31 janvier 2011

Brevia 68, janvier 2011

BREVIA 2011



(Numéro 68,Janvier)





Le 24 décembre 2010, le Figaro titre, un article en page 12 : Le pôle Nord se réchauffe, l’Europe se refroidit…Si c’est une inquiétante nouvelle pour les millions d’habitants des terres basses qui risquent d’être submergés par la fonte des glaces, c’en est sans doute une excellente pour les candidats viticulteurs du nord du Groenland, et –surtout – pour les ours polaires qui vont pouvoir venir s’installer chez nous, entre le cercle polaire et le 40ème parallèle.



Mais non, Docteur, je ne vous demande nullement de me rajeunir. Mon souhait le plus ardent serait que vous me fassiez vieillir.



C’est vers 50 ans, lorsqu’apparaissent les premiers imperceptibles dérèglements de la machine, que nous est révélée cette évidence que la jeunesse – et comme le disait Paul Valéry – le silence des organes nous avait masquée : nous sommes mortels.



Quand un mauvais Bilan est publié, la réalité est toujours pire. Un bon Bilan cache toujours une réalité plus florissante.
Adage comptable




Indignez-vous !

Le minuscule opusculet de Stephane Hessel, est, semble-t-il, en train de battre des records de ventes. Son prix (3 €) pour 14 pages de texte explique peut-être cela. Mais pas uniquement.
L’auteur, Stephane Hessel, né de parents juifs à Berlin en 1917, émigré en France, rejoint la France Libre dès 1941. Résistant, il est arrêté par la Gestapo, déporté, évadé, il œuvrera plus tard au sein des Nations Unies. Homme de gauche, il reste marqué par les idéaux du Conseil National de la Résistance et son programme collectiviste.
Son dernier libelle incite la jeunesse à s’indigner contre l’inacceptable de notre temps. En ce qui le concerne, sa révolte s’adresse aux écarts grandissants entre les revenus des pays riches et ceux des pays pauvres, au sort réservé aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Ainsi qu’aux conditions de vie des Palestiniens. Il reste cependant un adepte de la non-violence, même si la violence des Palestiniens lui parait moins coupable que celle des Israéliens. Enfin, il met en doute les vertus du « progrès » et de la consommation de masse.
Même si l’auteur est personne d’importance, si son histoire et son âge méritent le respect, qu’il me soit permis cependant de ne pas partager ses vues.

Je voudrais, dans un premier temps, critiquer les motifs qu’il trouve à s’indigner :
• Certes, les pays riches continuent de s’enrichir, mais les pays pauvres ne s’appauvrissent pas. On y vit mieux qu’il y a un siècle. Il est insignifiant de s’attacher aux « écarts », seul le « niveau » présente de l’intérêt. D’autre part, l’assistance que nous leur apportons ne leur est d’aucun secours. Soit ces fonds enrichissent des dirigeants corrompus, soit ils disparaissent dans des projets grandioses ou sans intérêt économique. Malgré notre tentation de vouloir imposer à la planète entière l’assistanat qui a déjà quasiment ruiné nos sociétés, les pays pauvres ne sortiront de leur misère que par eux-mêmes, et tout d’abord en maîtrisant une natalité galopante qui mine tout espoir d’amélioration de niveau de vie de ces populations.
• Pour ce qui est des immigrés (légaux) leur condition est bien plus le résultat de leur refus d’intégration, d’un repli farouche sur des communautés d’origine, que d’un manque de la part des pays d’accueil, qui ont déjà investi des sommes monstrueuses – et à mauvais escient – pour tenter de remédier à l’actuel état des choses. Je renvoie sur ce sujet à l’excellent ouvrage de Thilo Sarrazin (Deutscland schafft sich ab) dont une analyse dans un très prochain Brevia.
• Et comment ne pas s’indigner que l’on s’indigne devant un non-respect flagrant des règles de nos pays, quand ceux-ci tentent –faiblement – de faire respecter les lois relatives aux sans-papiers et autres Roms. C’est aux pays d’origine que doivent s’adresser nos reproches, eux qui traitent si mal leurs concitoyens, si mal que même la misère chez nous (misère relative, car nos dispositifs d’assistance assurent aux bénéficiaires un revenu largement supérieur à ce qu’ils pourraient espérer par un travail chez eux) leur parait préférable au séjour dans leur patrie.
• La question judéo-palestinienne est trop vaste, trop complexe, pour envisager ici d’en faire un examen approfondi. Remarquons simplement qu’à plusieurs reprises les ébauches de paix ont sombré face à l’intransigeance des négociateurs palestiniens, et que, d’autre part, le sort de ces populations est un bien commode alibi pour nombre de pays arabes et ou musulmans.
• Enfin, la critique du progrès, de la consommation, peut se comprendre chez un homme de 93 ans, certes vert encore, mais imprégné par les canons collectivistes d’une autre époque. Et puis, ce « progrès » cette « consommation », n’est-ce pas justement ce qu’il nous reproche de ne pas partager avec les plus pauvres ?

Dans un deuxième temps, et pour conclure, je voudrais livrer ici mes sujets d’indignation, car, si l’indignation est vertu, encore doit-elle viser les vrais scandales :
• Tout d’abord le laxisme d’un Etat omniprésent, produisant sans relâche des textes inapplicables et donc inappliqués, qui veut tout faire et tout réglementer, et qui, par voie de conséquence, fait tout de travers. Qui au lieu de se cantonner à ses fonctions régaliennes, envahit les moindres recoins de nos vies professionnelles et privées. Qui développe à tour de bras un assistanat généralisé castrant tout élan, toute volonté des individus de s’aider eux-mêmes, toute possibilité de rebond. Qui nous a conduit (et non pas les « banquiers » ni la « finance internationale ») au bord de la faillite, et qui est incapable de mettre en œuvre les voies du redressement, bien que celles-ci soient maintenant connues et déjà appliquées sous d’autres cieux.
• Une justice complaisante, plus sensible aux états d’âme des criminels qu’aux dommages des victimes, qui méprise chaque jour davantage les droits sacrés de la propriété, base de nos libertés et de notre bien-être.
• Quant à la solidarité, à tout bout de champ et à toutes les sauces, j’ai déjà dit tout le mal que j’en pensais, aussi n’est-il pas nécessaire d’y revenir.
• En conclusion, malgré son désir de passer pour incongru, subversif, voire révolutionnaire, le livret de Stéphane Hessel ne fait que reprendre les poncifs de l’ubiquiste opinion bien-pensante, crypto-socialisante, dont nous assomment à longueur d’ondes et de lignes les radios, les télévisions et une grande partie de la presse écrite.


Indignez-vous, de Stéphane Hessel, Indigène Editions, 3 €




Il ne me reste plus qu’à présenter mes vœux à mes fidèles lecteurs, aussi à ceux qui le sont moins, et à souhaiter (avec eux ?) que les idées ici défendues continuent à progresser dans l’opinion, comme on en voit tous les jours de nouvelles – même si timides encore- preuves.




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