En Afrique, les populations élisent, plus ou moins démocratiquement, leurs … dictateurs.
C’était promis, pas vrai ?
Ah ! Monsieur Juppé, vous l’aviez bien promis : Bordeaux, sa Mairie, et rien d’autre ? C’est à cela que vous aviez solennellement promis de consacrer le restant de votre vie publique, n’est-il pas vrai ? Mais l’attrait du pouvoir, des pompes monarcho-républicaines « à la française » a sans doute eu raison de vos augustes résolutions.
Bon, vous avez menti. Consolez-vous, vous n’êtes ni le premier ni le dernier qui renie sa parole.
Bon vent, Monsieur Juppé !
(Condamné en 2004 pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêt, M. Juppé a été nommé le 14 novembre 2010 Ministre d’Etat, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants)
La valse hésitation de l’Euro
Le 29 novembre, la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté (Stiftung F. Naumann für die Freiheit), proche du FDP, le parti libéral allemand, organisait, dans les locaux de la Deutsche Bank, Unter den Linden, Berlin, un séminaire de réflexion sur la crise monétaire européenne.
Une des interventions les plus intéressantes, par le Professeur Blankart (1) s’intéressait plus particulièrement à ce qu’il est convenu d’appeler les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne).
Le Professeur commençait cependant son exposé en montrant que la « crise de l’Euro », si elle ne devait être appréciée qu’au regard de la parité Euro/Dollar, n’en est pas une : l’Euro a certes été plus fort qu’aujourd’hui par rapport au Dollar, mais il a aussi été plus faible.
La crise de l’Euro ne vient pas non plus des « spéculateurs », qui seraient les grands méchants à l’origine de nos malheurs ; le vieux réflexe : c’est pas moi, c’est les autres !
La crise de l’Euro a pour origine les endettements des Etats, qui ont financé par l’emprunt leurs dépenses courantes, et dont – pour certains – l’économie n’est pas assez solide pour remonter la pente.
En toile de fond, la question de savoir si l’Euro pourra survivre, s’il n’était pas prématuré d’instaurer la monnaie unique avant d’avoir assuré un minimum de convergence (sociale, fiscale, budgétaire …) entre les Etats participants.
On commence à entendre en Allemagne des voix qui se demandent si le pays ne devrait pas sortir de l’Euro. Les Allemands ont le sentiment d’avoir pris les douloureuses mesures nécessaires – contrairement à d’autres – et craignent de devoir à l’infini payer pour leurs associés. Ils veulent en tous cas durcir les mécanismes de sanctions contre les pays qui ne feraient pas les efforts indispensables.
Ils s’opposent en cela à la France, dont les « courbes de température » sont plus proches de celles des PIIGS que de celles des « pays vertueux ».
Personnellement, j’imagine mal une Zone Euro sans l’Allemagne, d’autant plus que la France se retrouverait alors à la tête d’une collection de pays encore plus malades qu’elle, et qu’elle n’aurait pas les moyens d’assurer envers eux le rôle de chef de file qui est à ce jour celui de l’Allemagne.
La période que nous traversons est menaçante, mais l’avenir paraît plus sombre encore.
(1) Charles B. Blankart est, entre autres, professeur d’économie à la Humboldt Universität Berlin.
SANS, SOUCI.
Sur le fronton du château de Sanssouci, à Potsdam,, bâti par Georg Wenzeslaus von Knobelsdorf entre 1745 et 1747 sur des esquisses de Frédéric II le Grand (1712-1786), on peut lire, en lettres de bronze :
SANS, SOUCI.
Sur dix mille visiteurs, peut-être mille voient-ils l’inscription, et sur ces mille, 999 lisent : Sans Souci, rien de plus. Et un se demande : pourquoi « virgule », pourquoi « point » ? Plusieurs explications ont été proposées par des esprits dont la fécondité n’avait d’égale que la fantaisie.
Le Dr. Alfons Schmidt imagine que « Souci » pourrait se lire « Susi » qui serait alors un diminutif d’Elisabeth, la femme de Frédéric. La virgule marque un temps d’attente qui excite la curiosité du lecteur. Le point indique que la sentence est définitive. Donc : Sans (attention, sans quoi, sans qui ?)… Elisabeth, définitivement ! On sait en effet que Frédéric n’éprouvait pour sa conjointe aucune affection, aucune attirance, ni aucun respect pour son intellect. Il lui avait formellement interdit l’accès à Sanssouci, et l’avait reléguée dans le château de Schönhausen, de l’autre coté de Berlin.
Plus plausibles me paraissent les hypothèses du Dr. Alfred Hagemann. Elles impliquent une bonne connaissance de la langue française, ce qui n’était pas difficile pour Frédéric, qui la maîtrisait mieux que l’allemande, qu’il parlait peu et écrivait encore plus mal. Virgule, petite queue, pour cazzo virile, l’organe sexuel mâle. Point, dans le sens de : point de, pas. D’où : sans petite queue, point de souci. Le Roi de Prusse, de fait, n’était pas porté sur les choses du sexe, et peut-être voulait-il dire que l’on mène ainsi une vie plus paisible.
Si l’on ajoute que le Souverain était friand de ces rébus, cela renforce la conjecture du Dr. Hagemann. En effet, Frédéric II n’avait-il pas un jour envoyé à Voltaire, qui séjournait à Potsdam, le billet suivant :
p si
________ à ________
venez 100
Soit : venez sous p à cent sous si, ou encore : venez souper à Sanssouci
Ce à quoi Voltaire aurait répondu : G a
Soit : G grand a petit : j’ai grand appétit
Mais en définitive, sans doute est-ce le Dr. Reinhard Alings qui a raison : Frédéric a-t-il voulu simplement s’amuser et éveiller la curiosité, susciter les débats ? Là où il est maintenant, il doit se réjouir que près de 300 ans plus tard sa devinette nous perplexe encore !
De l’art de la conversation
en Allemagne
C’est une évidence de dire que chaque pays a ses coutumes et ses règles de bonne éducation. Vérité en deçà, erreur au-delà, disait déjà Blaise Pascal, paraphrasant Michel de Montaigne.
Entre l’Allemagne et la France, ces exceptions à la règle commune sont nombreuses, qu’il s’agisse des mœurs de table, des fleurs que l’on offre, mais aussi, et c’est ici mon propos, de la conversation.
En France, la conversation se doit d’être animée, les répliques sautant d’un locuteur à l’autre comme une balle de ping-pong entre les raquettes. Peu importe si l’on s’éloigne du sujet, même si on le perd complètement de vue. Ce qui compte, c’est l’ « esprit », les saillies, la (bonne) impression que l’on donne de soi-même.
Mais de grâce, ne pratiquez pas ce sport en Allemagne. Quand un Allemand tient un sujet, il est déterminé à l’explorer jusqu’au bout, et à vous livrer l’ensemble de ses vues. Il développe ses arguments logiquement, implacablement pourrait-on dire. Si vous dissentez, attendez votre tour, vous aurez le loisir de vous exprimer.
Car si vous l’interrompez, sa réaction peut être brutale, malgré l’affection qu’il vous porte. S’il a vraiment beaucoup de considération pour vous, il dira que vous risquez de lui faire perdre le fil. Mais ce n’est pas vrai : il déteste être coupé.
Les caractères des peuples s’illustrent dans cette divergence. Le Français léger, plaisant, au risque trop souvent d’être superficiel. L’Allemand, posé, sérieux, au risque parfois de lasser.
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